Priorité à la qualité des services

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Le gouvernement Marois a annoncé la création de 28 000 nouvelles places en CPE d’ici 2016 et de 1200 places en maternelles 4 ans pour septembre prochain.
Photo: - Le Devoir Le gouvernement Marois a annoncé la création de 28 000 nouvelles places en CPE d’ici 2016 et de 1200 places en maternelles 4 ans pour septembre prochain.

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation - Petite enfance

L’automne dernier, le Conseil supérieur de l’éducation a recommandé au gouvernement du Québec de tout faire pour que, d’ici cinq ans, 90 % des enfants âgés de quatre ans fréquentent un service d’éducation et d’accueil réglementé par l’État. Le gouvernement Marois a bien écouté cette proposition et a depuis annoncé la création de 28 000 nouvelles places dans les centres de la ptite enfance (CPE) d’ici 2016 et de 1200 places en maternelles 4 ans pour septembre prochain. Claude Lessard, président du Conseil supérieur de l’éducation (CSE), se réjouit de cette réponse du gouvernement. Il n’en demeure pas moins qu’un immense travail reste à faire du côté de la qualité des services, un aspect incontournable sur lequel le CSE s’était aussi prononcé dans son avis sur l’accueil et l’éducation des enfants d’âge préscolaire.

«Au-delà de l’accessibilité, il y a la question de la qualité des services [à considérer], que nous percevions comme relativement inégale selon les fournisseurs, que ce soient les garderies en milieu familial, les garderies privées, les CPE ou les maternelles 4 ans. Pour nous, c’était aussi important », dit Claude Lessard.


Le CSE suggère d’assortir d’un guide le programme d’éducation préscolaire et de mettre en place un soutien pédagogique adéquat. En amont, la formation initiale des futurs professionnels dans le domaine doit être améliorée. L’attestation d’études professionnelles (AEP) pour les services de garde en milieu scolaire exige peu d’heures de cours, souligne M. Lessard.


Du côté des CPE, « il faut avoir un diplôme d’études collégiales en technique d’éducation à l’enfance ou l’équivalent. Mais, présentement, ce qui est requis, c’est que dans un CPE, par exemple, deux éducatrices sur trois aient cette formation. On dit que c’est le temps que tout le monde l’ait. »


Pour les futurs enseignants, le baccalauréat en enseignement primaire et préscolaire devrait aussi être bonifié, selon lui. « L’analyse des programmes universitaires que le CSE a faite, c’est que les contenus de formation propres à l’éducation préscolaire sont franchement minimaux », déplore M. Lessard.


Le nombre d’enfants sous la responsabilité d’un adulte figure aussi, dans l’avis, comme un facteur important à prendre en considération. Dans les classes de maternelle, le rapport, au Québec, est actuellement d’un enseignant pour 18 enfants. Un nombre élevé, aux yeux de M. Lessard. « Dans les expériences internationales qu’on a regardées, que ce soit en France, en Suède ou en Ontario, les rapports sont plus proches de ce qui existe dans nos CPE », constate-t-il, soit un adulte pour 10 enfants.


CPE et maternelle


Ces questions de formation et de rapport, en lien avec la qualité du service offert, ont d’ailleurs refait surface durant les dernières semaines, après le dévoilement presque simultané de deux mesures gouvernementales : des compressions de 37,7 millions dans les CPE et des investissements de 8,1 millions pour les classes de maternelle pour les 4 ans en milieu économiquement défavorisé ont été annoncés la même semaine, en mars dernier.


Craignant de voir le gouvernement déshabiller Pierre pour habiller Paul, le rapport plus humain tout comme la formation collégiale mieux ciblée ont été utilisés comme arguments par des défenseurs du modèle des CPE. « C’est loin d’être dans l’esprit de notre rapport, ces coupes-là. Nous, nous voulons rendre ça gratuit [les CPE pour les enfants de 4 ans] », lance Claude Lessard.


Le Conseil supérieur de l’éducation se garde toutefois de trancher en faveur d’un fournisseur de services ou d’un autre. « Il y a de la place au Québec à la fois pour des CPE et des maternelles, croit M. Lessard. Le CSE se rapproche du modèle suédois, qui assure l’accessibilité à un service de garde pour tous les enfants, mais où le service peut être offert par l’école, par la municipalité, par une garderie privée. La Suède a décidé de ne pas faire un monopole scolaire ou non scolaire avec ce champ d’activité et de laisser plein d’initiatives se développer, pourvu qu’on s’assure du respect de certaines normes de qualité. » Bref, la priorité est accordée à la qualité du service rendu, plutôt qu’à la structure adoptée.


« Cela dit, nous avons été sensibilisés à la dynamique particulière des lieux dits défavorisés, où, semble-t-il, la participation des enfants de 4 ans à des services de garde, qu’ils soient scolaires ou non, est moins grande que dans d’autres milieux », évoque M. Lessard. Les parents sans emploi, plus nombreux dans ces milieux, auraient moins tendance à confier leurs enfants aux CPE, compte tenu de la possibilité de les garder eux-mêmes sans frais et de ne pas traverser « le parcours du combattant pour trouver une place » dans un système publiquement associé à la conciliation travail-famille, plutôt qu’à l’éducation précoce des enfants.


« Il y a beaucoup moins de réticences à confier son enfant à l’école, parce que l’école, c’est pour l’enfant. Il est probable que ce soit plus acceptable, pour des familles en milieu défavorisé, de laisser leur enfant aller à l’école à 4 ans. C’est une hypothèse. Je ne confirme rien. Je n’ai pas de données qui le prouvent. Mais on se dit que c’est probable que ce soit plus facile d’établir une bonne relation avec les parents dans un tel milieu, si ça se passe en milieu scolaire. En tout cas, ça vaut la peine d’être exploré », insiste-t-il.

 

Jeu et scolarisation précoce


Toujours dans les recommandations liées à la qualité du service, le CSE suggère au gouvernement, dans son avis, de « réaffirmer la pertinence d’une approche centrée sur le développement global et sur l’enfant actif dans l’apprentissage ». Cette proposition répond aussi à un vif débat idéologique dans le secteur scolaire, assure M. Lessard : « Il y a ceux qui disent qu’il faut laisser les enfants se développer librement, que le travail d’un enfant de trois, quatre, voire cinq ans, c’est de jouer et que c’est dans le jeu qu’il développe ses capacités cognitives, ses capacités d’interaction sociale, son apprentissage des règles. De l’autre côté, il y a des gens qui disent qu’on pourrait, tout en jouant, développer la conscience phonologique, c’est-à-dire amener les enfants à reconnaître les lettres, à commencer à associer les lettres avec des sons et à reconnaître les chiffres. »


Cette dernière façon de faire permettrait, selon M. Lessard, d’égaliser les chances entre les jeunes avant qu’ils n’atterrissent dans les salles de classe.


« La recherche a beaucoup creusé ce sujet, indique-t-il. Pour le CSE, les deux positions sont tout à fait légitimes et il revient à l’éducatrice d’exercer son jugement. Il faut répondre au besoin du développement des enfants, il faut les prendre où ils sont et il faut les préparer à l’école. Ce qui suppose à la fois une approche ludique, mais aussi, bien sûr, des activités d’éveil au langage et à la numératie. » Reste maintenant à attendre les mesures que le gouvernement entreprendra en réponse à toutes ces propositions au sujet de la qualité des services.

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