Après le sommet - Miser sur l’ouverture et la diversité

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Selon Louise Dandurand, aucun secteur de recherche ne doit être exclu de la future politique nationale de la recherche et de l’innovation du Québec.
Photo: Tim Bath Associated Press Selon Louise Dandurand, aucun secteur de recherche ne doit être exclu de la future politique nationale de la recherche et de l’innovation du Québec.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Il a certes été question de recherche et d’innovation lors du dernier Sommet de l’enseignement supérieur, mais ce secteur d’activité ne figurait pas parmi les priorités à l’ordre du jour. Pour la suite des choses, il n’y aura pas non plus de chantier à ce sujet. Qu’à cela ne tienne. Des assises élargies se sont tenues la semaine dernière, les 15 et 16 avril, dans le but de jeter les bases de la future politique nationale de la recherche et de l’innovation du Québec (PNRI).


L’Association francophone pour le savoir (Acfas) est l’un des deux organismes qui ont été chargés par le gouvernement de conduire ces assises, qui se sont déroulées près de deux mois après le Sommet de l’enseignement supérieur. Un sommet où il a été davantage question d’enseignement que de recherche.


« Je ne dirais pas que la place qu’elle a occupée a été marginale, parce que, dans les rencontres pré-sommet, comme celle de Rimouski, on en a quand même discuté et il y a eu des présentations qui lui faisaient une belle place », affirme la présidente de l’Acfas, Louise Dandurand.


« La finalité de cet événement consistait d’abord et avant tout à débattre des questions brûlantes relativement au financement des universités et à l’accessibilité aux études supérieures. Que la recherche n’a pas figuré au premier plan ne m’étonne pas et je pense qu’on lui a réservé un espace correct », ajoute celle qui a cumulé, en cours de carrière, des postes de haute direction dans le domaine de la recherche auprès de divers organismes tant éducatifs que gouvernementaux.


Les assises avaient été planifiées avant la tenue du sommet, rappelle Mme Dandurand, et elles constituaient en quelque sorte un chantier en soi. « Elles avaient déjà été annoncées et on aura quand même eu presque une journée et demie de réflexion sur cette question. »

 

Choix de société


Elle retient tout de même un aspect marquant des échanges pré-sommet. « Au Québec, le fait d’avoir placé la recherche fondamentale et appliquée au sein de l’université, c’est quand même un choix de société ; à ce titre, on reconnaît que le rôle premier de celle-ci dans les établissements universitaires, c’est la formation de la relève. Une des réunions a fait ressortir cette réalité-là et je pense que c’était nécessaire. Je dirais donc que la recherche a été traitée de façon raisonnable, sinon optimale. »


Selon Mme Dandurand, les assises de lundi et mardi derniers se sont mieux déroulées que celles ayant conduit à la précédente politique nationale de la recherche et de l’innovation. « Lors de l’élaboration de la dernière stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation, le gouvernement avait décidé très tardivement d’appeler certains mémoires et de convoquer divers groupes de chercheurs ou d’acteurs de la communauté de la recherche ; on avait procédé assez sur le tard, disons, et c’était un peu comme une réflexion qui vient après le fait accompli. Cette fois-ci, le précédent gouvernement a décidé dès le printemps dernier de tenir un processus de consultation beaucoup plus ouvert et élargi. » Le gouvernement actuel a choisi d’y aller dans le même sens.

 

En juin


L’Acfas et l’Association pour le développement de la recherche et de l’innovation du Québec (ADRIQ) se sont vu confier le mandat de gérer le processus des consultations auprès des diverses organisations. Chacune de son côté, ces deux organisations ont recueilli une centaine de mémoires, qu’elles ont par la suite transmis au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie. Ce dernier, après avoir entendu les gens du milieu de la recherche s’exprimer durant deux jours, à Québec, sur leurs attentes relativement à une politique nationale, dévoilera celle-ci en juin prochain.


Mme Dandurand se réjouit du processus suivi. « Cette idée de nous confier cette consultation panquébécoise a été la bienvenue, dit-elle. On avait dit à maintes reprises de la précédente stratégie qu’elle avait été élaborée en vase clos dans les officines gouvernementales sans que des échanges réels aient eu lieu. »


À elle seule, l’Acfas a reçu plus de 60 mémoires. « Il est intéressant de voir, selon la réaction que nous avons reçue à l’appel de mémoires, qu’il y avait une volonté de la communauté des chercheurs de s’exprimer ; la porte était ouverte pour qu’elle prenne sa place et fasse entendre sa voix, et ce fut vraiment mission accomplie. »


Pour le gouvernement, le défi de combler les attentes sera grand, selon Mme Dandurand. « Beaucoup de gens ont été consultés et ont participé avec enthousiasme. Ils ont consacré beaucoup de temps à la rédaction de mémoires qui, dans beaucoup de cas, sont très bien réfléchis et documentés, ce qui a été, à mon avis, d’une richesse incroyable pour la réflexion de toutes les personnes engagées dans ce processus. »

 

Les orientations retenues


Pour Louise Dandurand, la politique nationale doit d’abord et avant tout être fondée sur l’équilibre, l’ouverture et la diversité. « On a beaucoup reproché, avec raison selon moi, à la dernière stratégie pour la recherche et l’innovation d’être très tournée, voire uniquement axée, sur le développement technologique et les retombées économiques et industrielles, explique-t-elle. Nous sommes tout à fait d’accord pour reconnaître qu’une politique doit prendre en compte ces aspects-là et s’en préoccuper, mais pas à l’exclusion d’une importance égale devant être accordée, d’une part, à la recherche fondamentale et, d’autre part, à la recherche dans le domaine de la santé, des sciences sociales et des arts et lettres. »


« Ce qui est apparu clairement dans les mémoires, ce à quoi nous souscrivons et ce qui est clair dans celui que nous avons remis à l’Acfas, c’est que nous souhaitons une politique qui soit basée sur l’excellence, bien sûr, et sur l’équilibre et la diversité : un équilibre entre les différents grands champs de la recherche, entre les diverses contributions et formes d’innovation, une diversité dans la recherche fondamentale et individuelle, dans les partenariats, dans la recherche plus ou moins appliquée, dans la recherche sur le plan des consortiums. »


Selon elle, « une politique nationale de la recherche et de l’innovation qui se concentre de façon trop restrictive sur un seul secteur peut donner l’impression d’apporter des résultats concrets à court terme, mais elle appauvrit un écosystème de recherche ».



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