Mgr Lépine réaffirme l’importance d’une laïcité «ouverte»

Monseigneur Christian Lépine, en compagnie de son prédécesseur, le cardinal Jean-Claude Turcotte
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Monseigneur Christian Lépine, en compagnie de son prédécesseur, le cardinal Jean-Claude Turcotte

Le nouvel évêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, a réaffirmé lundi sa position en faveur de la laïcité « ouverte » dans le cadre d’un colloque sur religion et laïcité à l’Université McGill. Selon lui, seul un État qui prône une laïcité ouverte qui respecte les religions doit être admissible.

Cette laïcité dite ouverte doit aussi inclure le respect de ne pas croire en Dieu, car «l’athéisme lui-même est une forme de foi, en l’être humain». «Je m’aventure un peu, mais je dirais que […] il est important que, dans la liberté religieuse, on ait la liberté de croire ou de ne pas croire en dieu et que cette liberté soit respectée».


En revanche, la « laïcité fermée » n’est pas recommandable, a laissé entendre celui qui a été ordonné prêtre il y a une trentaine d’années. « La laïcité fermée à la religion peut bien exister comme courant de pensée, mais si elle accapare le pouvoir politique ou si celui-ci l’instrumentalise, elle devient une religion d’État qui s’impose avec ses croyances. » Cette forme de laïcité conduit au culte de l’État. « C’est comme une dérive, ça n’arrive pas du jour au lendemain », a-t-il dit.


Alors que le gouvernement Marois en est à préparer sa charte sur la laïcité, les propos de Mgr Lépine sonnent comme une mise en garde. « On a voulu une société où une religion ne s’impose pas, on aboutit à un État qui impose sa philosophie et son discours sur les religions. Ce faisant, l’État agit en prétendant constituer la totalité de la vie et concourt à la perte du sens de dieu et à la destruction de la transcendance, réduisant la religion à un phénomène culturel », a-t-il déploré.


Ne pas empêcher la religion


Pour lui, la religion ne peut être édictée par quiconque, pas plus qu’elle ne doit être empêchée. La liberté religieuse revient aux personnes prises individuellement, mais également lorsqu’elles agissent en commun et ce serait un « abus » que d’empêcher la manifestation publique d’une religion, a souligné Mgr Lépine.


Ainsi, l’État laïque doit être garant de cette liberté religieuse et devrait donc permettre la liberté de culte. « La démocratie ne peut qu’en profiter, car en mettant ensemble liberté de l’État et liberté de religion, elle se protège des absolutismes qui emprisonnent les personnes », a soutenu le chef montréalais de l’Église catholique. Si l’État cherche à « s’approprier » ce qui revient à la religion, « c’est excessif », lance-t-il.


Il faut éviter les extrêmes. Ni la théocratie (la religion accapare le pouvoir politique) ni le culte de l’État (le pouvoir politique instrumentalise la religion et domine toutes les sphères de la vie) ne sont des bonnes choses. C’est plutôt « la séparation de l’Église et de l’État qui, dans un premier temps, a permis la liberté religieuse », fait-il remarquer.


Selon lui, la légitimité de l’État est reconnue de même que l’importance de sa mission de paix sociale et de justice dans la Bible lorsque saint Paul écrit que chacun doit être soumis aux autorités qui commandent. Par contre, saint Pierre en écrivant qu’« il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes », rappelle l’importance de la conscience et du caractère intime et inaliénable de la croyance.


Soulignant le « privilège » de vivre dans une démocratie moderne et pluraliste, Mgr Lépine a d’ailleurs insisté sur le fait que « l’État, avec sa légitimité », et « la religion, qui se veut au service de dieu », ne doivent jamais chercher à s’opposer : la laïcité donne « l’espace de liberté », et la religion y trouve la liberté de s’exprimer.

13 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 28 mai 2013 07 h 46

    Laïcité fermée. Laïcité. Point.

    Laïcité fermée et très ouverte à l'intérieur.

    Une photo qui dégage beaucoup de couleurs et d'odeurs. Du noir, de l'argenté et un peu de blanc. Odeurs du passé, d'un passé en train de passer.

    Ce qui est dit me rassaure un peu; ce qui me dérage, c'est ce qui n'est pas dit et qui transpire tant dans la photo que dans la terminologie.

    Vive l'État optant pour de grandes valeurs humanistes et rassembleuses et rassurantes !

  • Sylvain Auclair - Abonné 28 mai 2013 08 h 23

    Ça n'existe pas, la laïcité ouverte ou fermée

    Il existe la laïcité, un point, c'est tout. Une femme ne peut pas être un peu enceinte.

    • Nicole Bernier - Inscrite 28 mai 2013 15 h 12

      Une analogie qui est totalement fausse... L'article met en lumière des choix humains qui ont toujours existés et qui s'étalent toujours sur une très grande échelle entre les deux extrêmes soit aimer vivre et travailler dans des environnement où tout le monde pense pareille (fermé) ou aimé travailler ou vivre dans des environnements où les gens différents se rassemblent autour de projet commun et sont toujours enthousiasmés d'imaginer de nouvelles solutions aux problèmes à partir d'expérience et de visions différentes permettant de stimuler l'imagination (ouvert)...

      D'ailleurs, le milieu universitaire, tant en sciences sociales qu'en sciences pures, a produit beaucoup de documents utilisant cette analogie ouvert/fermé... Nier ce genre de choix, dans le contexte de ce débat, c'est justement faire la preuve de sa fermeture en croyant qu'il y aurait une seule façon de concevoir la laicité au Québec....

      Pire encore est d'utiliser l'analogie de la femme enceinte dans ce contexte qui doit vouloir dire: ne pas être enceinte serait la position bornée des croyants, des religieux qui sont méprisables parce qu'ils s'habillent en noir et ëtre enceinte c'est de mépriser la religion au nom de la laicité ou vice versa

      Ce genre d'analogie ne fait qu'illustrer votre volonté d'ignorer la complexité des enjeux sociaux... Probablement que vous êtes incapable d'échapper à la pensée binaire du christianisme ou tout est "bien" ou "mal" et que rien d'autre ne peut exister entre les deux...

      C'est quand j'entends ce genre de raisonnement que je me dis on aurait du jeter l'eau du dogmatisme au lieu de jeter les religions... Il en a qui préfere rendre responsable la religion que de reconnaïtre qu'avec ou sans religion, il y a des humains abuseurs et qu'il faudra toujours lutter contre toutes les formes d'abuseurs.... Et certains laiques sont des abuseurs comme certains croyants et que le monde se porte moins bien qu'en les abuseurs ont le pouvoir...

  • Robert Boucher - Abonné 28 mai 2013 08 h 26

    Mgr Lépine devrait savoir que...

    ...les églises sont vides et à vendre au Québec et que sa laïcité ''ouverte '' ne va que permettre plus facilement à d'autres religions de s'implanter insidieusement pour remplacer l'espace et le contrôle que prenait l'Église catholique jusqu'àux années soixantes, dans les endroits stratégiques pour un peuple, comme le système d'éducation, de santé, dans les services publics essentiels et le pouvoir politique.Ça prends une Charte de la Laïcité tout court, claire et nette.
    Quand à notre maire Jean Tremblay à Saguenay, j'espère que le gouvernement du Québec ira de l'avant assez rapidement et avec courage pour interdire que le pouvoir politique se serve de la religion pour arriver à ses fins, et que le pouvoir religieux fasse de même avec le pouvoir politique. Les deux ne doivent pas coucher dans le même lit. De plus, les termes ''signes religieux'' et ''patrimoine religieux'' doivent être mieux définis.
    Robert Boucher Saguenay

  • Jean Lapointe - Abonné 28 mai 2013 08 h 58

    La laïcité ne peut être ouverte ou fermée.

    « La laïcité fermée à la religion peut bien exister comme courant de pensée, mais si elle accapare le pouvoir politique ou si celui-ci l’instrumentalise, elle devient une religion d’État qui s’impose avec ses croyances. »

    Sauf votre respect Monseigneur, je trouve que vous n'avez pas les idées très claires.

    C'est vrai qu'il y a des gens qui sont hostiles à toutes les religions et qui souhaiteraient donc leur disparition.

    Mais ce n'est pas ce que les tenants de la laïcité, dont je suis, réclament.

    Ce qu'ils réclament c'est l'affirmation de la neutralité de l' Etat et le droit pour chacun de croire à ce qu'il croit nécessaire de croire. Ce droit est respecté même si on peut trouver bien des croyances et bien des rites religieux ridicules.

    L'Etat n'a pas à privilégier quelque religion que ce soit mais la laïcité n'est pas une religion c'est un principe. On ne peut donc pas dire que la laïcité puisse devenir une religion de l' Etat. Ce serait un non-sens.

    Il peut y avoir des Etats qui n'acceptent aucune religion mais ce n'est pas ça la laïcité.

    La laïcité, à mon sens, ne peut pas être ouverte ou fermée car la laïcité c'est un principe.

    Toutefois un Etat qui s'affirme laïque peut être plus ou moins rigoureux dans la façon d'appliquer ce principe.

    Et c' est là qu'il peut y avoir débats et des discussions. C'est au sujet des modalités qu'il y a des choix à faire.

    C'est en tout cas ce que je pense. Je reconnais qu'il y a peut-être des choses qui m'échappent.

  • Johanne St-Amour - Abonnée 28 mai 2013 09 h 43

    L'ouverture des religions...

    Selon M. Lépine, "seul un état qui prône une laïcité ouverte qui respecte les religions doit être admissible". Et que dire d'une religion ouverte... aux femmes aux postes de pouvoir de cette religion et à l'acceptation de l'homosexualité, entre autres? Autrement dit une religion respectueuse et inclusive comme M. Lépine le demande pour un État.

    Et quand St-Pierre écrit qu'il faut obéir à Dieu: de quel Dieu parle-t-il??? M.

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 mai 2013 13 h 08

      J'imagine que saint Pierre ne croyait qu'en un seul Dieu...