École de technologie supérieure - Une décennie sous le signe du dynamisme

Martine Letarte Collaboration spéciale
L’ÉTS a pris énormément d’expansion durant la dernière décennie. Deux pavillons ont été agrandis, des résidences étudiantes ont été construites et une partie de l’ancienne brasserie Dow a été réaménagée en carrefour d’innovation.
Photo: École de technologie supérieure L’ÉTS a pris énormément d’expansion durant la dernière décennie. Deux pavillons ont été agrandis, des résidences étudiantes ont été construites et une partie de l’ancienne brasserie Dow a été réaménagée en carrefour d’innovation.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Yves Beauchamp quittera, en juin, la direction générale de l’École de technologie supérieure (ÉTS), après une décennie en poste, et il déposera un bilan où s’affichent plusieurs réalisations en matière de recherche, de fréquentation étudiante et de développement urbain.


Le financement de la recherche et de l’innovation atteint maintenant 25 millions de dollars par année à l’ÉTS. Lorsqu’Yves Beauchamp est arrivé à la direction générale en 2002, ce financement était d’environ 5 millions. L’établissement comptait également alors une seule chaire de recherche ; il y en a aujourd’hui 25.


« Plus l’école se développait, plus nous réussissions à attirer des candidatures de professeur prestigieuses et plus nous dynamisions la recherche », explique Yves Beauchamp, qui a reçu Le Devoir pour dresser le bilan de son mandat.


Parmi les grandes réalisations dans le domaine de la recherche, Yves Beauchamp mentionne le développement du secteur des technologies de la santé. « Nous avons notamment à l’oeuvre Jacques de Guise, professeur au Département de génie de la production automatisée, qui assure la direction du Laboratoire de recherche en imagerie et orthopédie au Centre de recherche du CHUM. »


Le secteur de l’aérospatiale se démarque également. « Il y a deux ans, nous avons regroupé nos forces dans le domaine sous AÉROÉTS, qui rassemble une quarantaine de professeurs et qui permet de soutenir adéquatement les entreprises, d’accueillir des étudiants et de mieux nous positionner pour réaliser différents projets », indique M. Beauchamp.


Le fondateur et directeur d’AÉROÉTS, Hany Moustapha, a fait carrière chez Pratt Whitney.

 

Quartier de l’innovation


Le développement de la recherche se poursuit alors qu’une cinquantaine de postes de professeur sont à pourvoir. « Plutôt que de tous les répartir dans les différents départements, nous en avons réservé une quinzaine pour développer certains axes stratégiques afin de créer une masse critique », explique Yves Beauchamp.


Par exemple, la « ville durable » : « Les axes seront rattachés à quelques départements qui devront s’entendre sur les professeurs à embaucher, explique le directeur général. Ainsi, nous voulons que l’école soit non seulement très bonne, mais qu’elle soit la meilleure dans ces domaines au Canada et à l’international. »


Le déploiement de l’ÉTS prend maintenant un nouveau virage avec le Quartier de l’innovation, un projet lancé en partenariat avec l’Université McGill. « Avec les nombreux projets immobiliers résidentiels, nous craignions la création d’un quartier-dortoir, explique Yves Beauchamp. Nous nous sommes donc assis avec des gens de la Ville, des promoteurs et des résidants pour définir une vision commune d’un quartier offrant une mixité d’usages et une mixité sociale. »


Pour exemple, pour éviter l’embourgeoisement, on a prévu des logements abordables dans le quartier. « Une communauté artistique vit ici et nous voulons garder ces gens créatifs. Nous voulons créer un vrai milieu de vie où les gens sont en contact, parce que c’est ainsi que l’innovation est accélérée. Nous voulons que le quartier ait un volet de formation et d’innovation, un volet industriel, un volet social et culturel et un volet urbain, pour que les gens y trouvent un milieu de vie riche », explique Yves Beauchamp.

 

Planétarium Dow


L’ÉTS et McGill mettront à profit leurs forces complémentaires dans ce projet. « McGill se trouve en amont de la chaîne d’innovation avec sa recherche fondamentale. L’industrie se trouve en aval et l’ÉTS se situe entre les deux, explique Yves Beauchamp. Très rapidement, nous avons mobilisé des acteurs derrière notre vision, et, maintenant, elle est portée par la Ville. »


L’acquisition récente de l’ex-Planétarium Dow par l’ÉTS permettra la réalisation d’un élément central du quartier : un carrefour de créativité. « Des professeurs pourront y travailler sur de nouvelles idées avec des entreprises, des regroupements sociaux et le grand public. Cela pourra se transformer en démarrage d’entreprise, en projet de maîtrise, de doctorat ou de recherche. L’ÉTS y investira cinq millions de dollars provenant de nos entreprises auxiliaires », explique M. Beauchamp.


L’ÉTS a pris énormément d’expansion durant la dernière décennie. On a agrandi ses deux pavillons, on a construit des résidences étudiantes et réaménagé une partie de l’ancienne brasserie Dow en carrefour d’innovation, où des entreprises matures peuvent louer un espace à condition de collaborer avec l’ÉTS. Le développement se poursuit avec la construction prochaine de la Maison des étudiants.


« Aucun montant d’origine publique n’est investi dans ce projet de 35 millions. Il sera financé par les revenus de location commerciale, des fonds de l’école générés par les entreprises auxiliaires, et les étudiants investiront cinq millions en cotisations. »

 

Un rayonnement mondial


Ces nombreux projets se sont imposés au fur et à mesure que la fréquentation étudiante a augmenté à l’ÉTS. Sous la direction d’Yves Beauchamp, elle est passée de 3750 étudiants à plus de 6700.


Cette croissance s’explique, d’après le directeur général, par différents facteurs comme « les excellentes perspectives d’emploi de tous les programmes offerts » à l’ÉTS.


L’école a aussi la particularité d’exiger de ses étudiants en génie un diplôme d’études collégiales techniques. « Auparavant, 40 % des étudiants qui entraient à l’ÉTS avaient une expérience d’au moins deux ans en entreprise, indique M. Beauchamp. Aujourd’hui, c’est moins de 20 %. De plus en plus, des jeunes du secondaire veulent devenir ingénieur en passant par la filière techno. C’est un peu plus long, mais c’est rassurant, parce que s’ils changent d’idée en cours de route, ils pourront toujours travailler comme technicien. »


Le modèle d’enseignement coopératif de l’ÉTS est aussi un facteur d’attraction. « Nos étudiants réalisent trois stages de quatre mois rémunérés entre 12 000 $ et 14 000 $ chacun, indique Yves Beauchamp. Ils ont le choix parce que nous tenons 2700 stages par année et nous recevons en moyenne 3200 offres d’entreprises. »


Le directeur général a aussi multiplié les efforts pour que ce rayonnement traverse les frontières. En France notamment, où M. Beauchamp siège au conseil d’administration de l’Université de technologie de Compiègne.


Il a aussi tissé des liens avec l’Amérique latine en tant que membre du conseil d’administration de l’Organisation universitaire interaméricaine. « Plusieurs universités en Amérique latine souhaitent offrir des programmes de cycles supérieurs, donc il faut former le corps professoral. Les gouvernements financent des professeurs pour qu’ils fassent leur doctorat à l’étranger. Auparavant, ces professeurs allaient surtout aux États-Unis et en Europe, mais, maintenant, nous réussissons à aller en chercher. C’est intéressant aussi pour nos professeurs puisque, lorsque l’étudiant retourne dans son pays, de fortes collaborations de recherche peuvent s’installer. »


Yves Beauchamp, son mandat de directeur général bien rempli, prévoit d’ailleurs revenir à la recherche et à l’enseignement en génie mécanique, tout en continuant à s’engager dans différents projets.



Collaboratrice