Passe-Partout - Enfants et parents vont ensemble à l’école!

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Le passage de la garderie à l’école est un moment qui peut être difficile pour les enfants.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le passage de la garderie à l’école est un moment qui peut être difficile pour les enfants.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le programme Passe-Partout est un programme d’éducation préscolaire mis en place par le ministère de l’Éducation et administré par les commissions scolaires. Et, oui, son nom fait référence à la célèbre émission pour enfants.

«Passe-Partout a été mis en place, il y a une trentaine d’années, dans la foulée de l’émission du même nom, raconte Chantal Hamel, conseillère en éducation préscolaire et responsable du programme pour la Commissionscolaire Val-des-Cerfs. Même si l’émission est terminée depuis longtemps, l’objectif du programme est demeuré le même. »


D’abord, le programme s’adresse aux familles ayant un enfant âgé de quatre ans. « L’objectif du programme est simple, poursuit-elle, il s’agit de soutenir les compétences parentales en lien avec la réussite scolaire de l’enfant. » Selon Numa Landry, conseiller pédagogique et responsable du programme pour la Commission scolaire Beauce-Etchemin, c’est ce qui en fait la beauté. « Les parents sont au centre du programme. Passe-Partout est le seul programme éducatif où les parents et les enfants vont ensemble à l’école. À la garderie, à la maternelle comme au primaire, les parents déposent les enfants le matin et les reprennent le soir. Mais, avec Passe-Partout, les parents ont l’occasion de voir leurs enfants en milieu scolaire. »


Et pour les bouts de chou ? « Il y a évidemment des activités organisées spécialement pour les enfants, mais ce ne sont pas des activités de scolarisation. Le but est plutôt de familiariser les enfants avec l’école, afin qu’elle devienne un milieu sécurisant pour eux. »


Déroulement du programme


Bien qu’il puisse y avoir de petites variantes d’une commission scolaire à une autre, le programme Passe-Partout se déroule essentiellement de la même façon partout et surtout il s’appuie sur les mêmes règles et principes. « Par exemple, chez nous à la Commission scolaire Val-des-Cerfs, les parents et les enfants assistent chaque mois à une rencontre de deux heures, de septembre à juin, explique Chantal Hamel. Les rencontres se divisent entre trois activités : celles des parents, celles des enfants et les activités combinées. De plus, les enfants ont six rencontres de deux heures pendant l’année où ils viennent le jour seuls à l’école. »


L’approche du programme est celle du socioconstructivisme. « Nous partons des parents et les thèmes abordés sont ceux qui les touchent, précise Numa Landry. On n’est pas là pour leur dire quoi faire, mais plutôt pour les aider à cerner et reconnaître chez eux les attitudes les plus prometteuses quant au succès de leurs enfants à l’école. Les parents ne sont jamais jugés. Au contraire, on veut qu’ils sortent du programme la tête haute. De plus, ce n’est pas un ghetto pour des parents ayant des difficultés. Ici, tous les parents sont égaux et le médecin côtoie le travailleur d’usine. Le seul point en commun, c’est qu’ils sont tous des parents ayant un enfant de quatre ans. »


Le socioconstructivisme est aussi le principe qui sous-tend les activités conçues pour les enfants. « D’abord, les activités sont ludiques, car elles doivent être plaisantes pour l’enfant si on veut lui donner le goût de venir à l’école, explique Chantal Hamel. On prend les enfants là où ils sont rendus, et les activités sont en lien avec leur développement. »


Et Numa Landry de rajouter : « On s’appuie sur les compétences définies dans le programme d’éducation préscolaire du Québec, dont, entre autres, la personnalité, l’habileté sociale et la motricité. Prenons la motricité. On met souvent l’accent sur la motricité fine, par exemple, la capacité de travailler avec un crayon, mais on oublie souvent la motricité globale. Et, chez certains enfants, c’est la motricité globale qu’il faut renforcer, et non la motricité fine. Le programme Passe-Partout permet de faire ces distinctions, mais il permet de les faire en présence des parents. »


L’avenir de Passe-Partout


L’inscription au programme Passe-Partout est volontaire et cela ne nuit en rien à sa popularité. « À la Commission scolaire Beauce-Etchemin, nous comptons sur notre territoire 1350 familles ayant un enfant de quatre ans, raconte Numa Landry, et 1250 familles participent au programme. »


Malheureusement, le programme Passe-Partout n’est pas accessible à tous les enfants de 4 ans au Québec, puisque seulement 45 des 72 commissions scolaires du Québec sont autorisées par le ministère à offrir le programme. « Le programme, dès sa création, était destiné à des territoires à milieux défavorisés, explique Numa Landry. On a par la suite un peu étendu la carte, mais le profil socio-économique est demeuré un critère. Ce qui fait que plusieurs commissions scolaires, comme la Commission scolaire de Montréal, par exemple, ne sont pas autorisées à offrir le programme Passe-Partout. Au total, le programme Passe-Partout rejoint 11 500 enfants, tandis qu’on compte présentement au Québec 85 000 enfants âgés de quatre ans. »


Devrait-on étendre Passe-Partout à l’ensemble des commissions scolaires ? « C’est notre souhait, explique Chantal Hamel, et c’est la recommandation que le Conseil supérieur de l’éducation a faite au gouvernement. » Ce dernier a-t-il une oreille attentive ? « Pour le moment, le gouvernement du Parti québécois a choisi d’introduire la maternelle 4 ans en matière de nouveaux programmes en éducation préscolaire, précise Numa Landry. Mais on peut parler ici d’un projet-pilote, parce qu’il n’y aura qu’une seule maternelle 4 ans par commission scolaire. Mais la ministre Malavoy nous a assurés que le déploiement de la maternelle 4 ans se ferait en parallèle avec le programme Passe-Partout. Ainsi, l’existence du programme n’est pas menacée, mais son expansion est encore loin d’être garantie. »



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