Développement de l’enfant - Services de qualité et effets bénéfiques vont de pair

Assïa Kettani Collaboration spéciale
Deux enfants sur trois fréquentent un service de garde au Québec.
Photo: jacques grenier le devoir Deux enfants sur trois fréquentent un service de garde au Québec.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« La création des services de garde à tarif réduit a changé la face de la société québécoise », avance Nathalie Bigras, responsable de l’Équipe de recherche qualité éducative des services de garde et petite enfance et professeure au Département d’éducation et de pédagogie de l’UQAM.

Après la mise en place au Québec des services de garde, pour répondre aux besoins croissants, le bouleversement ne s’est pas fait attendre : en 15 ans, plus de 160 000 places ont été créées, pour atteindre un taux actuel de 67,3 % des enfants de moins de 5 ans qui fréquentent un service de garde, régi ou non. Une augmentation spectaculaire, « particulièrement marquée dans les huit ans qui ont suivi la création des services de garde à tarif réduit », souligne Nathalie Bigras.


Des services utiles ?


Alors que la majorité des enfants qui fréquentent un service de garde y passent plus de huit heures par jour, quels sont les effets de ces services sur les enfants ?


C’est cette question que sous-tend l’ouvrage Petite enfance, services de garde éducatifs et développement des enfants. État des connaissances, que la chercheuse a dirigé avec Lise Lemay. L’impact sur le développement de l’enfant se révèle d’autant plus important que la période 0-5 ans est particulièrement critique, aux niveaux tant neurologique que social.


La fréquentation d’un service de garde, note la chercheuse, peut avoir des impacts bénéfiques à plusieurs niveaux. « Il y a un effet “ mode de garde ”, observe-t-elle, sur les plans tant cognitif que langagier, socio-émotionnel, affectif ou moteur. » La stimulation, la socialisation précoce, qui donne à l’enfant l’occasion d’interagir avec ses pairs, de développer « de nouvelles habiletés sociales et émotionnelles, mais aussi des capacités d’apprentissage dans un environnement de qualité », forment un ensemble qui, souligne-t-elle, « a des effets bénéfiques jusque sur la scolarité de l’enfant ».


Les effets bénéfiques d’un service de garde se heurtent toutefois à plusieurs nuances, insiste-t-elle. « Plus l’enfant est exposé tôt et longtemps à un service de garde de qualité, plus les effets bénéfiques peuvent se faire sentir », précise-t-elle. D’autre part, les effets bénéfiques sont particulièrement flagrants lorsqu’il s’agit d’enfants issus d’un milieu défavorisé.


« Dans les classes sociales plus aisées, la différence se fait moins sentir, puisque, même en l’absence d’un service de garde, l’enfant aurait l’occasion d’être exposé à des environnements enrichissants, à des activités culturelles ou sportives », renchérit Camil Bouchard, professeur et chercheur associé au Département de psychologie de l’UQAM et conférencier, avec Nathalie Bigras, à la table ronde « Les services de garde à la petite enfance : une composante essentielle du processus éducatif », lors du Rendez-vous CSQ de la petite enfance.


L’autre nuance de taille concerne la qualité du service de garde fréquenté. Ainsi, l’effet inverse peut malheureusement être tout aussi vrai. « Plus un enfant fréquente un service de garde de faible qualité, plus les conséquences sont néfastes pour son développement », poursuit Nathalie Bigras. Chez les « enfants peu ou pas stimulés, à qui l’on parle peu, qui subissent des pratiques disciplinaires s’apparentant à des violences verbales ou même physiques, les conséquences sont aussi négatives que s’il s’agissait d’une négligence venant de la propre famille de l’enfant ».


Qu’est-ce qui fait la qualité d’un service de garde ? La chercheuse insiste notamment sur la qualité des activités, des interactions avec les éducateurs et des lieux, qui doivent être aménagés en fonction des besoins et des intérêts des enfants.


Quant au niveau général des services de garde au Québec, les études à ce sujet démontreraient une « qualité généralement moyenne ». Derrière ce constat se cachent néanmoins des disparités importantes. « La qualité a été jugée comme plus élevée en CPE, où il y a une plus grande proportion de bons pointages de qualité. Le taux est plus faible pour les garderies en milieu familial, alors qu’en bas de l’échelle se trouvent les garderies privées », rappelle Nathalie Bigras.


Des lacunes ?


Même si certains aspects sont généralement bons en CPE, comme la structure des activités, l’horaire équilibré et la prise en compte des besoins des enfants, il demeure des points faibles qui se retrouvent dans tous les services de garde. La plus grande lacune au Québec, estime-t-elle, se trouve du côté de l’observation des enfants et de la planification des activités. « Une bonne observation est nécessaire pour bien comprendre et cerner les besoins des enfants. C’est la base de l’intervention des éducateurs », explique-t-elle. D’autres aspects accusent un retard plus important selon le type de service de garde : « La valorisation de l’apprentissage par le jeu est plus faible en milieu familial qu’en CPE », par exemple. Du côté des points forts, elle note le contact avec les parents, essentiel dans la construction d’un impact bénéfique du service de garde, qui se fait en général très bien.


Et, pour soutenir la qualité des services, les rapports enfants-adultes, la formation du personnel, les conditions de travail et les normes éducatives en vigueur sont autant de facteurs déterminants. Or, en ce qui concerne l’amélioration de la qualité des services de garde durant la dernière décennie, Nathalie Bigras déplore la rareté des initiatives positives. « Beaucoup de changements structurels ont eu lieu ces 10 dernières années, mais les règlements n’ont pas vraiment changé. Au contraire, les coupes budgétaires ont fait diminuer l’offre de soutien aux éducateurs et éducatrices. »


Une des priorités serait, selon elle, d’augmenter la durée de formation obligatoire des responsables de services de garde en milieu familial, clairement insuffisante : 45 heures de formation en tout, plus 6 heures par année.


« Lorsqu’on compare cela à la formation exigée en CPE, l’écart est flagrant : 3 ans de formation collégiale, dont 30 heures sur le développement de l’enfant, des stages, de 45 à 90 heures sur la santé et la sécurité, des cours sur les programmes éducatifs… Nous sommes loin du compte. Pourtant, les enfants ont les mêmes besoins partout. » Et l’augmentation des rapports est également, selon elle, à éviter absolument, ne serait-ce qu’en autorisant des rapports d’un adulte pour 15 ou 18 enfants dans les prématernelles 4 ans, comparativement au rapport habituel de 1 sur 10 dans les CPE.


L’an prochain, une vaste étude sur l’ensemble du réseau des services de garde sera lancée, afin d’en dresser un portrait global et de continuer d’avancer, espérons-le, vers de meilleurs services pour les plus petits.



Collaboratrice