Un éditeur au coeur d’un vaste réseau

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Céline Fournier
Photo: Céline Fournier

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Brassant chaque année quelque 200 millions de dollars de subventions de recherche, l’Université du Québec participe de plain-pied à l’évolution du savoir et de l’avenir intellectuel au Québec. « Encore faut-il rendre accessible le contenu de ces recherches ! », avance Céline Fournier, directrice générale des Presses de l’Université du Québec (PUQ). Affichant clairement le mandat de diffuser les connaissances et de participer au rayonnement de l’Université du Québec, les PUQ produisent une centaine de nouveaux titres par an, enrichissant un catalogue qui en compte plus de 1200.


Créées en 1969, les PUQ sont au coeur du plus vaste réseau universitaire au Canada, qui relie des universités situées à Montréal, à Trois-Rivières, à Chicoutimi, à Rimouski, en Outaouais et en Abitibi-Témiscamingue, l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), l’École nationale d’administration publique (ÉNAP), l’École de technologie supérieure (ÉTS) et la Téluq.


Avec 10 établissements, 6600 professeurs et chargés de cours et plus de 750 programmes d’études, l’éventail des spécialités couvertes par les PUQ est vaste. « Cha-que université a ses spécialités. Puisque nous voulons coller à la réalité de nos universités et répondre aux besoins de la collectivité, notre objectif est de publier dans tous les domaines dispensés », explique Mme Fournier.


Pour cela, les PUQ ont une soixantaine de collections, couvrant aussi bien la géographie contemporaine que l’éducation, la communication, le génie ou l’administration, auxquelles s’ajoutent une trentaine de publications hors-série chaque année. Les sciences sociales et humaines figurent au premier plan des disciplines les mieux représentées.


Mais ce tableau évolue bien sûr en fonction des besoins. « Chaque année, de nouveaux programmes, propositions, offres et développements surgissent dans le milieu universitaire. Nous suivons ce qui se passe et nous voulons être étroitement arrimés à nos universités. Au cours des huit dernières années, nous avons ainsi ouvert l’éventail des disciplines : nous publions aujourd’hui une centaine de titres par an, contre 45 il y a huit ans. »


Au-delà des spécialités des différentes universités, la langue de la recherche influence également les choix de publications. « Comme les sciences pures se publient surtout en anglais, nous en publions moins. Les chercheurs en sciences pures ont davantage tendance à publier dans des revues scientifiques anglophones. »


Présence des chercheurs


Et, pour être au diapason des tendances de la recherche, ce sont des chercheurs qui donnent le pouls des orientations de la maison. Ainsi, alors que les PUQ s’occupent du volet économique du processus de publication, ce sont des professeurs, responsables des collections, qui s’occupent du contenu. « Chaque collection a son directeur : c’est lui qui fait le travail d’évaluation des manuscrits. Il en examine la crédibilité, la pertinence, ainsi que l’originalité du contenu. » Et, lorsqu’un manuscrit ne tombe dans aucune collection, ce qui est le cas d’environ le tiers des ouvrages, « nous faisons appel à des évaluateurs externes, qui font un rapport de lecture et nous indiquent si la publication du manuscrit est pertinente ».


Ainsi, alors que la recherche s’ouvre de plus en plus vers des pratiques multidisciplinaires, ce type de publication tend à prendre de l’ampleur. « Il y a de plus en plus de recherches difficiles à cantonner dans une discipline. » Ce même constat de diversité s’impose en regard de l’origine des travaux interuniversitaires. « Les auteurs publiés viennent des universités du réseau de l’UQ, mais aussi de l’Université de Sherbrooke, de l’Université Laval ou de l’Université de Montréal. »


Pour mieux suivre l’actualité dans le monde de la recherche, les PUQ n’hésitent pas à adapter leur calendrier de publication aux besoins du milieu. « Lorsqu’un colloque ou un rassemblement de spécialistes a lieu et que nous avons un livre intéressant en cours de publication, nous faisons tout pour qu’il sorte à temps. » Une pratique qui s’étend également aux besoins spécifiques des professeurs, poussant par exemple pour la réédition d’un ouvrage épuisé qui est destiné à être utilisé dans un cours. « Ça fait partie de notre mandat d’accessibilité du savoir », estime Céline Fournier.


Le délai de publication peut avoir des conséquences directes sur la pertinence d’un ouvrage. En effet, risquant de voir une recherche perdre de son intérêt « si d’autres travaux autour du même sujet sont publiés ou si de nouvelles connaissances émergent », auteurs et éditeur ont tout avantage à ce qu’il y ait « le moins possible de clivages entre la recherche et le moment où le livre sort ».


Cet impératif de publication rapide se fait d’ailleurs de plus en plus présent, a remarqué Céline Fournier. « Avec Internet et la production numérique, tout le monde peut mettre en ligne ses travaux », constate-t-elle. Ainsi, alors qu’il fut un temps où publier un livre savant prenait environ deux ans, ce délai est devenu « beaucoup trop long dans le monde actuel. Aujourd’hui, le processus dure six mois. »

 

Forte inscription numérique


D’autre part, l’ère numérique ouvre les portes de l’accessibilité du savoir. Bénéficiant de possibilités de diffusion élargies, le milieu de la recherche s’engouffre tout naturellement dans le creuset 2.0. « Environ 95 % de nos titres sont accessibles en format numérique », précise-t-elle, tout en rappelant que les PUQ ont été des pionnières en la matière. Ainsi, depuis 2003, tous les livres sont publiés en formats papier et numérique. De plus, en 2004-2005, tous les fonds de la maison ont été numérisés et rendus accessibles à la vente. « Nous constatons que beaucoup de vieux titres se vendent encore. Il n’y a plus de barrière. Ces livres atteignent même le marché français. »


Et même si la plupart des ouvrages sont encore conçus pour être des livres de papier, les travaux de recherche destinés à être publiés en format numérique et interactif sont de plus en plus nombreux, note Céline Fournier.


Afin de poursuivre leur mission de diffusion du savoir, les PUQ ne se limitent pas aux seules publications savantes destinées aux spécialistes. « Notre mandat n’est pas de vulgariser ou d’atteindre un public large. Mais les livres savants issus de travaux de recherche ne se vendent pas énormément. Ce sont les livres didactiques pour le premier cycle ou le cégep qui nous aident à survivre et à publier les autres livres. C’est un heureux ménage entre livres savants et livres didactiques », affirme-t-elle.



Collaboratrice