Mariées de force

Lors du lancement, l’auteure d’origine algérienne Samia Shariff a raconté son histoire interrompue par les larmes. Elle a été mariée de force à 15 ans.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Lors du lancement, l’auteure d’origine algérienne Samia Shariff a raconté son histoire interrompue par les larmes. Elle a été mariée de force à 15 ans.

« J’ai haï mon mari dès le premier soir. Dès que je l’ai vu, je voulais qu’il meure. » La voix brisée, les larmes aux yeux, l’auteure d’origine algérienne Samia Shariff a raconté l’enfer des mariages forcés auxquels sont astreintes tant de filles, un enfer dans lequel elle a été elle-même plongée à l’âge de 15 ans, lorsqu’on a uni son destin à celui d’un homme plus vieux, qu’elle n’avait jamais vu.

 

Elle est venue ainsi donner un fracassant coup d’envoi à l’exposition photographique itinérante Trop jeunes pour le mariage, de Stephanie Sinclair, présentée jusqu’au 29 septembre au Gesù à Montréal, l’une des deux villes canadiennes hôtes. Parrainée par le Fonds des Nations unies pour la population, cette expo photo, dont le porte-parole est le comédien Paul Ahmarani, s’inscrit dans la campagne « J’aime mon corps, j’aime mes droits » d’Amnistie internationale Canada francophone, visant à sensibiliser aux droits sexuels et aux mariages des mineures, y compris des fillettes.

 

Violée, séquestrée, battue. En conférence de presse mercredi, Samia Shariff a évoqué son passé avec beaucoup de douleur, se demandant encore où elle a trouvé la force de survivre à tout ça et, surtout, de s’enfuir. « On reste blessées à vie », a murmuré cette mère de famille divorcée, qui vit maintenant au Canada, après y être entrée illégalement avec ses enfants, tous munis de faux passeports obtenus en vendant quelques bijoux.

 

Les yeux posés sur une photo montrant trois préadolescentes yéménites toutes habillées et maquillées pour leurs noces, parées comme des poupées, elle ne peut s’empêcher de revivre l’horreur qu’a été son mariage. « Je me vois en elles », a-t-elle dit. « Un jour, j’étais habillée et coiffée comme elles d’un chignon. J’avais une tonne de maquillage alors que quand j’étais plus jeune, je n’avais pas le droit de toucher à ça parce que c’était péché. Et tout le monde était heureux et content, c’était la fête. Et nous, c’est comme nous conduire dans notre tombe », poursuit-elle en décrivant sa terrifiante nuit de noces.

 

Dureté et lumière

 

Bouleversantes, les photos grand format imprimées sur des toiles, accompagnées de courtes descriptions, de statistiques et de citations, documentent la réalité de ces fillettes privées d’enfance, levant le voile sur leur difficile réalité : le viol, les abus, les risques liés aux grossesses en bas âge, la difficulté d’obtenir le divorce… Sur une photo, Agere, mariée à 12 ans à un homme qui lui a transmis le sida, allaite ses jumeaux nouveau-nés séropositifs. Kanas, une jeune Éthiopienne de 18 ans, raconte qu’elle ne se souvient pas du moment où elle a été « offerte » à un homme, tant elle était petite. « J’ai été élevée par mon mari. »

 

La porte-parole d’Amnistie, Anne Sainte-Marie, rappelle que 67 millions de femmes ont été privées de leur enfance et de leur dignité, ayant été mariées trop jeunes. « Et si rien n’est fait, le problème ira en augmentant », a-t-elle déclaré, soulignant que ces violations des droits des femmes se produisent surtout dans les pays en voie de développement, dont la population tend à croître.

 

Très dure, l’exposition laisse toutefois filtrer un peu de lumière. La Yéménite Nujood Ali, mariée à 12 ans à un homme de 20 ans de plus qu’elle, a vécu une entrée brutale dans le monde des adultes. Sa lutte pour obtenir le divorce a ému le pays et certains membres du Parlement qui, deux ans plus tard, se sont penchés sur un projet de loi sur l’âge du mariage.

 

Quant à Samia Shariff, elle s’est lancée dans l’écriture d’histoire de femmes qui ont vécu sous le joug de leur mari et caresse le projet de faire venir auprès d’elle sa soeur et ses filles.

12 commentaires
  • Jacques Boulanger - Inscrit 15 août 2013 06 h 27

    La religion au service de la barbarie

    Quand la religion se fait complice de la barbarie universelle, il y a de quoi désespérer de l'humanité.

    • Hélène Boily - Abonnée 15 août 2013 11 h 39

      J'ajouterais que la plupart du temps, la religion n'est que Le Prétexte à la barbarie.

  • Gilbert Troutet - Abonné 15 août 2013 08 h 47

    Des pratiques à interdire

    Merci pour cet article et bravo pour l'exposition en question. Ce n'est pas nous qu'il faut convaincre, mais les dirigeants de ces pays qui devraient légiférer et sévir contre ces pratiques odieuses. On peut faire le même constat pour l'excision, une coutume barbare qui est encore pratiquée sur des millions de petites filles et qui devrait être interdite aussi partout. Le poids de la religion, qu'on a mêlée à des traditions douteuses, est encore parfois très lourd.

    • Chantal Forest - Abonnée 15 août 2013 22 h 14

      Je suis d'accord pour une législation, mais il faudrait d'abord voir la morale et l'éthique des dirigeants. Quand une pratique devient coutume, il est beaucoup plus difficile de sensibiliser ceux qui y adhèrent. Le temps et le nombre semblent leur donner raison. Comment les convaincre?

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 15 août 2013 09 h 04

    Les religions au service du patriarcat

    Les religions ne servent qu'à justifier l'ignorance.

    • Chantal Forest - Abonnée 15 août 2013 22 h 15

      j'ajouterais qu'elles utilisent l'ignorance!

  • Christian Dion - Abonné 15 août 2013 10 h 24

    Contrôle du corps et de l'esprit.

    Encore une preuve que les religions ont été inventées par les hommes pour leur permetre de contrôler le corps et l'esprit des femmes.

  • Vincent Picard - Inscrit 15 août 2013 14 h 48

    C'est aberrant

    Il est incroyable de constater que certaines communautés se battent contre la pédophilie, militent pour préserver les droits et libertés des hommes et des femmes et qu'à l'autre bout de la planète, d'autres cautionnent encore ce genre de comportement au nom de Dieu(peu importe comment vous l'appellez). C'est aberrant.

    Il faut continuer de l'exposer, l'écrire et le crier si l'on veut bannir ces pratiques une fois pour toutes.

    • Roger Lapointe - Inscrit 16 août 2013 07 h 12

      Dans cette religion rétrograde,les femmes sont traitées pires que du bétail.Dieu a les épaules larges.