Reconnaissance des acquis et des compétences - Il n’y a pas que l’école qui est un lieu de formation

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
La reconnaissance des compétences permet à des employés de monter en grade. Par exemple, un informaticien ayant une dizaine d’années d’expérience qui postule à un poste exigeant un diplôme qu’il n’a pas peut obtenir le poste s’il démontre qu’il a les compétences requises.
Photo: Source Société de développement Angus La reconnaissance des compétences permet à des employés de monter en grade. Par exemple, un informaticien ayant une dizaine d’années d’expérience qui postule à un poste exigeant un diplôme qu’il n’a pas peut obtenir le poste s’il démontre qu’il a les compétences requises.

Ce texte fait partie du cahier spécial Formation des adultes

Au Québec comme ailleurs, la reconnaissance des acquis et des compétences (RAC) est un phénomène récent, véritablement apparu au tournant du XXIe siècle, dans la foulée du courant prônant la formation tout au long de la vie. Une décennie plus tard, le système fonctionne bien et on en voit tous les bénéfices tant pour les individus que pour les entreprises et la société dans sa globalité. Il mériterait pourtant un certain allégement et une meilleure coordination de tous les acteurs pour passer à la vitesse supérieure.

 

« Un grand pas a été franchi lorsque la société a reconnu que l’apprentissage n’est pas l’apanage des institutions d’éducation, estime Guy Fortier, directeur général de Compétences Montréal, un regroupement des douze cégeps de l’Île oeuvrant en faveur de la reconnaissance des acquis et des compétences. Aujourd’hui, au XXIe siècle, [la société reconnaît que] les formes, les sources, les modalités d’apprentissage sont variées, que l’expérience a une valeur certaine. Une partie de la société a des compétences développées par toutes sortes de moyens, qui, si elles ne sont pas reconnues, forment une espèce de manque à gagner. Reconnaître des acquis et des compétences en les traduisant par un diplôme ou une certification reconnus, c’est mobiliser toute une partie de la population, qui sans ça, peut être exclue du marché du travail. »


Car dans certains milieux, le diplôme reste un passage obligé : dans les professions régies par un ordre, par exemple, dans l’éducation, l’administration, les services sociaux, etc. Il est également, pour les grandes entreprises qui veulent gagner du temps et de l’énergie, un moyen d’écrémer et de s’assurer de la crédibilité des curriculums qu’elles reçoivent lors de leurs campagnes de recrutement. « Pour les individus, c’est donc le plus sûr moyen d’améliorer leurs conditions de travail, de trouver un nouvel emploi ou de pouvoir postuler pour une ouverture de poste au sein de leur entreprise, explique Guy Fortier. Prenons l’exemple d’un informaticien qui a 10 ou 15 ans d’ancienneté. Il a développé des compétences parce qu’il a suivi du perfectionnement, parce qu’il s’est mis à jour. Un nouveau poste s’ouvre dans son organisation, qui exige un diplôme spécifique. Il ne l’a pas. Il est bloqué… à moins qu’il ne fasse la démonstration qu’il possède les compétences et qu’il obtienne la certification. »


Une reconnaissance est très importante également dans le cas de personnes migrantes ayant obtenu un diplôme à l’étranger. Difficile pour une entreprise de connaître la valeur et le programme de toutes les formations données dans les collèges et universités ailleurs dans le monde. La RAC permet alors de se présenter en entretien d’embauche avec un papier officiel présentant le sceau du gouvernement québécois et rassurant les employeurs quant à la valeur de l’individu qu’ils ont en face d’eux.

 

Reconnaissance par les pairs


Car force est de constater que dans plus d’un domaine, les taux de placement sont alléchants. Chez Compétences Montréal, on parle de 98 % dans le secteur des techniques biologiques et agroalimentaires, 97 % pour celui des techniques administratives, 95 % pour les techniques humaines, 92 % pour les techniques physiques et 88 % en arts et communications graphiques. « De bons chiffres qui sont dus en partie au diplôme, ajoute M. Fortier, mais il ne faut pas négliger l’impact de la RAC sur la confiance et la fierté des individus. Nous avons parfois affaire à des personnes qui ont été en échec scolaire dans leur jeunesse et qui, là, se voient attribuer une certification, un diplôme, par des spécialistes de leur domaine ! »


Car la reconnaissance des acquis et des connaissances est un système d’évaluation durant lequel la personne doit faire la preuve de ses compétences. Dans les professions régies par un ordre, elle est réalisée par des membres de l’ordre en question. Dans les cégeps et les centres de formation professionnelle des commissions scolaires, la RAC est prise en charge par des enseignants, des formateurs, qu’il s’agisse de bureautique, d’informatique, de biologie, etc. Enfin, dans les comités sectoriels de main-d’oeuvre, ce sont des spécialistes - menuisier, ébéniste, mécanicien, etc. - qui évaluent les aspirants.


« Tous se dotent d’instruments, d’outils d’évaluation pour attester les compétences des personnes qui souhaitent obtenir leur diplôme, explique Guy Fortier. Le parcours est long, il peut s’étendre sur plusieurs mois. Parfois, il faut attester une dizaine de compétences. Quand c’est possible, l’évaluation se fait sur un cas réel, en milieu de travail. Sinon, on met en place des situations concrètes. Au bout du compte, les compétences peuvent être reconnues de manière complète, auquel cas l’individu obtient le diplôme, ou partielle. Dans ce cas, nous mettons en place des ateliers lui permettant d’acquérir les compétences manquantes. »

 

Démarches


La RAC peut cependant avoir un coût. Dans le cas des ordres et des comités sectoriels de main-d’oeuvre, libres à eux d’établir une tarification. Les commissions scolaires et les cégeps reçoivent quant à eux un financement public de la part du ministère de l’Éducation. Au niveau secondaire, l’évaluation est donc gratuite, alors qu’il en coûte environ 40 $ par compétence au niveau collégial. Des frais qui peuvent également être pris en charge par l’entreprise dans laquelle l’individu travaille.


« Les entreprises qui sont à l’avant-garde en matière de gestion des ressources humaines sont très conscientes des avantages qu’elles ont à faire reconnaître les compétences de leurs salariés, affirme Guy Fortier. En ce qui concerne la rétention et l’attraction de personnel, ça a un impact non négligeable. Et en ces temps de pénurie de main-d’oeuvre qualifiée, elles peuvent évidemment y trouver un bénéfice. »


Depuis 2010, il existe au Québec un Observatoire compétences-emplois affilié à l’UQAM et financé par la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT). Sa mission ? Faire de la veille internationale et de la recherche dans le champ de la formation continue, du développement et de la reconnaissance des compétences, afin d’inventorier les meilleures pratiques en la matière.


« Le Québec dispose d’un bon système, surtout parce que, contrairement au reste du Canada, nous avons beaucoup développé l’approche compétences, même au niveau de l’éducation scolaire, estime Guy Fortier. Ce qui n’empêche pas une certaine lourdeur dans le processus et surtout que le système reste méconnu. Il faudrait une plus grande mobilisation de tous les acteurs - gouvernement, entreprises, ordres, milieu éducatif, etc. - pour que ce système soit plus utilisé à l’échelle du Québec. »



Collaboratrice