Grogne à la FEUQ

La grève n’a pas fait qu’unir les étudiants : elle les a aussi durement éprouvés. Sans connaître des déchirements internes aussi grands que ceux vécus par la CLASSE et la FECQ (qui a perdu plusieurs membres cet automne), la Fédération étudiante universitaire (FEUQ) reçoit aussi son lot de critiques, a constaté Le Devoir.


Dans sa lettre de démission qui est maintenant sur les réseaux sociaux, Thomas Briand Gionest, qui a été à la tête de l’association étudiante du campus rimouskois de l’Université du Québec à Rimouski pendant la grève au printemps 2012 puis chargé des affaires sociopolitiques sur l’exécutif de la FEUQ, dénonce notamment le manque de communication et de transparence de l’exécutif. « Au cours des dernières années, les associations membres ont trop souvent été mises de côté dans le processus décisionnel ou de diffusion de l’information », écrit M. Briand Gionest dans sa lettre.


Malgré son profond attachement envers la FEUQ, il dit conserver un « goût amer » devant l’omission, par l’exécutif national, de diffuser des informations importantes à ses membres et raconte même avoir appris par les médias sociaux des informations qu’il aurait normalement dû savoir, en tant que v-p aux affaires sociopolitiques. Thomas Briand Gionest fait remarquer que les décisions étaient souvent prises par le « bureau politique », soit la présidence, la vice-présidence et la vice-présidence exécutive, et dénonce aussi le « détachement » de l’exécutif national à l’égard des régions.


Par ailleurs, des sources bien placées au sein de la FEUQ, qui requièrent l’anonymat, déplorent l’attitude de l’exécutif, qui a tenté d’imposer sa vision des choses et de faire pression sur les associations dissidentes durant la grève. « On disait quoi faire aux associations étudiantes au lieu que ce soit les associations qui donnent le mandat à l’exécutif national », souligne l’une d’elle. « [L’exécutif national] essayait de leur faire avaler sa position. »


Un extrait audio d’un « comité de campagne », ces conférences téléphoniques informelles entre l’exécutif et les associations membres de la FEUQ mises sur pied pendant la grève, démontre une présidente, Martine Desjardins, très ferme et exerçant une pression sur ses membres. « Déjà d’aller arracher une baisse des droits de scolarité va être un exploit en soi, je veux juste que vous vous rendiez compte que présentement vous me demandez l’impossible et je n’ai pas de problème [avec ça]. L’impossible, cette année, on l’a réalisé à plusieurs reprises. Mais si vous me dites qu’il n’y a pas de place autre que le gel et que vous ne pouvez pas retourner dans vos associations avec une proposition autre, on a un problème », répondait-elle à la Fédération des étudiants de l’Université de Sherbrooke (FEUS) dans l’enregistrement obtenu par Le Devoir.


L’embarras était partagé, soutient une source interne. « Il y avait aussi le malaise de savoir est-ce que les personnes qui étaient là avaient le mandat de négocier une hausse, c’est comme si on patentait quelque chose et qu’on retournait voir nos membres et qu’on leur disait : « arrêtez de chialer et vous devrez accepter ça. »»

 

Pas d’entente à rabais


Sans encourager la désafiliation, Thomas Briand Gionest croit toutefois qu’il est sain que les associations étudiantes fassent la réflexion. « Je crois que le rôle d’une fédération est de convaincre les gens. Est-ce que c’est malaisant que les associations se questionnent, je pense que non », a-t-il dit. Les étudiants de l’Université du Québec à Chicoutimi (MAGE-UQAC) auront à se prononcer à l’automne sur la tenue, ou non, d’un référendum de désafiliation de la FEUQ.


Martine Desjardins a qualifié d’« intéressantes » les critiques de l’ex-responsable des affaires sociopolitiques et dit avoir commencé à y remédier. Mais elle se défend fermement d’avoir tenté de faire avaler une « entente à rabais ». « On n’a jamais eu l’intention d’imposer une proposition », a-t-elle dit. « Il faut distinguer les réelles négociations de celles où on est avec les étudiants et on se challenge. Notre comité était informel. » Reconnaissant qu’il est bien difficile de faire l’unanimité, Mme Desjardins met une partie du mécontentement sur les mauvais souvenirs que certains conservent de 2005, où les fédérations avaient fortement recommandé à leurs membres d’accepter l’entente avec le gouvernement.

27 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 12 avril 2013 10 h 16

    Comme dans les syndicats

    Au cours des dernières années, les associations membres ont trop souvent été mises de côté dans le processus décisionnel ou de diffusion de l’information », écrit M. Briand Gionest dans sa lettre...

    Comme dans les bureaucraties syndicales, peu importe que peu de membres ont voté, peu importe les instances locales..en haut on continue de jouer les grands leaders maximo..

    Il faudra d'autres lois pour imposer une véritable démocratie dans ces institutions de type ultra bureaucratiques. Les chefs devraient être élus par la base des membres, et il devrait avoir un minimum de votants pour qu'un vote soit validé.

    • Jérémie Poupart Montpetit - Inscrit 12 avril 2013 15 h 35

      Mr. Michaud,
      ce n'est pas uniquement l'apanage des associations étudiantes et des syndicats, voyez comment les conservateurs agissent sur la scène fédérale et comment le PQ a viré de chemise sur de multiples dossiers après avoir été élus sur cette base morale... Il y a beaucoup plus de consultation chez la base des membres des assos étudiantes que chez bien d'autres regroupements socio-politiques.

      Ce ne sont pas des lois qui vont "imposer" la démocratie à ces groupes, plutôt que l'implication réelle des étudiants, il y a déjà une pléthore de règles en palce pour assurer que tous puisse avoir une opinion sur les questions soulevées.

      Finalement, votre fameux commentaire sur le "minimum de votants" devrait plutôt s,adresser à cette masse de "chialeux du dimanche" qui refusent de se déplacer dans leurs réunions d'assos (pour s'exprimer et voter), mais qui viennent ensuite dire que le "vote n'Est pas démocratique parce qu'il ne représente pas mon opinion"...

      Démagogie, quand tu nous tiens...

      Jérémie Poupart Montpetit

  • Michel Gagnon - Inscrit 12 avril 2013 10 h 41

    Leadership et négociation.

    D'après ce que je lis dans l'article de Madame Gervais, il me semble que ce que Martine Desjardins a fait c'est exercer un leadership en faisant part des règles du jeu d'une négociation. N'était-ce pas là son rôle? N'est-ce pas le rôle de tout représentant élu d'un regroupement (et que la CLASSE n'a jamais compris)?
    Les étudiants doivent apprendre les règles du jeu d'une négociation, incluant les moyens de pression, qui sont à la base de notre système de fonctionnement social. Les étudiants ont obtenu des gains importants, avec l'appui d'une grande partie de la population, en agissant ainsi. Si des étudiants refusent toute négociation et cherchent à détruire ce mode de fonctionnement démocratique, ils n'auront sûrement pas l'appui d'une grande partie de la population et des étudiants eux-mêmes.
    La mobilisation du printemps dernier a été extraordinaire et utile comme ça peut l'être parfois (j'étais étudiant universitaire en 1968). Des progrès se font et peuvent se poursuivre en respectant au minimum ces règles du jeu. Sinon, on sombre dans l'anarchie et on sait où ça mène (relisez un peu l'histoire).

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 12 avril 2013 13 h 40

      La CLASSE ne refuse pas la négociation. Par contre, ses délégué-e-s du comité de négociation devaient négocier avec les mandats qui leurs fut conférés par la base. Voilà justement le principe même de l'application de la démocratie: l'exécutif, les délégué-e-s, porte-parole, etc. doivent être redevables en tout temps à la base et respecter stricto sensis les mandats de Congrès et d'Assemblées générales. Sinon, comme à la FECQ-FEUQ et chez les grandes bureaucraties syndicales, il ne s'agit pas de démocratie mais bien de centralisme «démocratique» à la soviétique. Les mots d'ordres viennent du haut et se transposent à la base.

      Ainsi, une négociation du style « j'avalise-n'importe-quel-compromis sans-en-avoir-le-mandat » recèle davantage du système néocorportatiste où de grands acteurs avec une large marge de manoeuvre négocient ensemble. Ces élites en viennent même à développer des ntrêts communs, comme le démontre par exemple le passage de Léo Bureau-Blouin au PQ ou les rencontres entre le pntife de la FTQ et «l'entrepreneur» Tony Acurso sur le yatch de ce dernier. Il s'agit de cooptation et non pas de démocratie.

      En ce qui a trait à votre critique de «l'anarchie», vous ressortez un vieil épouvantail qui n'effraie personne avec un minimum de connaissances. L'anarchie n'est pas l'anomie, ni le «socialisme» autoritaire, ni la Terreur. Vous devriez révisé vos livres d'étymologie.

      La FECQ-FEUQ fonctionne comme la FTQ. Elles ont pour mandat de contrôler la grogne populaire au bénéfice des élites et de déposséder les membres de leur capacité auto-organisationnel. En ce sens, la CLASSE est éminement plus démocratique et décentralisée. Elle ne joue pas à la police et c'est bien tant mieux.

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 avril 2013 14 h 34

      Monsieur Rozzi,
      On ne peut pas négocier si on peut pas changer d'idée. Et s'il faut convoquer un congrès à chaque fois, on n'en sortira jamais.

    • katy dallaire - Inscrite 12 avril 2013 14 h 43

      100% d'acore avec vous Jean-Sébastien Rozzi

    • Michel Gagnon - Inscrit 12 avril 2013 15 h 17

      M. Rozzi,
      Vous dites que la CLASSE ne refuse pas la négociation. Dans une négociation, on s'attend à ce que les deux parties fassent des compromis. Quels compromis la CLASSE est-elle prête à faire?
      Lorsqu'un groupement se nomme un représentant, il doit avoir un minimum de confiance en celui-ci pour lui permettre de prendre certaines initiatives, quitte à changer de représentant éventuellement si la majorité des membres n'est pas d'accord avec ces initiatives, sinon on se retrouve avec la situation absurde dans laquelle se trouvait Gabriel Nadeau-Dubois qui ne pouvait dire un mot sans aller demander ce que la majorité des membres, présents à l'assemblée générale au moment du vote, voulait qu'il dise. C'est un perroquet que vous voulez, pas un représentant.
      Vous noterez que j'ai pris soin d'écrire: la majorité des membres présents à l'assemblée générale au moment du vote. J'ai suffusemment d'échos de ces assemblées pour savoir comment elles se déroulent. La tactique, que vous n'avez pas inventée je vous ferais remarquer (j'ai déjà été membre d'associations étudiantes et de syndicats), consiste à étirer les débats jusqu'à ce que, de guerre lasse, les plus modérés quittent (ou ne se présentent même plus), laissant les plus radicaux (qui sont en réalité une minorité d'étudiants) prendre le vote. Pour les leçons de démocratie, on repassera!
      Définition de l'anarchie: état de trouble, de désordre dû à l'absence d'autorité politique, à la carence des lois; état de confusion générale (Larousse). Pour ce qui est des conséquences, vous devriez réviser vos livres d'Histoire.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 12 avril 2013 15 h 22

      Monsieur Auclair, je ne prétend pas qu'il s'agit ici de ne jamais changer d'idées. Mais il s'agit minimalement de faire avaliser ce «changement d'idées» par la base par des débats, des assemblées et oui un congrès. C'est un impératif démocratique. C'est lourd, c'est plate, c'est long, mais c'est ça aussi la démocratie. Et mieux vaut ce mode de fonctionnement que de laisser à des petit-e-s carriéristes en quête de capital politique une trop grande marge de manoeuvre.

    • Jérémie Poupart Montpetit - Inscrit 12 avril 2013 15 h 56

      Mr. Rozzi,
      ce que vous dîtes à du bon, mais les conclusions que vous en tirez ne font aucun sens. la FECQ et la FEUQ n'ont pas pour mandat "de contrôler la grogne populaire au bénéfice des élites et et de déposséder les membres", et voilà un joli discours démagogique portant uniquement sur le fait que les dirigeants des assos ont accepté un compromis avec l'état sans retourner 20 fois devant leur membre.

      Petite précision, les mandats de la FEUQ et de la FECQ étaient de "négocier à trouver le meilleur compromis"... c'était leur job de discuter et de prendre une décision, les critiquer pour celà revient à critiquer le mandat que nous leur avions confiés...

      Qui plus est, nombre de fois dans les réunions de l'ASSÉ nous nous sommes fait envoyer promené, ridiculisé et traités de "vendus capitalistes" par les "représentant" de la base militante et même, très souvent baillonnés dans les réunions si nous osions discuter de l'intérêt de la gratuité scolaire.

      Autre part, Mr. Auclair a soulevé la véracité du fait que le modèle de négociation de la CLASSE est d'un utopisme inconsidéré et d'une lourdeur bureaucratique ingérable. Pour que ça fonctionne, il faudrait que les négociations se fassent avec d'un côté les ministres/industries/recteurs et de l'autre, l'ensemble des étudiants sans représentants, puisqu'il faut demander l'avis de tous... Les négociations s'étireraient sur des années, puisque chaque terme, chaque proposition, chaque discours (des représentants étudiants) devraient être discutés en assemblée. Et même là, ces négociations seraient bâclés, puisque le véritable processus démocratique impliquerait l'ensemble de la population et leur perception de l'importance des études dans la société...

      Jérémie Poupart Montpetit

      (p.s: Mme. Dallaire, de grâce corrigez vos fautes. "d'accord" ?)

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 12 avril 2013 16 h 06

      Effectivement Monsieur Gagnon, je ne souhaite pas de représentant qui me représente et qui décide à ma place. Je ne souhaite pas annihiler mon pouvoir politique. Je préfère donc un-e délégué-e ou porte-parole avec mandat révocable et qui doit consulter la base.

      Pour ce qui de l'étirement des débats, cela peut poser problème effectivement. Or, un débat qui s'étire en longueur n'est pas automatiquement le fait d'un groupe d'individus concerté-e-s qui décide de monopoliser le micro. Cela peut arriver et c'est déplorable, je vous l'accorde. Mais la longueur d'un débat peut aussi être la conséquence d'une question qui soulève un grand intérêt de l'assemblée. La transmission de l'information et le débat sont nécessaires à un exercice démocratique sain (quoique jamais parfait).

      D'autre part, il est vrai que les «radicaux» sont minoritaires. Mais les représentant-e-s et autres chef-fe-s eux et elles le sont encore plus!
      La démocratie est un idéal, elle ne peut s'exercer de manière parfaite. Je considère personnellement qu'un mode de fonctionnement participatif (même si ce n'est pas tout le monde qui participe) est davantage démocratique qu'un mode de fonctionnement représentatif (qui suppose la dépolitisation effective de la base et la concentration du pouvoir au main de la direction).

      Voici la définition complète (Larousse 2002) :
      ANARCHIE n.f. (gr. anarkhia, absence de chef)
      1. Anarchisme 2. état de trouble, de désordre dû à l'absence d'autorité politique, à la carence des lois 3. état de confusion générale.

      Vous avez oublié la définition étymologique du mot ainsi que sa première signification qui renvoie à l'anarchisme et qui n'a rien à voir avec la signification qui est associé au sens commun de ce mot. Allez-voir la définition de l'anarchisme, vous verrez que ça n'a rien à voir avec vos préjugés. Phroudon, Bakounine, Kropotkine, La Commune de Paris, Ukraine de Makno, L'Andalousie et la Catalogne de 1936, ça vous dit quelque chose ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 avril 2013 16 h 20

      Monsieur Rozzi,
      Selon votre logique, pour chaque proposition du gouvernement, aurait-il fallu organiser un référendum?

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 12 avril 2013 16 h 30

      M. Montpetit,
      D'un point de vue socio-historique critique, des organisations qui prônent la concertation avec les élites capitalistes, qui pratiquent ce que bon nombre de chercheur-e-s nomment le «syndicalisme d'affaires», c'est-à-dire un syndicalisme peu politisé, non combatif et qui voit en l'État un acteur neutre, un arbitre dans les conflits sociaux, ces organisations ont comme tâche très souvent de canaliser et d'encadrer la grogne du bas afin qu'il n'y ait pas d'explosions sociales ou de débordement. Les élites «représentatives» de ces organisations sont en contact étroit avec les élites capitalistes dominantes, ce qui engendre bien souvent des conflits d'intérêts. Le syndicalisme québécois, complètement institutionnalisé par un encadrement juridique qui lui laisse très peu de marge de manoeuvre (en échange d'avantages fiscaux énormes, dixit la formule Rand) en est l'illustration la plus limpide. Au Québec, un syndicat ne peut pas faire une grève de solidarité pour soutenir un autre syndicat. Déjà, Marcel Pepin (Prés. CSN) dénonçait cet état de fait en 1976.

      Pour ce qui est du mandat que vous avez voté, s'agit-il d'un mandat d'une asso locale apporté en Congrès ou d'un mandat voté en Congrès ? Peu importe, ce mandat est certes légitime mais il revêt un flou artistique certain. Qu'est-ce que le «meilleur» compromis, Monsieur ? Aux yeux de qui ? Selon quels critères ?

      Par rapport à votre expérience à l'ASSÉ, faudrait nommer les dites réunions et reconnaitre le fait qu'au moins l'ASSÉ invite des gens de l'extérieur à venir dans ses instances, ce qui n'est pas le cas des fédés. Quant au baillon, il faudrait que vous détailliez vos dires.

      Quant à la lourdeur bureaucratique ingérable de la CLASSE, vous avez tout faut. Oui à la lourdeur. Mais la volonté de décentralisation des décisions est le contraire même d'un processus bureaucratique, qui lui exige centralisation, spécialisation aux mains d'experts qui peuvent ainsi répondre rapidement et «efficaceme

    • Michel Gagnon - Inscrit 12 avril 2013 17 h 55

      M. Rozzi,
      J'avais effectivement pensé ajouter le lien avec anarchisme, ce que j'ai omis parce que je ne voulais pas étirer indûment le débat. Mais puisque vous insistez...
      Anarchisme: doctrine politique qui préconise la suppression de l'État et de toute contrainte sociale sur l'individu. SYN.: anarchie.
      Nous avons essayé cela avec les communes hippies dans les années '60-'70. Ça n'a pas trop bien marché après quelques années. Ça n'a donc rien à voir avec des préjugés mais avec une réalité historique.
      On retrouve ensuite, dans le Larousse, la brève description du mouvement dans l'Histoire (un peu facile d'étaler votre érudition à partir d'un petit paragraphe du Larousse). Le Larousse termine en mentionnant que l'anarchisme, sans perdre toute influence, s'est pratiquement effacé du devant de la scène.
      Une chance que vous êtes là, M. Rozzi, pour nous ramener ce bel idéal des communes. Pour ma part, je crois que je vais passer mon tour... on appelle cela l'expérience.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 13 avril 2013 16 h 03

      M. Gagnon,
      J'aimerais spécifier que je ne me considère pas anarchiste, mais bien socialiste ou écosocialiste si vous préférez. Toutefois, l'anarchisme est une théorie politique pertinente et qui mérite que l'on s'y attarde. Elle nous rappelle qu'il faut nous questionner en tout temps sur les rapports de pouvoir et de domination, même lorsqu'ils proviennent de la gauche, même lorsqu'ils proviennent de mouvements ou groupes anarchistes. Vous avez malheureusement déformé le terme anarchie en le soustrayant de son lien à l'anarchisme. Un malencontreux oubli ? Ben oui...

      L'anarchisme n'est évidemment pas une doctrine homogène. L'anarchisme présent à la CLASSE et ayant une certaine influence dans les milieux de gauche au Québec se révèle être un anarcho-communisme inspiré du militant Bakounine et/ou de l'anarcho-syndicalisme à la Émile Pouget aux sources de la CGT des années 1880-1914 ou à celui pratiqué par les Industrials workers of the world au début du siècle. Cet anarchisme là est résolument anticapitaliste, pro-syndical (de combat), révolutionnaire et a des accointances fortes avec la pensée marxiste. Ça n'a strictement rien à voir avec les communes hippies des années 70 dont vous semblez avoir fait l'expérirence. Le fondement de l'anarchisme n'est pas l'amour dit libre, le végétarisme, la musique rock et la drogue (même s'il ne les réfute pas nécessairement), les anarchistes de 2013 ne vivent pas nécessairement en commune et ne lisent pas Mainmise. Non, l'anarchisme est une doctrine politique qui se base sur une analyse des rapports sociaux de classe et qui vise essentiellement la transformation de la société (et non pas la conscience individuelle en faisant du yoga ou de la méditation).

      Sortez M. Gagnon, allez parler aux anarchistes d'aujourd'hui et vous verrez qu'ils et elles n'ont rien à voir avec la «réalité historique» que vous avez vécu. Malgré votre expérience de soixante-huitard, peut-être vous faut-il vivre d'autres expériences ici et maintenant.

  • katy dallaire - Inscrite 12 avril 2013 11 h 37

    désafiliation à la feuq

    Nous dans nôtre cas, nous nous somme désafilié comme pusieurs à la feuq pour rejoindre l'assé. Et je pense que c'est la meilleur solution. Eux nous représante bien et surtout, il nous écoute.

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 avril 2013 14 h 37

      De quel cas s'agit-il?

      Et comment avez-vous réussi l'épreuve uniforme de français? Vous avez fait environ 10 erreurs dans deux lignes et quart. C'est dommage, parce que ça rend votre message moins crédible.

    • katy dallaire - Inscrite 12 avril 2013 14 h 40

      100% daccore avec vous

    • katy dallaire - Inscrite 12 avril 2013 14 h 43

      100% d'acore avec vousJean-Sébastien Rozzi

  • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 12 avril 2013 14 h 50

    Le manque de transparence

    Le manque de transparence de la FEUQ est légendaire. Je dirais que c'est même LA raison première des désaffiliations qui y ont cours, bien avant des considérations davantage idéologiques (débat gel/gratuité).

    J'ai toujours été sidéré d'entendre des feuquistes justifier leur censure de l'information (PV d'instances inaccessibles notamment) pour cause de «raisons stratégiques». L'ASSÉ quant à elle ne s'est jamais senti obligée de censurer pour des raisons stratégiques. Et Dieu sait que l'ASSÉ, qui considère la lutte politique comme un combat justement, aurait beaucoup plus à cacher que la FEUQ d'un point de vue stratégique. La FEUQ ne menace en rien l'ordre établi; d'une certaine façon, elle en fait partie et elle s'en réjouit.

    De plus, la FEUQ est une grosse bureaucratie plutôt inefficace en ce qui concerne la mobilisation sur le terrain, la production de documentation et de journaux (la propgagande, appelons un chat un chat) et la mise en place d'actions (manifestations, manif-action, etc.). Voilà pourquoi c'est la CLASSE qui s'est tapée tout le travail de mobilisation et de politisation. L'ASSÉ possède une base militante bénévole et dévouée à la cause (il n'y a qu'une permanente de payée), la FEUQ reçoit des subventions de l'État pour payer l'exécutif et elle fonctionne grâce à un groupe de permanent-e-s payé-e-s. Les gens qui mobilisent à la FEUQ (quand ça arrive) sont payés pour le faire, pas à l'ASSÉ.

    Avec beaucoup moins d'argent et une cotisation moins élevée, l'ASSÉ en fait tellement plus que la FEUQ (plus de journaux, plus d'instances, plus de manifs, plus de documentation, plus de transparence). Les salles de gymnase de Cégep, ça coûte moins chers que des chambres d'hôtels !

    Normal donc que la répression idéologique de nos ennemis se concentrent sur nous. Nous incarnons la société future, écologique et socialiste, que les capitalistes et leurs valets veulent empêcher de faire émerger.

    • Jérémie Poupart Montpetit - Inscrit 12 avril 2013 16 h 13

      Cette apologie de l'ASSÉ fait preuve d'un crasse parti prit qui occulte totalement leurs aspects négatifs forts nombreux... Certes, l'ASSÉ à joué un grand rôle, mais n'oublions pas non plus ses déboires:

      Tout d'abord, citons le manque de transparence des activités de plusieurs commités MOB qui ont littéralement fait du "free-for-all" de moyens de pressions, parfois dans même l'accord des militants et des représentants.

      Ensuite, parlons du copinage entre les dirigeants de certaines assos et comités MOB qui refusaient catégoriquement les idées qui n'émanaient pas de cette petite "élite militante" appuyant sans vergogne la gratuité scolaire à gogo. Si tu ne fais pas partie de la "gang", tu n'es pas considéré dans les décisions (et les témoignages à ce sujet sont faramineux).

      Enfin, parlons de la discrimination envers les membres plus modérés... Je me souviens qu'on s'est fait traité à de multiples reprises de "vendus" de "facho" de "trou-de-cul de carré vert capitalistes", simplement pour avoir soulevé du bout des lèvres que l'objectif à court termes des grèves n'était pas nécessairement la gratuité scolaire, mais plutôt le redressement de l'accessibilité et de la qualité de l'éducation.

      Finalement, l'ASSÉ s'est aussi abrogé le veto exclusif de multiples manifs et actions enclenchés par des initiatives personnelles d'étudiants d'autres allégeance... Dire que c'est "L'ASSÉ qui en a fait le plus" c'est comme de dire que le printemps érable était uniquement attribuable à leurs membres et ça revient à ignorer le rôle des autres assos, des étudiants libres et des citoyens appuyant les étudiants dans tout le processus de grève... Ce n'Est pas parce que tu appuie les grèves et que tu passes l'info sur ton site que tu es toi même l'instigateur de tout le mouvement...

      Jérémie Poupart Montpetit

    • Michel Gagnon - Inscrit 12 avril 2013 16 h 31

      M. Rozzi,
      Votre dernier paragraphe est très révélateur: à la fois drôle et inquiétant. Vous nous jouez le violon de grands martyres de la répression idéologique, alors qu'en même temps vous considérez comme des ennemis ceux qui ne pensent pas comme vous. Que fait-on habituellement avec les ennemis? On les élimine! Pas surprenant que les étudiants en désaccord avec vous n'osent pas se présenter ou s'exprimer dans les assemblées générales. Dans quel régime politique déjà parlait-on des ennemis du peuple ou des ennemis de la révolution? La démocratie telle que vous la concevez, M. Rozzi: non merci!

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 12 avril 2013 16 h 51

      Oui, j'ai un parti pris et je ne m'en cache pas.

      L'ASSÉ n'est effectivement pas parfaite, loin de là. Mais comme on dit, quand on se compare, on se console... Certaines de mes critiques de l'ASSÉ rejoignent en partie les vôtres; n'en reste que, sans être le mouvement à elle seule, l'ASSÉ fut le pôle de ce mouvement, son instigateur et son catalyseur. Sans elle, il n'y aurait pas eu de mouvement. Je ne peux malheureusment pas en dire autant des autres regroupements. Force est de constater que si l'ASSÉ avait exercée une hégémonie sur le mouvement étudiant comme la FECQ-FEUQ dans les années 1990, notre force de frappe aurait été décuplée.

      Une différence fondamentale en ce qui concerne l'ASSÉ et les fédérations, c'est la foi. Cela peut être positif et négatif, j'en conviens. Les militants et militantes de l'ASSÉ ont la foi, ils et elles militent bénévolement, au mépris souvent de leur santé physique, mentale et financière, pour des idéaux qui les dépassent et non pas pour un poste d'attaché politique au PQ. Une telle foi suscite évidemement des dérives que vous avez mentionnés.

      J'ai milité activement à l'ASSÉ de 2006 à 2008. Je me suis déjà fait «intimidé» par un permanent de la FEUQ qui m'a poussé et qui m'a traité de «fif» lors d'une manif. Ça fait parti de la «game». Les fédérations et l'ASSÉ ne sont pas et ne seront jamais des allié-e-s, malgré la possibilité de certains pactes temporaires (et j'étais pour lors de la dernière grève, pour pas qu'on se refasse poignarder dans le dos comme en 2005). Les accrochages que vous avez vécu ou que j'ai vécu sont symptomatiques de cette dynamique.

      Que vous vouliez l'admettre ou pas c'est l'ASSÉ qui a organisé les grèves de 2005 et de 2012. Le Mouvement pour le droit à l'éducation celle de 1996. Les fédérations récupèrent les mouvements en se posant comme « interlocuteurs responsables » et tentent de monopoliser les négociations. Elles sont liées à l'État, par leur financement, leurs structures et leur idéologie.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 12 avril 2013 17 h 11

      M. Gagnon,

      Que voulez-vous, quelque fois, en passionné, je m'emporte. Toutefois, j'ai suffisamment étudié la science politique pour comprendre que les libéraux nous considérait comme des ennemis et que la loi 78 visait justement à nous écraser.

      La politique, ce n'est pas un petit jeu d'amis. Les rapports de force, vous connaissez ? C'est toujours navrant de lire ou d'entendre des discours qui jouent aux vierges offensées devant la mobilisation «violente» des dominé-e-s, mais qui d'autre part se taisent complaisament devant la violence institutionnelle et la violence répressive, dixit la typologie des violences selon l'Évèque Dom Elder Camara.

      Dans quel régime parle t-on du «There is no alternative» ? Ne s'agit-il pas de dire plus subtilement que tout changement est impossible ?Dans quel régime nous oblige t-on à travailler pour engraisser les patrons ? Quel régime est responsable de l'écocide généralisé ? De l'itinérance ?
      Le régime actuel, M. Gagnon.
      Ce régime que vous défendez et dont je ne me gènerai pas pour appeler à son remplacement au risque de déplaire à ceux qui, de mauvaise foi, suscite toujours un parallèle douteux entre la volonté de changement et le communisme stalinien.

      Il y a certes des barrières symboliques à l'expression en assemblée. Rien n'est parfait. Mais c'est tout de même mieux que de voter une fois à chaque 4 ans dans un isoloir après avoir été bombardé par la propagande publicitaire du PLQ, du PQ et de la CAQ.

      L'absence d'assemblée n'est pas un gage de démocratie, M. Gagnon. À moins que vous considérez que la démocratie, ça se passe en silence, tout seul chez soi à regarder la TV color, de peur d'être intimidé par des méchants militants. Cette démocratie là, qui n'en est pas une, je vous la laisse. De toute façon réjouissez-vous, demain n'est pas la veille du Grand soir.

    • Charbel Hanna - Inscrit 13 avril 2013 00 h 08

      Jean-Sébastien Rozzi

      C'est vraiment téteux exposant trois millions comme commentaire, mais il y a 2 permanents payés à l'ASSÉ ;)

      Sinon, je participerai bien au débat, mais tu dis tout ce qu'il y a à dire. Bravo.

      Ben non, parlons-en de l'ASSÉ !

      La grève de 2012 était préparée depuis fin 2010 par l'ASSÉ. Elle a débuté le 13 février 2012. À la premiere semaine de mars, on comptait 110 000 étudiant-e-s en grève. Au même moment, les fédérations étudiantes ont (enfin !) officiellement appelé leurs membres à entrer en grève générale illimitée.

      Toute la construction de la grève s'est faite par les militants de l'ASSÉ, pendant que ceux des fédérations s'évertuaient à rassurer tous leurs membres en leur disant qu'il n'y aurait pas de grève. Résultat : début mars, toutes les assosciations étudiantes membres de l'ASSÉ étaient en grève. Du côté des fédérations, c'est loin d'être le cas...

  • Léna Carrier - Abonnée 12 avril 2013 14 h 56

    Démocratie directe et négociation.

    La CLASSE n'a pas "mal compris" les règles du jeu. Elle a fait le choix de principes organisationnels différents, préférant que les décisions partent de la base et non du sommet. On peut certes critiquer la lourdeur de ce mode de fonctionnement, mais il ne faut pas non plus oublier les valeurs qu'il y a derrière.

    • Michel Gagnon - Inscrit 12 avril 2013 16 h 17

      Je ne condamne pas globalement le principe selon lequel les décisions partent de la base et non du sommet, bien au contraire (à condition que la base ne se résume pas au sous-groupe des plus radicaux... avez-vous déjà essayé d'exprimer, en assemblée générale, une opinion divergente par rapport aux radicaux qui veulent arriver à leurs fins?).
      Je considère tout simplement qu'à un moment donné, il doit y avoir un minimum de délégation de pouvoir pour qu'une société fonctionne.

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 avril 2013 16 h 30

      Donc il faurait fallu un référendum panquébécois pour chaque position du gouvernement? Ça aurait mal marché, parce que les sondages montraient un appui envers la position des libéraux...