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Consultations - Maternelle à 4 ans: le milieu préscolaire a de sérieuses réserves

Le gouvernement Marois veut rendre la maternelle accessible à partir de l’âge de quatre ans pour les enfants vivant en milieux défavorisés.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le gouvernement Marois veut rendre la maternelle accessible à partir de l’âge de quatre ans pour les enfants vivant en milieux défavorisés.

Formation en enseignement préscolaire déficiente, locaux trop petits et mal adaptés, groupes trop nombreux… Tant qu’à implanter dans de telles conditions les maternelles à quatre ans pour enfants en milieux défavorisés, mieux vaut ne pas en avoir du tout. C’est la position qu’a livrée, contre toute attente, l’Association d’éducation préscolaire du Québec (AEPQ), qui regroupe des enseignantes bachelières du milieu, dans le cadre des consultations sur le projet de loi 23.


Extrêmement critique des conditions des maternelles actuelles, l’AEPQ a même suggéré de développer le réseau des Centres de la petite enfance (CPE), plutôt que de donner le feu vert aux maternelles quatre ans. « On a comme l’impression que c’est un champignon qui pousse tout d’un coup. Pourquoi ne pas réfléchir sur ce qu’on peut offrir, pourquoi aller aussi vite, et le faire dès septembre ? » a dit Francine Boily, présidente de l’AEPQ. « Si vous voulez faire quelque chose, pourquoi ne pas le faire du côté des CPE ? »


Dans un avis sur le sujet publié l’automne dernier, le Conseil supérieur de l’éducation estime que, s’il existe au Québec différents bons types de milieux scolaires, « le modèle CPE est celui qui correspond le mieux à cet idéal de qualité ». Très important pour le développement de l’enfant, le contact que l’éducateur a avec les parents est quotidien dans les CPE, ce qui n’est pas le cas à la maternelle.

 

Oui, mais…


Depuis plus de trente ans dans le métier, Danielle Jasmin, vice-présidente de l’AEPQ, a fait l’éloge de ses conditions d’enseignement à des petits immigrants de quatre ans au milieu des années 1970, dans une commission scolaire de Laval. Les enfants étaient transportés porte à porte, ils avaient de grands locaux éclairés, des toilettes et des lavabos à leur hauteur, leur propre petite cour et deux enseignants pour une classe de 18. « C’était l’idéal », a-t-elle insisté. « Si vous m’assurez que cette maternelle que vous instaurez va avoir cette qualité-là, on n’est pas contre. On est pour. Mais je ne crois pas que ça va être possible », a-t-elle affirmé.

 

Formation déficiente


L’AEPQ a également critiqué la formation des nouvelles enseignantes au préscolaire, celles-ci n’ayant qu’environ deux cours dans tout leur baccalauréat et dans certains cas aucun stage dans un milieu préscolaire. « Avant, on avait une conseillère pédagogique; maintenant, elles sont rares et quand elles sont là, elles n’ont que 20 % de tâche », a soutenu Mme Jasmin. « On avait du matériel très riche, spécialement au niveau du développement du langage. On avait même une trousse pour développer le langage chez les allophones. Ces conditions, d’après ce qu’on comprend, sont très éloignées de ce que le projet de loi propose ».


La ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, a paru médusée des critiques sévères à l’endroit des maternelles et du projet de loi qu’elle propose. « J’aurais simplement pensé que vous auriez dit : “on va tout faire pour améliorer la situation” plutôt que de dire “on n’est pas compétents pour s’occuper d’enfants de quatre ans”». Danielle Jasmin a plus tard rétorqué qu’elle déplore effectivement la formation inadéquate des enseignants « parce que le ministère s’est délesté de son rôle de formateur » et qu’il s’en est remis aux commissions scolaires « qui font ce qu’elles peuvent. »


Par ailleurs, l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec a quant à elle donné son appui au projet, tout en partageant son expertise dans le domaine, sur un vaste territoire. Sans surprise, l’Association québécoise des centres de la petite enfance a plutôt vanté son approche et ses services et a demandé que des mesures soient mises en place pour en favoriser l’accès.

2 commentaires
  • Louka Paradis - Inscrit 30 avril 2013 01 h 40

    La pensée positive

    Il faut commencer quelque part. Cette mesure est progressive et aidera les enfants des milieux démunis ; elle contribuera ainsi à prévenir le décrochage scolaire, car ces enfants arrivant mieux préparés à l'école présenteront moins de risques d'accumuler les retards et les échecs. Mais, comme le dit la fable de LaFontaine, «...nul de peut plaire à tout le monde et à son père...» Il s'en trouvera toujours pour critiquer. Si on abordait toute innovation en ne considérant que les problèmes et les embûches, on ne ferait jamais rien. Bravo à cette mesure du gouvernement Marois ! Il faut saluer les bonnes idées et aider à les réaliser, au lieu de ne voir que le négatif.
    Louka Paradis, Gatineau

  • Sylvain Auclair - Abonné 30 avril 2013 09 h 36

    La différence

    La maternelle est gratuite, tandis que les CPE coûtent 35$ par semaine et sont conçus d'abord pour les enfants dont les parents travaillent.