Drame - Les infrastructures à l’heure des changements climatiques

Caroline Rodgers Collaboration spéciale
À quoi ressemblera l’hydrologie des cours d’eau dans 40, 60 ou même 100 ans ? Les chercheurs du DRAME tentent de répondre à cette question.
Photo: La Presse canadienne (photo) Francis Vachon À quoi ressemblera l’hydrologie des cours d’eau dans 40, 60 ou même 100 ans ? Les chercheurs du DRAME tentent de répondre à cette question.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les infrastructures dont le Québec se dote aujourd’hui doivent prendre en compte les changements climatiques des prochaines décennies. Au Groupe de recherche spécialisé en développement et en recherche appliquée en modélisation de l’eau (DRAME), de l’École de technologie supérieure, on travaille à prédire de quelles façons ces changements affecteront l’hydrologie québécoise.


Les chercheurs du DRAME s’intéressent au cycle de l’eau, à ses mouvements et aux processus qui amènent l’eau dans les rivières, les lacs et les réservoirs. Un volet important de ces recherches consiste à prédire à quoi l’hydrologie des cours d’eau pourrait ressembler dans 40 ou même 100 ans.


« Avec les outils que nous avons développés, nous travaillons avec les données des modèles climatiques disponibles et nous produisons des scénarios probables en matière de précipitations et de températures. Ces scénarios nous permettent de prédire les apports en eau dans les rivières et les réservoirs, pour être à même de constater en quoi il faudra mieux s’adapter à ces réalités », explique François Brissette, professeur à l’ÉTS et directeur du DRAME.


Hydro-Québec est un partenaire industriel important du groupe de recherche. Pour la société d’État, il est primordial de s’intéresser aux précipitations qui tomberont dans quarante ans, afin de pouvoir s’ajuster en fonction des différents scénarios possibles.


« Hydro-Québec vit déjà avec les variations naturelles du climat et des précipitations. Ces variations peuvent représenter une différence considérable sur le plan des profits. Il est donc légitime qu’Hydro s’intéresse à ces variations futures. »


Les recherches du DRAME sont également utiles en ce qui concerne l’avenir des infrastructures municipales. « En gestion de l’eau dans les villes, la majorité des infrastructures sont construites pour 100 ans, ajoute M. Brissette. Si on décide aujourd’hui de remplacer les conduites pour évacuer les eaux de pluie, il faut qu’elles soient encore fonctionnelles en 2100. Présentement, on n’essaie plus de concevoir des infrastructures en se basant seulement sur les données du passé, mais aussi en tenant compte de l’évolution probable du climat. Les usines de filtration pour l’eau potable sont moins performantes quand le niveau d’eau est bas. Or on prévoit que ce sera le cas plus souvent à l’avenir. Il y a donc des questions importantes à se poser dès maintenant quand on construit de nouvelles usines ou qu’on rénove les anciennes. Si on ne tient pas compte des changements probables, on va en payer le prix. »


Les conséquences du réchauffement


À l’heure actuelle, personne ne peut dire de combien de degrés exactement le sud du Québec se réchauffera dans les 40 prochaines années. Cependant, on sait qu’il va se réchauffer, dit le chercheur.


« Le portrait est assez clair : moins d’eau dans les rivières en été, beaucoup plus d’eau en hiver, des redoux plus fréquents, moins de problèmes de crues printanières et davantage de problèmes de manque d’eau en été. Le problème avec le fait d’avoir des rivières plus basses en été, c’est que les eaux seront plus difficiles à traiter et qu’il faudra réorganiser nos infrastructures de prises d’eau. La qualité de l’eau va diminuer si on ne met pas les usines à niveau. »


Sur le plan de l’hydroélectricité, le portrait est différent, les plus grosses centrales étant situées dans le nord, où on s’attend au contraire à une augmentation des quantités d’eau présentes.


« C’est une bonne nouvelle pour Hydro-Québec. Ce sont davantage les températures minimales qui vont augmenter que les températures maximales. Donc, des hivers plus doux. Il faudra qu’Hydro change ses méthodes et ses technologies de gestion pour en tenir compte. De plus, la demande d’électricité va changer. On s’attend à atteindre davantage de pics de production en été qu’en hiver, à cause de l’air climatisé pendant les grosses journées de chaleur. »

 

Potentiel hydrolien


Parmi les autres projets de recherche du DRAME, le développement d’un indice de potentiel hydrolien pour le Nord du Québec est sur la table. Un peu partout dans le monde, on commence à s’intéresser à l’énergie hydrolienne.


« L’hydrolienne est une turbine immergée qui permet de produire de l’énergie. L’avantage réside dans le fait que ses impacts négatifs sont minimes. Dans le Grand Nord, il y a beaucoup d’intérêt à développer cette forme d’énergie parce que, présentement, on amène du diesel par bateau pour produire de l’électricité. Ça coûte cher et c’est polluant. Il y a un potentiel très important pour développer l’énergie hydrolienne dans le sud de la baie d’Ungava, où des quantités d’eau phénoménales entrent et sortent chaque jour. Nous avons développé un indice hydrolien basé sur des critères techniques comme les marées, qu’on peut estimer assez précisément. En tenant également compte de la proximité des endroits où on peut avoir de l’aide pour la technologie, et des villages à approvisionner, l’indice a permis de déterminer quels sites, pour tout le Grand Nord, sont les plus intéressants pour la production d’énergie hydrolienne. D’autre part, en raison de ses conditions très rudes, le Nord est un excellent endroit pour tester une technologie, car on sait que, si elle fonctionne à cet endroit, elle pourra fonctionner partout. »


Si le Québec sera toujours une terre où l’eau coule, toute bonne planification impose toutefois de bien savoir maintenant de quelles façons gérer les flux futurs.



Collaboratrice