INRS - La gestion de l’eau municipale a désormais son institut de recherche

Thierry Haroun Collaboration spéciale
L’IIAM a produit son premier audit en aquaresponsabilité, en septembre 2012, pour la Ville de Québec.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’IIAM a produit son premier audit en aquaresponsabilité, en septembre 2012, pour la Ville de Québec.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’Institut international de l’aquaresponsabilité municipale (IIAM) a été mis sur pied en février 2012 par l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) et l’Université Laval. Son mandat est aussi vaste que complexe, puisqu’il y est question de l’eau et de ses enjeux, à l’échelle locale, nationale, voire internationale, selon ses deux porte-parole, qui ont accepté l’invitation du Devoir de nous y… plonger.


« Cet institut est un organisme à but non lucratif qui n’a pas de personnel. Pour accorder le niveau d’aquaresponsabilité d’une municipalité, l’IIAM conduit les expertises et les audits pertinents. Et, pour ce faire, il fait appel à des spécialistes issus de différents établissements, comme l’INRS, l’Université Laval et d’autres, selon les besoins. Comme cela a été le cas pour le projet-pilote de la Ville de Québec », indique Jean-Pierre Villeneuve, l’un des deux porte-parole de l’IIAM et professeur à l’INRS.

 

Ce A + pour Québec


Ainsi, l’IIAM a produit son premier audit en aquaresponsabilité en septembre 2012. Cet audit, qui a servi de tremplin pour l’IIAM, concernait la Ville de Québec. Que dit, en résumé, ce rapport qui a mobilisé une quinzaine d’experts et dont les résultats et autres recommandations s’appuient sur 17 éléments entourant les enjeux de la gestion de l’eau ? Disponible dans le site Internet de l’IIAM, il note que la Ville de Québec déploie des efforts importants pour assurer une gestion rationnelle de l’eau sur son territoire. Qu’elle a réalisé des efforts financiers significatifs pour améliorer les infrastructures et ainsi réduire le déficit accumulé en ce qui a trait à leur détérioration. Qu’elle a le souci de respecter les normes et tous les règlements en vigueur, tant pour l’eau potable que pour le traitement des eaux usées, et qu’elle met en place des mécanismes pour communiquer avec ses citoyens.


Au final, la Vieille Capitale a obtenu la note A +. Un résultat qui ne va pas sans recommandations. À titre d’exemple, Québec doit « déployer les ressources et actions nécessaires pour effectuer des bilans de consommation en eau réalistes, en vue d’améliorer la connaissance des différents types de consommation, d’améliorer la connaissance des pertes réelles et de prioriser les interventions afin de faciliter une gestion durable ». Il est aussi recommandé de revoir la méthode d’estimation du coût de l’eau et la facturation pour les consommateurs industriels, commerciaux et institutionnels, de même que d’évaluer de façon précise l’état des diverses infrastructures liées à l’eau, afin d’être en mesure de planifier les besoins financiers pour en assurer la pérennité.


Concrètement, parmi les 17 éléments étudiés dans le cadre de la démarche menant à la note municipale en matière d’aquaresponsabilité, il y a la protection et le traitement adéquats des sources d’eau potable, l’adaptation des infrastructures aux changements climatiques, la formation adéquate et continue du personnel, la qualité des cours d’eau pour satisfaire les usages, la gestion des risques et des urgences et la gestion de l’eau solide (neige et glace).

 

Québec, soit, mais après?


Maintenant que la Ville de Québec a été étudiée, est-ce que l’IIAM a d’autres projets sur la table ? « Des rencontres sont prévues en ce sens avec des municipalités que je ne peux pas nommer pour le moment, raconte Jean-Pierre Villeneuve. Il y a d’ailleurs une municipalité qui semble être très intéressée, à la lumière de ce qu’on a fait à Québec. Mon souhait, en fait, c’est d’étudier des municipalités de différentes tailles. C’est-à-dire qu’après Québec, qui compte environ 600 000 habitants, il serait intéressant de travailler avec des municipalités qui comptent environ 50 000 habitants, de même qu’avec de plus petites municipalités qui comptent entre 5000 et 6000 habitants. Cela nous permettrait de roder notre méthodologie. Vous savez, les enjeux ne sont pas les mêmes pour une petite municipalité que pour une grande ville. Elle n’a pas les mêmes ressources, le même personnel, etc. »


Si Jean-Pierre Villeneuve sollicitait les municipalités québécoises au moment de cette entrevue, Peter A. Vanrolleghem, l’autre porte-parole de l’IIAM et chercheur à l’Université Laval, agissait à l’échelle internationale. Joint par téléphone en Espagne, cet expert rappelle avec raison que « l’eau est un enjeu majeur pour l’humanité. Les populations sont de plus en plus au courant des enjeux liés à l’eau et elles s’attendent à avoir accès à une eau de qualité. Je suis donc présentement en Europe pour rencontrer des experts du Portugal et de l’Espagne qui travaillent sur certains enjeux entourant l’eau. Je vois comment ils travaillent, et cela nous permettra d’améliorer nos façons de faire à l’IIAM. »


Le professeur Vanrolleghem tient à dire que l’approche méthodologique en 17 éléments de son institut est « unique » au monde. « Notre but est d’aider les municipalités à optimiser et améliorer le traitement de leur eau et à bien la distribuer. Nous avons déjà des contacts avec des villes en France. Nous verrons ce que ça donnera, mais nous avons de l’ambition à l’échelle internationale », fait valoir le Belge d’origine.


Pour Jean-Pierre Villeneuve, l’IIAM a ceci de particulier qu’il permet aux municipalités d’obtenir une évaluation « objective de la situation. Il est difficile pour les municipalités de s’évaluer, d’évaluer leur performance. Et le fait que ce travail est fait par des experts qui ne sont pas en conflit d’intérêt permet d’accorder une certaine crédibilité à la démarche. »



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1 commentaire
  • Chantal D'Auteuil - Abonnée 22 avril 2013 11 h 14

    INRS - La gestion de l’eau municipale a désormais son institut de recherche

    Démarche très intéresante puisque c'est une des priorités de toutes les municipalités de s'assurer de la bonne qualité de l'eau pour les citoyens et également pour les écosytèmes aquatiques dont dépend notre qualité de vie. Il me semble qu'il faudrait rajouter dans l'aquaresponsabilité un critère sur la coopération de la municipalité avec les autres municipalités du bassin versant pour améliorer la qualité de l'eau de l'amont vers l'aval.
    Chantal d'Auteuil