Avis sur les étudiants universitaires - Études-boulot-biberon

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Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Le portrait de l’étudiant type a changé.

Au gré de l’évolution d’une société, des images volent en éclats. Un avis du Conseil supérieur de l’éducation dévoilé cette semaine révèle que l’étudiant type n’est plus le même : de plus en plus, à l’université, déambulent les étudiants-parents, ceux pour qui la nuit blanche n’est pas toujours consacrée à la rédaction d’un travail mais bel et bien à… un nourrisson qui pleure.

Sur le bulletin d’information du Comité de soutien aux parents étudiants de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), une petite annonce ne passe pas inaperçue pour celles que ça concerne : « Vous allaitez, vous tirez votre lait et vous souhaitez le laisser dans le réfrigérateur de notre local ? C’est possible ! » Dans le sac à dos de certaines étudiantes qui fréquentent l’université, eh oui, il y a parfois un tire-lait.


Le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) le notait dans son avis (Parce que les façons de réaliser un projet d’études universitaires ont changé…) fraîchement publié : un nombre de plus en plus important d’étudiants abordent leurs études universitaires en conjuguant le tout avec la parentalité - ce sont très majoritairement des femmes. Or il s’agit d’une réalité avec laquelle les universités composent de manière tout à fait inégale, parfois même inéquitable. Quant à l’État, ses politiques s’accordent encore souvent avec l’image traditionnelle de l’étudiant, celui qui aborde la vingtaine, s’applique aux études à temps plein et traverse son bac en trois ans.


Dans quelques établissements - par exemple Bishop’s et Polytechnique -, sous la rubrique « Parents » du site Web, on trouve des informations destinées aux… parents des étudiants, plutôt qu’aux étudiants-parents ! C’est le CSE qui a recensé cette incongruité en faisant sa recherche. À travers moult exemples glanés ici et là dans le réseau universitaire, on peut conclure, comme le fait le Conseil, que « la sensibilité pour les étudiants-parents » est « un phénomène plutôt récent et d’intensité inégale selon les établissements ».


Certaines universités ont inscrit dans leur plan stratégique un objectif de meilleure conciliation études-famille (Université de Sherbrooke, Université du Québec à Trois-Rivières). À McGill, le Groupe d’étude de la principale sur la diversité, l’excellence et l’engagement communautaire prend acte des profils variés des nouveaux étudiants et s’engage à développer « un soutien accru aux personnes ayant des obligations familiales et à celles qui prennent un congé parental ».


Statistiques introuvables


Le phénomène est quasi inquantifiable, car les universités ne posent pas cette question à leurs recrues lorsqu’elles arrivent - avec ou sans enfant ? Le réseau de l’Université du Québec calcule toutefois que le quart de ses étudiants sont parents. L’Université de Montréal affirme qu’elle abrite 15 % d’étudiants-parents.


« Il y en a de plus en plus », note Luz Stella Hernandez, directrice de l’Association Cigogne, près de l’Université de Montréal, qui offre un lieu d’accueil aux étudiantes enceintes et aux couples désireux de mieux concilier études et famille. Chaque année, 250 familles transitent chez elle, et trouvent chez Cigogne un réseau d’entraide et de soutien, l’occasion d’un répit.


Jeudi matin, deux femmes ont timidement abordé la directrice de Cigogne pour la première fois. « L’une d’entre elles était une Africaine de 28 ans, arrivée au Québec avec de jeunes enfants », raconte Mme Hernandez, qui remarque une motivation hors du commun chez cette clientèle familiale aux études. Venue du cégep Ahuntsic, où elle achève d’acquérir les équivalences nécessaires à la reconnaissance de son diplôme, elle était en quête de ressources.


Étudiants cherchent garderie


Sans grande surprise, les étudiants-parents parlent de leur recherche d’une garderie comme de l’un de leurs défis les plus importants. Le CSE a bien trouvé des initiatives dans le réseau universitaire, mais l’offre est nettement insuffisante par rapport aux besoins, au point d’entraver parfois l’accès aux études. Dans certaines universités où se trouvent des centres de la petite enfance, étudiants-parents et corps professoral s’y disputent même de rares places, comme à Concordia, où « on promet souvent des places en garderie pour attirer de nouveaux professeurs, ce qui rend l’accès à ces services plus difficiles pour les étudiants », souligne le Conseil en citant une étude.


Dans une enquête réalisée en 2011 par l’Institut de recherche et d’études féministes (IREF) de l’UQAM et intitulée Parents-étudiants de l’UQAM. Réalités, besoins et ressources, les auteures (Christine Corbeil, Francine Descarries, Geneviève Guernier et Geneviève Gariépy) notent que, si beaucoup d’efforts ont été déployés ces dernières années au Québec dans les politiques de conciliation travail-famille, il reste beaucoup à faire en matière d’arrimage études et parentalité. « La réflexion sur l’articulation études-famille vient donc s’ajouter à la réflexion globale sur les conditions à développer pour garantir une égalité de droits et de faits entre les hommes et les femmes, tant dans l’espace privé que dans l’espace public », notent-elles.

 

Travailler et étudier


L’une des conclusions de l’enquête menée par l’IREF concerne tout particulièrement la lourdeur de l’articulation études-famille, « les difficultés rencontrées à cet égard comptant pour 70 % des raisons d’insatisfaction soulevées par les parents-étudiants ».


On y apprend en outre que 56 % des étudiants-parents de l’UQAM doivent en plus travailler pour subvenir à leurs besoins. L’avis du CSE insiste sur la précarité financière de cette clientèle et s’étonne au passage de voir que « certaines visées sociales [sont] davantage prises en charge par les établissements universitaires que par l’État », notamment en matière de soutien financier et d’offre de services de garde. Il recommande donc au gouvernement de « s’acquitter pleinement de ses responsabilités relatives à la valorisation de la formation tout au long de la vie et au soutien des étudiants-parents ».