Centre hospitalier universitaire de l'Université de Sherbrooke - De nouveaux biomarqueurs pour la maladie de Fabry

Pierre Vallée Collaboration spéciale
La chercheure Christiane Auray-Blais, dans son laboratoire du Centre de recherche clinique Étienne-Le Bel du Centre hospitalier universitaire de l’Université de Sherbrooke
Photo: Université de Sherbrooke La chercheure Christiane Auray-Blais, dans son laboratoire du Centre de recherche clinique Étienne-Le Bel du Centre hospitalier universitaire de l’Université de Sherbrooke

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche universitaire

Bien que rare, la maladie de Fabry peut gravement handicaper la vie des personnes qui en sont atteintes, et même provoquer une mort prématurée. Et, comme les symptômes peuvent être confondus avec ceux d’autres maladies, le diagnostic n’est pas facile à établir. Heureusement, de nouveaux biomarqueurs aideront les médecins à mieux déceler cette maladie.


Les nouveaux biomarqueurs sont le fruit d’une recherche menée par l’équipe de Christiane Auray-Blais, chercheure au Centre de recherche clinique Étienne-Le Bel du Centre hospitalier universitaire de l’Université de Sherbrooke. « Ces nouveaux biomarqueurs serviront à diagnostiquer la variante cardiaque de la maladie de Fabry pour laquelle les outils diagnostiques actuels ne sont pas toujours efficaces », explique Mme Auray-Blais. Rappelons que les biomarqueurs sont des indicateurs de changement dans le métabolisme.

 

La maladie de Fabry


La maladie de Fabry est une maladie génétique causée par le dysfonctionnement d’un gène situé sur le chromosome X. Normalement, ce gène commande la synthèse d’une enzyme, l’alpha-galactosidase, dont le rôle est de contribuer au bon fonctionnement du lysosome, la partie de la cellule qui dégrade les substances qui, si elles s’accumulaient, seraient toxiques. Le déficit de cette enzyme entraîne donc une accumulation de lipides dans la cellule, soit le globotriaosylcéramide (Gb3) et le globotriaosylsphingoside (lyso-Gb3).


Cette accumulation peut occasionner des manifestations cliniques variables selon les patients. Ces manifestations comprennent des douleurs aiguës aux extrémités, des lésions cutanées au torse, des troubles cardiaques, comme l’hypertrophie ventriculaire gauche, des accidents vasculaires cérébraux et des troubles rénaux nécessitant une dialyse. Ce sont les hommes atteints de cette maladie qui présentent les symptômes les plus aigus ; les femmes atteintes sont parfois des porteuses asymptomatiques, mais elles peuvent aussi présenter des symptômes plus ou moins prononcés.


L’incidence de la maladie est d’un cas sur 40 000. « Mais, comme le diagnostic est difficile à établir, c’est une maladie qui est probablement sous-diagnostiquée. De plus, cette difficulté diagnostique fait en sorte que les personnes atteintes vont d’un médecin à l’autre et souffrent pendant des années avant qu’on ne puisse cerner leur mal et leur proposer un traitement. » Ce traitement repose généralement sur la prise d’une enzyme synthétique de remplacement.

 

Les outils diagnostiques


Les médecins disposent de deux outils diagnostiques. Le premier est la mesure de l’activité de l’alpha-galactosidase dans les globules blancs. « Mais c’est une méthode diagnostique lourde et coûteuse. » Le second est la mesure des Gb3 et des lyso-Gb3 dans l’urine des personnes, le taux étant plus élevé chez les personnes atteintes. « Malheureusement, cet outil diagnostique ne fonctionne pas toujours, car cette maladie connaît plusieurs mutations. Par exemple, dans le cas de la variante cardiaque, le taux de Gb3 et de lyso-Gb3 dans l’urine est normal. »


D’où l’importance de trouver de nouveaux biomarqueurs spécifiques de la variante cardiaque. « Notre recherche a permis d’identifier de nouveaux biomarqueurs spécifiques de la variante cardiaque de la maladie de Fabry. Ce ne sont pas des Gb3, mais plutôt des molécules analogues au Gb3 qui sont présentes dans l’urine des patients atteints, et, de plus, en plus grand nombre que le Gb3. »

 

Le mécénat privé


L’identification, la classification et l’analyse de ces nouveaux biomarqueurs ont été réalisées grâce à la spectrométrie de masse. Le spectromètre de masse est un instrument de mesure capable de décomposer une substance, ici l’urine, un liquide organique, en les éléments qui la composent, soit des molécules. « Le Centre hospitalier de l’Université de Sherbrooke a été le premier centre hospitalier au Québec à se doter d’un spectromètre de masse. »


Bien que ces instruments soient très coûteux, le laboratoire que dirige Christiane Auray-Blais en compte aujourd’hui cinq. « J’ai évidemment obtenu le soutien financier de la Fondation du CHUS et d’organismes subventionneurs, mais je n’aurais pas été en mesure de monter pareil laboratoire sans la contribution financière de l’entreprise privée, dont notamment la société Waters Limitée, un fabricant de spectromètres, et de Denis Fortier, de Club Piscine. Sans ce mécénat privé, je n’aurais pas pu faire pareille recherche, faute d’instruments. Je tiens à les remercier, surtout au nom des patients qui profiteront des résultats de cette recherche. »


Pourquoi avoir choisi la maladie de Fabry pour la recherche de biomarqueurs ? « J’ai fait de la médecine génétique préventive pendant toute ma carrière. Le laboratoire que je dirige est responsable du dépistage urinaire auprès de tous les poupons du Québec, ce qui correspond à environ 77 000 analyses par année. On peut dépister ainsi une vingtaine de maladies génétiques. Mais je voulais étendre la gamme des maladies dépistées par cette méthode et la maladie de Fabry, à cause de la difficulté diagnostique qu’elle pose, apparaissait comme une bonne candidate. »


Christiane Auray-Blais aimerait bien poursuivre dans ce sens et se pencher maintenant sur d’autres maladies. « Par exemple, existe-t-il des biomarqueurs pour l’autisme ? Les femmes qui accouchent d’un bébé prématuré pourraient-elles être identifiées grâce à des biomarqueurs lors de leur grossesse ? Les problèmes psychosociaux, comme le déficit d’attention, pourraient-ils être diagnostiqués grâce à des biomarqueurs ? Ce sont tous des projets que j’ai en tête et sur lesquels j’espère pouvoir mettre en marche des recherches dans un avenir le plus rapproché possible. »


Si les idées de recherche ne manquent pas, reste à venir le soutien financier. « J’y travaille et je compte bien réussir. Je n’éprouve aucune gêne à aller frapper aux portes, même celles des entreprises privées et des gens d’affaires. Je compare souvent mes recherches à un casse-tête dont la pièce centrale est le patient, et c’est pour lui que nous travaillons. »



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