Donner permet de redonner

John Parisella
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir John Parisella

John Parisella est un optimiste. « En général, je pense que la philanthropie se porte très bien au Québec, et le progrès que fait le mécénat est, depuis au moins dix ou quinze ans, spectaculaire », a-t-il déclaré d’emblée au Devoir. « Ça commence à entrer dans les moeurs. »

Une bonne dose de cet enthousiasme dont il semble pétri, c’est ce qu’il faudra au directeur de la campagne de financement Campus Montréal pour atteindre les objectifs de la « plus ambitieuse campagne du monde francophone en Amérique du Nord » : ensemble, l’Université de Montréal, l’École polytechnique et HEC Montréal entendent amasser 500 millions d’ici 2016. « Dans la francophonie, c’est probablement la campagne la plus ambitieuse de l’histoire », souligne cet ancien directeur général du Parti libéral du Québec, qui a connu une longue carrière en politique.

John Parisella se dit encouragé par les récents résultats de la campagne menée par McGill, qui annonçait cette semaine qu’elle avait récolté un milliard sur neuf ans. Même si, dans un endroit comme le Québec, le défi est de taille. « Il faut le reconnaître, on n’est pas la province la plus riche en Amérique du Nord. On a des gens qui ont bien réussi depuis quelques années, mais on n’a pas un grand nombre de millionnaires et de milliardaires comme ailleurs et on n’a pas de culture de mécénat établie depuis très longtemps », explique celui qui a d’abord eu une première carrière d’enseignant en histoire. « Pendant très longtemps, nos services en santé et en éducation ont été fournis par le clergé. Non pas que son rôle n’était pas important, mais la philanthropie n’avait pas une place assez centrale. »

Néanmoins, les États-Unis, le Canada anglais et de nombreux pays du monde surpassent depuis belle lurette les universités québécoises francophones en philanthropie. Les Québécois sont-ils vraiment moins généreux ? « C’est venu plus tard, constate M. Parisella. Aux États-Unis, il y a deux types d’universités, les publiques et les privées. Dans le cas des privées de l’Ivy League [en référence aux huit universités privées très prestigieuses du nord-est des États-Unis, dont Harvard], elles ont davantage développé une culture de suivre leurs diplômés et de développer au fil des années de grands fonds de donation. Dans le milieu francophone, c’est plus récent, on n’a pas de grandes fortunes qui se sont passées de génération en génération. »

Mais toute chose a son commencement, note-t-il. Tous les étudiants devraient avoir la possibilité de donner, même au moment de l’inscription à l’université. « Beaucoup d’étudiants donnent déjà au-delà de leurs droits de scolarité en commençant, se réjouit M. Parisella. Mais quand ils ressortent avec leur diplôme, il ne faut pas que l’université les laisse partir et arrête de leur parler pendant cinq ans. » Lui-même, diplômé en 1967 du campus Loyola [devenu l’Université Concordia] et de McGill (1971, 1973, 1977), dit ne pas avoir été sollicité pendant des années durant.

L’importance de donner

Pourquoi donner ? Pour John Parisella, cela relève de l’évidence. « Au Québec, on est numéro un concernant le nombre d’étudiants qui va à l’université par habitant », rappelle-t-il, ajoutant qu’il est important d’offrir une éducation de qualité à tous ces étudiants. « Il y a aussi la nature de la compétition entre les différentes institutions et les besoins, qui sont tels que les universités n’ont pas d’autres choix que de maintenir le pas et d’aller de l’avant. Sinon, on va retomber en arrière. »

De nos jours, les endroits dans le monde qui se démarquent sont ceux qui sont soutenus par une économie du savoir. « Aujourd’hui, on est tellement capable de faire plus en peu de temps avec la technologie, mais ceux qui vont réussir vont avoir atteint la victoire en repoussant les limites de l’innovation. Donc en ayant une bonne éducation », ajoute-t-il.

Mais la philanthropie et le financement public de l’éducation sont deux choses distinctes. L’État ne doit pas se soustraire à ses devoirs de financement, même devant des universités qui parviennent à amasser un milliard, insiste-t-il. « La philanthropie est partie prenante du financement, mais l’étudiant a un rôle à jouer en payant ses droits de scolarité, et l’État aussi a son rôle. Ça fait partie du triangle et c’est ce qui nous permet de compétitionner avec d’autres talents et nous permet de rayonner bien au-delà de notre juridiction », croit M. Parisella. « Il ne faut pas que le gouvernement interprète [la philanthropie] comme une possibilité de se désengager sous prétexte qu’elle va combler l’écart. »

La campagne de Campus Montréal va bon train (200 millions ont été amassés jusqu’ici) et a terminé une première phase dite silencieuse, où de grands mécènes ont d’abord été contactés. « Ça ne veut pas dire qu’on est secret, c’est juste qu’on va vers les low hanging fruits, comme diraient les Anglais. »

 

Grands et petits donateurs

M. Parisella croit que regrouper trois établissements (UdeM, Poly et HEC) est plus stratégique dans ce genre de campagne, afin qu’on ne frappe pas trois fois aux mêmes portes. « On est venus à la conclusion que les deux écoles affiliées [Poly et HEC] ne sont pas des facultés à l’intérieur de l’Université de Montréal. Ce sont des écoles qui ont développé une culture, une histoire et un succès par leur excellence. On a tout intérêt à se regrouper. »

Les gros joueurs maintenant recrutés, il ne reste plus qu’à inviter le grand public à se montrer généreux. Augmenter significativement le nombre de petits donateurs, c’est d’ailleurs un autre des objectifs de cette campagne. Sur le milliard de dollars amassé par McGill, 60 % des dons provenaient de particuliers, 26 % de fondations diverses et seulement 14 % d’entreprises. La grande majorité des dons ont été de 1000 $ et moins.

« Les universités veulent aussi des dons modestes, mais un nombre plus volumineux de donateurs. C’est une forme de démocratisation du don. On a tellement de diplômés qu’on se dit que c’est normal qu’ils soient encouragés à donner et que ça continue. Quand un diplômé a donné une fois… il va donner encore », lance, convaincu, John Parisella. « L’important dans la philanthropie universitaire, c’est que ça devienne une habitude de vie. »

6 commentaires
  • Pierre Germain - Inscrit 25 juin 2013 08 h 01

    Ne payons-nous pas déjà assez de taxes, droits et impôts de toutes sortes sans devoir de surcroît être sollicité pour des "impôts volontaires" par les universités, elles dont les salaires des hauts dirigeants sont hors contrôle?

  • Simon Pelchat - Abonné 25 juin 2013 14 h 08

    Philanthropie et la charité

    Je préfère à la philantropie et la charité chrétienne, la justice sociale. C'est moins humiliant pour celui qui reçoit et moins flamboyant pour celui qui donne. Je me demande même si la philanthropie n'est pas une dérive du capitalisme qui permet aux 1% de la population et leurs entreprises de se montrer généreux avec l'argent qu'ils n'ont pas verser en impôt grâce à des lois fiscales qui les favorisent parce qu'ils ont le pouvoir d'influencer ceux qui font les lois. Une plus grande justice sociale serait beaucoup plus probante avec tout cet impôt non perçu.

  • Françoise Maertens - Abonnée 25 juin 2013 17 h 14

    Justice sociale et impôt sur le revenu

    Je suis tout à fait en accord avec les deux commentaires précédents!!! Nous payons déjà pour les universités via l'impôt sur le revenu. Il faudrait limiter les salaires des dirigeants d'université en premier lieu. Je pense aussi que la philanthropie est effectivement une dérive du capitalisme : les entreprises et autres philanthropes feraient de donner leur dû à la société plutôt que de cacher leur revenus réels et ensuite de faire des dons pour avoir des diminutions d'impôt!!! Vive la justice sociale gérée par le gouvernement pour le bien commun.

  • Caroline Langlais - Inscrite 26 juin 2013 06 h 53

    Aucun bon sens

    Les anglophones de langue maternelle nés au Québec représentent 5,4% de la population. Le financement des institutions de langue anglaise devrait correspondre à ce pourcentage.

    Dans la réalité, ces institutions reçoivent 23 % de notre argent, contribuant ainsi à anglisicer à mort le Québec.

    Les anglophones auront, de plus, un méga-centre hospitalier (plus de 1 milliard de dollars) situé à quelques pas du CHUM. Mc Gill veut acquérir l'hôpital Royal Victoria...

    Le Québec est-il français?

    • Jacques Moreau - Inscrit 26 juin 2013 16 h 13

      Selon vos chiffres et votre proposition, ces même anglophones ne devraient pas payer plus que 5.4% de la masse des taxes et impôts du Québec. Dans la même ligne de pensé, les célibataires et couples sans enfants ne devraient pas avoir à payer de taxes scolaire. Je me souviens que nous avions des écoles catholiques fréquentées par des catholiques seulement, qui payaient taxes aux commissions scolaires catholiques. Vous voyez la continuation de cette réflexion ? ....

  • François Marcoux - Abonné 26 juin 2013 08 h 56

    Point chaud en effet!

    Je trouve les commentaires un peu sévères. Le constat est général, nos universités sont sous financées et c'est pourtant par là que passent les changements dans notre société.
    La campagne de financement vise ceux et celles qui ont les moyens de contribuer, de faire un peu plus, de s'engager pour que nos institutions soient de première classe.
    Je suis heureux de constater qu'à peu près le tiers de l'objectif est atteint. Cependant il me semble que la route risque d'être longue si je me fie aux commentaires que je lis. La route sera longue mais nous y arriverons. Bonne chance monsieur Parisella.