Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique - L’union musicale fait la force à l’OICRM

André Lavoie Collaboration spéciale
« Faire des recherches en musique, ça peut aboutir à des résultats remarquables, à une meilleure compréhension de notre société et de ses problèmes et ainsi à la mise au point de solutions », affirme Michel Duchesneau.
Photo: Agence France-Presse (photo) Gabriel Bouys « Faire des recherches en musique, ça peut aboutir à des résultats remarquables, à une meilleure compréhension de notre société et de ses problèmes et ainsi à la mise au point de solutions », affirme Michel Duchesneau.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche universitaire

La musique est-elle un art que la science peut expliquer ? Les puristes vous diront que les savants ne devraient jamais mettre leur nez dans un univers aussi mystérieux, mais Michel Duchesneau, directeur de l’Observatoire interdisciplinaire de création et de recherche en musique (OICRM), ne partage pas ce point de vue. Depuis 2004, il fait la démonstration que la musique peut être un véritable objet de recherche « ancré dans la réalité de la société ».


La fondation de l’OICRM relevait, pour Michel Duchesneau, d’une grande conviction : celle de croire que, « tout seul, on peut faire des choses, mais qu’à plusieurs, on peut faire beaucoup plus de choses ». C’est ce qui l’animait à son arrivée comme professeur à l’Université de Montréal en 2002, après une formation comme hautboïste, suivie d’études supérieures en musicologie, après un passage de plusieurs années à la tête de la Société de musique contemporaine du Québec.


Cette volonté de regrouper les forces de tous et chacun s’inscrit dans sa pratique et ses valeurs, mais elle repose également sur une fine connaissance de l’histoire, acquise tout au long de ses études universitaires. « Je me suis intéressé aux sociétés françaises de musique de création du début du XXe siècle, dont une créée par Maurice Ravel, souligne le directeur de l’OICRM. J’ai découvert que ces sociétés musicales avaient joué un rôle très important. Ce qui me semble évident, c’est que le rôle des institutions est essentiel dans l’évolution d’un milieu, et particulièrement dans le milieu culturel. »

 

Vaste réseau


Ce qui n’était qu’une idée rassembleuse, au cours des années fondatrices d’« un organisme qui a changé de nom plusieurs fois », est devenu peu à peu une organisation dynamique ayant étendu son influence un peu partout dans le réseau universitaire québécois (quatre laboratoires à l’Université Laval, sept à l’Université de Montréal, sans compter les collaborations avec l’Université McGill, l’Université Concordia, l’UQAM et l’Université de Sherbrooke), canadien et étranger. En ce moment, près de 70 chercheurs et plus d’une centaine d’étudiants se penchent sur les diverses facettes de la musique.


Comment s’articulent toutes ces collaborations ? Pour Michel Duchesneau, le premier objectif de l’OICRM, « c’est de réunir les gens qui ont envie d’être en relation. Il ne s’agit pas d’imposer un moule, mais de structurer la recherche en musique de façon générale, associer par exemple un compositeur avec un musicologue, un interprète avec un acousticien ou un ingénieur. »


De telles alliances sont donc possibles dans un milieu universitaire réputé pour son individualisme ? « Dans notre discipline, il y a un changement de génération assez important, souligne avec satisfaction Michel Duchesneau. Depuis une dizaine d’années, il y a un renouvellement, parce que les baby-boomers s’en vont à la retraite et qu’on constate un afflux important de jeunes professeurs qui arrivent avec une nouvelle mentalité, une nouvelle façon de voir les choses. Plusieurs ont partagé les mêmes difficultés et entretiennent les mêmes rêves ; ce fut facile de les fédérer. »

 

Un esprit de collaboration


Lui-même étant un fier représentant de la génération X, Michel Duchesneau se réjouit de cet esprit de collaboration qu’insuffle l’OICRM. « À l’origine, l’enseignement universitaire a été conçu sur une base de recherche. Un professeur transmet un savoir à ses élèves, mais ce savoir-là, il évolue beaucoup plus vite qu’auparavant. Se mettre à jour nécessite donc plus d’énergie que par le passé. Une bonne façon de communiquer le savoir, c’est de faire participer les étudiants à l’acquisition de ce savoir, à travers d’autres modèles que celui d’être assis en classe à écouter le professeur. C’est pourquoi nous organisons des journées d’études, des séminaires, des colloques, etc. »


À ceux qui pourraient croire qu’ils réfléchissent en circuit fermé, Michel Duchesneau leur répond avec de solides arguments. « Faire des recherches en musique, ça peut aboutir à des résultats remarquables, à une meilleure compréhension de notre société et de ses problèmes et ainsi à la mise au point de solutions. Ça va beaucoup plus loin que d’avoir du fun à écouter une chanson. Par exemple, on veut mieux comprendre les choix musicaux des jeunes, utiliser la musique pour les raccrocher à l’école ou analyser le développement de nouveaux publics au concert, un sujet qui va devenir très chaud dans les prochaines années. »


Autre sujet qui s’annonce « chaud » : celui du financement de la recherche. Dans le contexte budgétaire actuel, comment entrevoit-il l’avenir ? « On a eu des sueurs froides avec les récentes décisions gouvernementales, qui, à mon avis, ont démontré une incompréhension sidérante de la recherche. Nous avons créé une infrastructure qui fait la démonstration de son utilité et, à partir de maintenant, il faut qu’elle vive. Car, en ce moment, l’observatoire, c’est une somme extraordinaire de chercheurs pour qui la musique est au coeur de leurs préoccupations, et c’est exceptionnel dans le monde. Montréal, c’est assurément une métropole de la recherche en musique et on le constate en voyant la quantité d’étudiants étrangers qui s’intéressent à nos recherches, à nos projets. »


 

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