Nancy Houston joint sa voix à celle des défenseurs de la pédagogie Waldorf


	Utilisée dans un millier d’écoles à travers le monde (ci-dessus, un élève de Chigago), la pédagogie Waldorf mêle enseignement intellectuel et exercices artistiques et manuels, comme le tricot. 
Photo: Jeff Roberson Associated Press
Utilisée dans un millier d’écoles à travers le monde (ci-dessus, un élève de Chigago), la pédagogie Waldorf mêle enseignement intellectuel et exercices artistiques et manuels, comme le tricot. 

La communauté de l’école de la Roselière de Chambly n’est pas près de se rendre. La bataille qu’elle mène pour maintenir cette école ouverte a des échos jusqu’en France et reçoit un appui de taille : celui de l’auteure Nancy Huston, qui livre un plaidoyer en faveur des écoles à pédagogie Waldorf, dont s’inspire l’établissement de Chambly.

« Je ne connais pas personnellement cette école, ni les gens qui l’ont créée, ni aucun des élèves qui y ont été inscrits », a écrit l’auteure, maintes fois primée, dans une lettre ouverte publiée en page Idées. « L’école Waldorf à laquelle j’ai moi-même étudié n’était pas de niveau primaire, mais secondaire : j’y ai passé mes 11e et 12e années, voici déjà quatre décennies. Mais cette expérience a changé ma vie - en bien - et je voudrais essayer de dire en quoi. »


Utilisée dans un millier d’écoles à travers le monde, la pédagogie Waldorf, qui mêle enseignement intellectuel et l’exercice d’activités artistiques et manuelles (comme le tricot), est controversée. Ses détracteurs l’apparente à une idéologie sectaire parce qu’elle reprend la thèse de la réincarnation et du karma ; ils estiment aussi qu’elle ne forme pas bien les enfants et que ceux-ci accumulent du retard.


Se fiant à sa propre expérience, Nancy Huston n’adhère pas aux critiques sur le caractère spirituel religieux de la pédagogie. « L’enseignement lui-même ne comportait pas d’éléments directement religieux, même si Rudolf Steiner, le fondateur des écoles Waldorf, était chrétien. (Faudrait-il, pour être bien certain d’éviter la contamination de nos enfants par cette religion, cesser d’écouter la musique de Bach et de regarder l’art de Michel-Ange ?) », écrit-elle.

 

Un rapport accablant


Depuis plusieurs mois, l’école de la Roselière est au coeur d’une bataille entre la Commission scolaire des Patriotes (CSP), qui a pris la décision de lui retirer son projet pédagogique l’an prochain puis de la fermer l’année suivante, et les parents des 150 élèves, qui ont multiplié, en vain, les actions de sensibilisation.


La décision des commissaires s’est basée sur un rapport d’expert qui s’est avéré accablant, démontrant notamment que « des parties importantes du Programme de formation de l’école québécoise ne sont pas enseignées aux élèves de cette école ». En dépit de sa fermeture annoncée, la majorité des élèves (130) se sont réinscrits pour l’automne.


Les parents et enseignants, très attachés à leur école, ont quant à eux critiqué la méthodologie « bâclée » du rapport et ont répliqué en produisant un contre-rapport qui réfute point par point le précédent. « On a fait une étude non scientifique auprès des 157 élèves d’anciennes cohortes [en âge d’avoir terminé leur 5e secondaire]. On en a retrouvé 153, et 93 % d’entre eux ont obtenu leur diplôme d’étude secondaire », explique Frédérik Boivin, père d’une fillette fréquentant l’école.


Selon la CSP, de nombreux élèves n’y complètent pas leur primaire et quittent l’école pour un autre établissement. Toutefois, les taux de réussite des élèves se situeraient dans la moyenne.


Au sujet des inquiétudes sur le plan scolaire, Nancy Huston ironise. « Ces élèves ne sont pas devenus des drop-out, des baba-cool, des débiles mentaux qui passent leur vie à jouer avec des poupées de chiffon et à tricoter. Dans l’ensemble, ils se débrouillent et sont bien dans leur peau », écrit-elle.


Devant ce problème récurrent - une enquête a été menée en 2005 pour s’assurer que la pédagogie Waldorf ne nuirait pas à la réussite des élèves -, le ministère de l’Éducation a indiqué la semaine dernière qu’il suivrait de près les deux autres écoles publiques Waldorf au Québec (à Waterville et à Victoriaville) et qu’il exigerait un suivi plus serré de la part des commissions scolaires. En revanche, le ministre a autorisé l’ouverture, en septembre 2013, d’une école privée Waldorf à Val-David, dans les Laurentides.

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