La popularité des écoles catholiques explose

Bien que la pratique religieuse catholique soit en déclin au Québec, un nombre grandissant de Québécois envoient leurs enfants à l’école confessionnelle privée.
Photo: La Presse canadienne (photo) Graham Hughes Bien que la pratique religieuse catholique soit en déclin au Québec, un nombre grandissant de Québécois envoient leurs enfants à l’école confessionnelle privée.
Sur fond de tension et d’inconfort à l’endroit des écoles de confession juive et musulmane, un rapport inédit du ministère de l’Éducation sur les écoles confessionnelles remet les pendules à l’heure. Contrairement aux croyances populaires, de toutes les écoles confessionnelles (nécessairement privées), ce sont les écoles catholiques qui connaissent la plus forte croissance (25 %).
 
Selon le rapport intitulé Le fait religieux dans les écoles privées du Québec dont Le Devoir a obtenu copie, « la seule augmentation des effectifs des écoles catholiques au cours des douze derniè̀res anné́es (15 366 élèves) est supé́rieure au nombre total d’é́lè̀ves fré́quentant toutes les autres é́coles confessionnelles (12 655) ».
 
Pour Jean-Marc St-Jacques, président de la Fédération des établissements d’enseignement privé (FEEP), cette croissance d’effectifs dans les écoles privées catholiques ne signifie pas nécessairement un retour clair à l’éducation catholique, d’avant la déconfessionnalisation en 1998. « Cette tendance suit peut-être la hausse générale de la clientèle des écoles privées au secondaire », explique-t-il. Vrai que les écoles privées catholiques sont majoritaires et qu’elles accaparent à elles seules 86 % des effectifs totaux des écoles privées confessionnelles.
 
Leur degré de confessionnalisation varie toutefois. Le rapport détaille d’ailleurs trois types d’écoles confessionnelles : celles qui incluent des apprentissages obligatoires de la foi (81), celles qui offrent des activités d’animation à participation libre relativement à un culte (34) et celles qui se limitent simplement à affirmer leur appartenance à une tradition religieuse et à se réclamer de ses valeurs (23).
 
M. St-Jacques, ancien professeur de religion et clerc de Saint-Viateur, fait remarquer que l’enseignement catholique a toujours eu bonne réputation. Dans certains pays, des musulmans choisissent même souvent d’étudier dans des institutions catholiques, note-t-il. « J’ai l’impression qu’on choisit l’école privée confessionnelle non pas nécessairement pour la confession, mais pour l’excellence. »
 
Un réseau d’écoles catholiques

Cela n’empêche pas l’archevêque de Montréal, Christian Lépine, de rêver d’un réseau d’écoles privées catholiques. « Il faut qu’il y ait des écoles privées confessionnelles, pour aller au bout de la foi et de son impact pédagogique », affirmait Mgr Lépine, dans un entretien à La Presse dans le temps des Fêtes. « C’est un désir qui occupe le cœur des gens. Il y a un chantier en cours. »
 
À Québec, le diocèse a relancé le Petit séminaire diocésain de Québec, dont la mission vise notamment à « donner une formation spirituelle particulière à des jeunes de niveau secondaire, à les instruire des vérités de la foi », et aussi « à favoriser la réponse à un appel possible à la vocation sacerdotale », comme indiqué sur son site Internet. N’offrant pas de services relevant de la Loi sur l’enseignement privé, ce séminaire n’est pas titulaire d’un permis du ministère de l’Éducation. Les jeunes garçons qui le fréquentent doivent s’inscrire dans d’autres écoles reconnues ou faire l’école à la maison.
 
Selon l’Association des parents catholiques du Québec, un tel réseau d’écoles catholiques serait bienvenu, même si pour l’instant, il n’existe pas à proprement parler. « C’est un projet à l’étude, c’est une volonté, mais en ce moment, on ne peut pas donner des critères ou des balises », a dit au Devoir Diane Joyal, nouvelle présidente de l’APCQ. « C’est certain que [l’engouement] a augmenté, même si c’est minime. C’est quand même une bonne nouvelle de voir que quelques parents sont de plus en plus curieux de demander cette option-là. »
 
Des jeunes moins croyants

Une étude longitudinale de la FEEP sur les croyances des jeunes fréquentant les écoles de son réseau (surtout catholiques francophones) conclut qu’ils sont moins croyants qu’il y a dix ans. En 2000-2001, ils étaient 49,9 % à dire qu’ils croyaient en Dieu ou en une divinité dans l’ensemble du Québec, comparativement à 32,1 % en 2009-2010. Ils étaient auparavant moins nombreux à se dire incroyants (17,7 %) ou indécis (32,4 %) il y a dix ans qu’aujourd’hui, où 30 % se disent incroyants et 37,8 %, indécis. Les pratiques religieuses, comme la prière ou assister à une messe, ont nettement diminué au cours des dix dernières années.
 
Jean-Marc St-Jacques doute qu’un retour à l’enseignement catholique soit possible, encore moins si l’aspect religieux est obligatoire et intégré au cours. « Je suis religieux, ça fait 20 ans que je suis directeur, et je ne sais pas si j’ai vu un parent par cinq ans qui est venu me parler de la dimension religieuse des cours », constate-t-il. Selon lui, le cours d’éthique et culture religieuse est désormais parfaitement adapté à la nouvelle réalité. « Le cours ECR est plus proche des faits sociologiques et scientifiques. On réfléchit davantage. Même qu’on est capables d’aller plus loin dans la dimension religieuse qu’avec les cours confessionnels d’avant. Et il n’y a jamais eu autant de visites de paroisse ! »
 
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Les écoles confessionnelles privées au Québec
Un rapport de recherche produit pour le compte du ministère de l’Éducation en 2012 trace un portrait inédit des écoles confessionnelles privées.

138
Nombre d’écoles privées confessionnelles sur le territoire québécois.

8
Confessions qui y sont exprimées : catholique, orthodoxe grecque, apostolique arménienne, évangélique, adventiste, brethen, juive et 
musulmane.

55 %
Part de ces écoles sur l’ensemble du réseau d’écoles privées.

1,3 %
Pourcentage d’élèves fréquentant les écoles des minorités religieuses par rapport à l’ensemble des 995 233 élèves du Québec.

86 %
Pourcentage d’effectifs des écoles catholiques par rapport au réseau privé confessionnel.

54,7 %
Proportion de filles dans les écoles privées confessionnelles (54,8 % dans les écoles catholiques, 56,2 % dans les écoles juives, 53,9 % dans les écoles musulmanes, 45,4 % dans les écoles protestantes).

71 %
Pourcentage d’élèves de l’ensemble du réseau privé fréquentant ces écoles.

45,9 %
Proportion de filles dans les écoles privées non confessionnelles.

61,5 %
Pourcentage des écoles privées bénéficiant d’une subvention publique de l’ordre de 60 %.

18 %
Augmentation des effectifs dans les écoles privées des minorités religieuses entre 1998-1999 et 2010-2011.

22,7 %
Augmentation des effectifs dans le réseau privé entre 1998-1999 et 2010-2011.

25 %
Augmentation des effectifs dans les écoles privées catholiques entre 1998-1999 et 2010-2011.

 
Source : Le fait religieux dans les écoles privées du Québec, juin 2012, données de 2010-2011.

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La délicate question du financement

Quand il s’agit d’école privée, le débat sur leur financement n’est jamais bien loin. Les auteurs du rapport ministériel Le fait religieux dans les écoles privées du Québec l’évoquent, laissant entendre que cette question qui est « politique » concerne toute la société. « C’est donc à̀ elle qu’il revient de décider du financement public du réseau privé et, le cas éché́ant, de la hauteur de ce financement », peut-on lire.
 
Au Québec, en 2010-2011, 61,5 % des installations privées recevaient une subvention pour la totalité de leurs services éducatifs et 9 % en recevaient pour une partie seulement. Sur le lot, il y a davantage d’écoles confessionnelles qui sont financées 
publiquement.

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Ce texte a été modifié après publication.

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