Une manifestation de parents inquiets dispersée en vertu du règlement P-6

Les citoyens étaient rassemblés pour sensibiliser les automobilistes à la présence d’une zone scolaire autour de l’école Saint-Pierre-Calver, située sur le Plateau-Mont-Royal.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les citoyens étaient rassemblés pour sensibiliser les automobilistes à la présence d’une zone scolaire autour de l’école Saint-Pierre-Calver, située sur le Plateau-Mont-Royal.

« Les gens avaient commencé à traverser sans jamais entraver la circulation, parce qu’on voulait que ce soit une manifestation positive et sécuritaire, et des policiers sont arrivés en voiture, puis deux autres à vélo. On nous a dit que notre manifestation était illégale parce qu’on n’avait pas prévu d’itinéraire », explique Marianne Giguère, l’une des porte-parole du comité de sécurité de l’école primaire.


L’intervention a d’autant plus surpris les parents que l’agente sociocommunautaire de l’école avait été avisée de l’action de sensibilisation et était déjà sur les lieux depuis 7 h 30. Le rassemblement a pris fin vers 8 h 15, au début des classes.


Mme Giguère souligne avec ironie le « discernement » dont les policiers avaient promis de faire preuve, notamment en indiquant qu’ils n’allaient pas intervenir en vertu de P-6 dans le cas d’une manifestation de célébration entourant un match de hockey, par exemple. « Le discernement, il n’était pas là ce matin », a-t-elle fait remarquer.


« Erreur » de la part du policier


Selon le porte-parole du SPVM, Ian Lafrenière, il n’a jamais été question de fournir d’itinéraire ni d’invoquer le règlement P-6 qui contient cette disposition, mais il a reconnu une erreur. « Là où il y a eu erreur, c’est que l’agent a dit que l’action devait cesser en vertu du « nouveau » règlement », précise-t-il en entrevue au Devoir.


M. Lafrenière remarque qu’il règne une confusion entourant l’application de ce règlement municipal. C’est le centre de commandement, et non un agent seul, qui peut décider de procéder à une arrestation ou faire une intervention en vertu de P-6. Ensuite, les parents de l’école, en prévenant l’agent sociocommunautaire au préalable, ont fait « exactement ce qu’il fallait faire », insiste-t-il. Selon M. Lafrenière, c’est un homme qui frappait gentiment les pare-chocs des voitures avec un bâton de styromousse qui aurait en partie justifié l’intervention. « Le policier s’est dit que peut-être que quelqu’un pourrait réagir méchamment, et c’est pourquoi la solution proposée pour la sécurité de tous a été d’aller sur le terrain de l’école », a-t-il expliqué.


L’intervention policière n’en a pas moins été vivement dénoncée par le Comité central des parents (CCP) de la CSDM. « Les parents se mobilisent afin d’exiger un réel changement culturel face à la sécurité de nos enfants sur le parcours scolaire et autour des écoles. Et la réponse que l’on reçoit, c’est de l’intimidation policière ? C’est inacceptable », a déclaré Manon Ricard, présidente du CCP, par voie de communiqué.


Zone dangereuse


Située à l’intersection de l’avenue de Lorimier et du boulevard Saint-Joseph, à grand débit de circulation, l’école Saint-Pierre-Claver est dans une zone dangereuse, selon la Direction de la santé publique (DSP). Le 18 avril dernier, une fillette de l’école s’est fait renverser par une voiture dans la rue devant l’école, en voulant ramasser un ballon. Elle s’en est tirée avec un bras cassé et quelques ecchymoses. Il y a quelques années, une brigadière avait été aussi fauchée par un véhicule, non loin de l’école.


Depuis un certain temps, un combat pour faire ralentir la circulation dans cette zone scolaire a été engagé par des parents et la directrice de l’école Saint-Pierre-Claver. À l’automne, des parents se sont mobilisés au sein d’un comité de sécurité et ont multiplié les représentations aux conseils d’arrondissement et de ville. Mais le combat risque d’être ardu, puisque les changements de signalisation doivent être approuvés par le ministère de Transport.


« On demande une meilleure signalisation et une réduction de la vitesse en zone scolaire. Il faut que ce soit clair pour les automobilistes qu’ils passent devant une école », a indiqué Marianne Giguère, qui souhaite se présenter comme conseillère de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal dans l’équipe Projet Montréal du maire Luc Ferrandez. « À côté d’une artère, la sécurité des enfants devrait être un enjeu plus important que la fluidité de la circulation », dénonce-t-elle.

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