Rentrée syndicale - «L’éducation n’est pas compressible, que ce soit d’un point de vue budgétaire ou humain»

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Louise Chabot de la CSQ
Photo: Source CSQ Louise Chabot de la CSQ

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée scolaire 2013

La rentrée approche et les syndicats de l’enseignement ont déjà fixé leurs priorités pour le début d’année à venir. Le point avec Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), et Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ).

 

Parmi les dossiers clés de la rentrée 2013, les maternelles 4 ans à temps plein figurent au premier plan des préoccupations syndicales. Deux mois à peine après l’adoption de la loi 23 permettant leur implantation progressive, les syndicats s’inquiètent en effet des délais trop rapides avec lesquels ils doivent composer pour que cette mise en place se passe dans de bonnes conditions.

 

Dénonçant « l’inexplicable lenteur des travaux à l’Assemblée nationale sur la question » alors qu’« il s’agit d’un enjeu majeur de l’éducation, surtout dans les milieux défavorisés », Louise Chabot insiste sur l’importance « d’accompagner le plus tôt possible les enseignants de ces classes, notamment à travers des formations ». Dans le même ordre d’idées, Josée Scalabrini prévoit « un suivi serré de la mécanique d’attribution de postes », pour éviter que « les détails ne soient connus trop tard, à savoir quels enseignants occuperont ces postes et quel sera le matériel disponible », des données qui sont « connues au ministère, mais pas des enseignants sur le terrain », déplore-t-elle.

 

Au rang des autres nouveautés pédagogiques, les réformes de l’anglais intensif et des cours d’histoire passeront également au crible de la vigilance syndicale, tant au niveau des contenus que de leur mise en place. Ainsi, après avoir notamment dénoncé des lacunes dans le programme d’histoire, la FSE affirme par exemple sa « volonté d’être associée au suivi des nouveaux programmes, à leur nature et leur contenu et à leur implantation ».

 

Écoles et élèves en difficulté

 

Sylvain Mallette, quant à lui, insiste sur l’importance de l’amélioration du parc immobilier scolaire en condamnant l’état lamentable des locaux. Un problème qui ne se limite pas à l’île de Montréal, mais qui touche tous « les établissements datant des années 1950 et 1960 ». Au banc des accusés : les commissions scolaires qui « n’ont pas maintenu à niveau l’équipement dont elles avaient la responsabilité et qui ne font pas les investissements nécessaires depuis des années », dénonce-t-il.

 

La rentrée 2013 verra aussi la FAE se doter d’une position claire sur la laïcité, dans le sillage de la Charte des valeurs québécoises qui sera déposée cet automne et qui « interpelle directement les enseignants et les établissements scolaires ». À ce sujet, la FAE demande au gouvernement de « faire en sorte que le débat soit le plus correct possible, sans confusion ni zones d’ombres, et que les enjeux soient clairement établis pour favoriser un consensus ». Sans vouloir la dévoiler avant l’heure, Sylvain Mallette annonce une position « courageuse, qui pourra enrichir le débat », qui « tient compte de la diversité culturelle et des réalités que nous vivons » et qui s’appuie sur « des principes d’égalité hommes-femmes et de respect des différences ».

 

Le Sommet sur l’enseignement supérieur a également laissé la porte ouverte à plusieurs améliorations. La CSQ insiste sur les problèmes que connaissent les cégeps, où le nombre d’élèves en difficulté a explosé au cours des quatre dernières années, passant de 800 à 4300, ainsi que la situation préoccupante des cégeps en région. « Pour contrer l’exode des jeunes vers les centres urbains et la pression sur le personnel que ça entraîne, la question du financement des cégeps en région et celle de l’offre de programmes font partie de nos priorités », avance Louise Chabot.

 

Et alors que les suites des travaux sur le Conseil national des universités seront annoncées à l’automne, la CSQ réitère ses inquiétudes au sujet de la gouvernance de ce conseil, affirmant qu’« une seule place pour représenter le personnel est une aberration totale ».

 

Problèmes réseau

 

À côté de ces enjeux, les syndicats ne perdent pas de vue certaines questions de fond qui sous-tendent la situation de l’éducation au Québec depuis plusieurs années. Au premier plan : l’autonomie professionnelle des enseignants, selon Sylvain Mallette, mise en péril par les décisions qui « dépossèdent les enseignants de leur propre travail ». Il dénonce ainsi « ces outils, ces méthodes qui nous dictent comment faire le travail, comme les plans de réussite, les conventions de gestion, les objectifs chiffrés selon des logiques comptables ». Un combat au long cours qui prend sa source dans la réforme, depuis laquelle « les professeurs n’ont plus un rôle central dans l’acte d’apprentissage. Avant, le professeur était détenteur d’un savoir et devait transmettre ses connaissances. Avec la réforme, la connaissance a été évacuée au profit de la compétence et ils sont devenus simples passeurs ou animateurs », estime-t-il. Le prochain plan triennal de la FAE, prévu en septembre, posera ainsi des gestes pour « rétablir les frontières » et pour « se réapproprier le champ d’expertise qui est le nôtre ».

 

Parmi les autres enjeux ciblés, la CSQ et la FSE citent la concurrence entre les écoles - privées ou publiques - et la gestion axée sur les résultats. « La concurrence, à travers les projets particuliers sélectifs, par exemple, écrème les classes régulières de nos meilleurs élèves, avance Louise Chabot. Elle nuit à l’égalité des chances et à la réussite de tous. » Le résultat : des classes alourdies, une école publique qui porte le poids des élèves en difficulté et un travail plus éprouvant pour les enseignants et le personnel. Et alors que la profession enseignante est minée par la précarité et le décrochage - plus de 20 % de décrochage dans les 5 premières années d’emploi -, la réforme de l’assurance-emploi touche de plein fouet les quelque 40 % de suppléants qui figurent parmi le personnel enseignant. À ce titre, la valorisation de la profession enseignante figure à l’agenda de la FSE, qui propose un plan d’action destiné à « valoriser leur travail, leur donner de la latitude, du soutien et de l’appui ».

 

Mais malheureusement, les compressions dans l’éducation demeurent une ombre au tableau, rappellent les syndicats. « L’éducation n’est pas compressible, que ce soit d’un point de vue budgétaire ou humain, clame Louise Chabot. Nous demandons au gouvernement que l’éducation devienne LA priorité et qu’il prenne conscience qu’il s’agit d’un investissement, non d’une dépense. »

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