ACFAS - Un dialogue sur les enjeux de recherche dans l’espace public

Réginald Harvey Collaboration spéciale
<em>«Une saine vie en démocratie passe par l'appropriation de la recherche et de la science de la part de la société.»</em> — Louise Dandurand, présidente de l'ACFAS
Photo: Fonds québécois de la recherche «Une saine vie en démocratie passe par l'appropriation de la recherche et de la science de la part de la société.» — Louise Dandurand, présidente de l'ACFAS

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Il est toujours à la fois impressionnant et enrichissant de consulter la programmation du congrès annuel de l’Association francophone pour le savoir (Acfas). Les chercheurs présents se comptent par milliers, les présentations de formats variés foisonnent et les sujets abordés couvrent de nombreuses disciplines. Et voilà que l’Acfas se propose d’élargir encore ses horizons à l’avenir et qu’elle s’offre en 2013 un rendez-vous francophone de la recherche et de l’innovation résolument international. Sa présidente Louise Dandurand témoigne.


Cette année, l’Acfas innove en collaborant avec l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Le thème retenu ? Un savoir sans frontières. « On parle d’un savoir sans frontières disciplinaires, géographiques, intellectuelles ou universitaires. On veut un événement qui se situe au-delà de toutes ces barrières, qui soit, comme le disait sa présidente d’honneur et directrice générale de l’UNESCO [Irina Bokova], un espace sans limites. »


L’Association ne déroge pas pour autant à ses bonnes habitudes. « Elle privilégie de façon fort marquée un dialogue science et société. Pour ma part, ce que j’espère de ce congrès, c’est qu’il aille vraiment au-delà des discussions entre universitaires et acteurs du milieu de la recherche et qu’il donne cours à un véritable dialogue sur les enjeux de recherche dans l’espace public. »


L’Acfas cumule un très long parcours historique à titre d’institution du savoir : elle entre dans sa 91e année d’existence puisqu’elle a vu le jour en 1923. Son passé est riche, son présent est bien vivant. Que lui réserve l’avenir ? « Il est question ici de la place de la recherche sur l’espace public à un moment où on voit certains gouvernements se méfier de la science et ne pas utiliser pleinement les résultats de la recherche pour différentes raisons que je ne commenterai pas ici, indique Mme Dandurand. La science doit occuper toute sa place dans cet espace, que ce soit pour informer les citoyens et éclairer les politiques publiques, ou pour enrichir le débat démocratique. Je pense qu’une saine vie en démocratie passe par l’appropriation de la recherche et de la science de la part de la société. »

 

L’organisation et ses défis


Il existe des enjeux actuels propres à l’Acfas et à sa communauté, souligne Louise Dandurand. « Nous nous apprêtons à entamer une réflexion sur notre prochain plan stratégique ou de développement qui s’amorcera durant l’été. Chaque année, le conseil d’administration se réunit durant une journée pour effectuer un certain travail de déblayage et pour mettre de l’avant des idées. J’aurai aussi eu des rencontres informelles avec des membres du conseil et avec des représentants de la communauté pour que, lors de la réunion de la fin août, nous entamions vraiment le processus d’élaboration de notre plan. »


Il est à prévoir que certains éléments de celui-ci vont s’inscrire dans la continuité. « Indubitablement, la poursuite du dialogue science et société, la place de la recherche dans l’espace public et la valorisation de la recherche pour le développement des politiques formeront des axes forts que l’Association voudra conserver à son ordre du jour. »

 

Au-delà du Québec


Il y a également des éléments de nouveauté qui se profilent dans le prochain plan stratégique. « Il s’agit d’une ouverture accrue hors Québec. On a quand même des antennes dans différentes régions du Canada. J’étais il y a quelques semaines à Sudbury, et il y en a là une qui est très active et qui maintient la recherche en français extrêmement vivante à l’extérieur du Québec. Nous souhaitons vivement que des sections régionales comme celle-ci, comme on les appelle, soient très présentes dans leurs communautés respectives. »


« On veut exercer une présence accrue à l’international,poursuit Mme Dandurand. Nous avons déjà établi pas mal de contacts avec une organisation similaire à la nôtre à la grandeur de l’Amérique latine. Nous allons poursuivre le dialogue avec des communautés scientifiques à l’extérieur du Québec et du Canada. Je parlais de l’Amérique latine, mais nous avons aussi des collaborations de plus en plus structurées avec des communautés scientifiques de la francophonie et nous comptons poursuivre dans cette voie. »

 

Déséquilibre


Louise Dandurand se questionne sur « ce qui se passe dans les agences gouvernementales des conseils subventionnaires fédéraux »,où « un déséquilibre s’installe au profit de la recherche en partenariat et de celle vers la commercialisation ».


« Entendez-moi bien ! Je ne dis pas qu’il n’est pas important de promouvoir les partenariats avec l’entreprise ou avec le milieu. Au contraire, c’est très important, c’est vital et ça fait également partie d’un grand enjeu de la recherche, qui est celui du transfert et de la mobilisation des connaissances. Mais il ne faut pas que cette démarche se produise au détriment d’une base de recherche fondamentale. Je m’inquiète de l’érosion de l’appui à celle-ci, qui fait retomber sur les systèmes provinciaux l’obligation de la soutenir. »


« On a choisi au Canada et au Québec d’inscrire la recherche dans la dimension de la formation de la relève, ce qui se passe donc à l’université,poursuit-elle. La recherche fondamentale doit par conséquent demeurer très, très présente dans les établissements universitaires, ce qui n’exclut pas la recherche en partenariat, bien au contraire, mais ce qui y conduit. On ne peut pas la voir s’éroder. »



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