Grogne à la FEUQ

La grève n’a pas fait qu’unir les étudiants : elle les a aussi durement éprouvés. Sans connaître des déchirements internes aussi grands que ceux vécus par la CLASSE et la FECQ (qui a perdu plusieurs membres cet automne), la Fédération étudiante universitaire (FEUQ) reçoit aussi son lot de critiques, a constaté Le Devoir.


Dans sa lettre de démission qui est maintenant sur les réseaux sociaux, Thomas Briand Gionest, qui a été à la tête de l’association étudiante du campus rimouskois de l’Université du Québec à Rimouski pendant la grève au printemps 2012 puis chargé des affaires sociopolitiques sur l’exécutif de la FEUQ, dénonce notamment le manque de communication et de transparence de l’exécutif. « Au cours des dernières années, les associations membres ont trop souvent été mises de côté dans le processus décisionnel ou de diffusion de l’information », écrit M. Briand Gionest dans sa lettre.


Malgré son profond attachement envers la FEUQ, il dit conserver un « goût amer » devant l’omission, par l’exécutif national, de diffuser des informations importantes à ses membres et raconte même avoir appris par les médias sociaux des informations qu’il aurait normalement dû savoir, en tant que v-p aux affaires sociopolitiques. Thomas Briand Gionest fait remarquer que les décisions étaient souvent prises par le « bureau politique », soit la présidence, la vice-présidence et la vice-présidence exécutive, et dénonce aussi le « détachement » de l’exécutif national à l’égard des régions.


Par ailleurs, des sources bien placées au sein de la FEUQ, qui requièrent l’anonymat, déplorent l’attitude de l’exécutif, qui a tenté d’imposer sa vision des choses et de faire pression sur les associations dissidentes durant la grève. « On disait quoi faire aux associations étudiantes au lieu que ce soit les associations qui donnent le mandat à l’exécutif national », souligne l’une d’elle. « [L’exécutif national] essayait de leur faire avaler sa position. »


Un extrait audio d’un « comité de campagne », ces conférences téléphoniques informelles entre l’exécutif et les associations membres de la FEUQ mises sur pied pendant la grève, démontre une présidente, Martine Desjardins, très ferme et exerçant une pression sur ses membres. « Déjà d’aller arracher une baisse des droits de scolarité va être un exploit en soi, je veux juste que vous vous rendiez compte que présentement vous me demandez l’impossible et je n’ai pas de problème [avec ça]. L’impossible, cette année, on l’a réalisé à plusieurs reprises. Mais si vous me dites qu’il n’y a pas de place autre que le gel et que vous ne pouvez pas retourner dans vos associations avec une proposition autre, on a un problème », répondait-elle à la Fédération des étudiants de l’Université de Sherbrooke (FEUS) dans l’enregistrement obtenu par Le Devoir.


L’embarras était partagé, soutient une source interne. « Il y avait aussi le malaise de savoir est-ce que les personnes qui étaient là avaient le mandat de négocier une hausse, c’est comme si on patentait quelque chose et qu’on retournait voir nos membres et qu’on leur disait : « arrêtez de chialer et vous devrez accepter ça. »»

 

Pas d’entente à rabais


Sans encourager la désafiliation, Thomas Briand Gionest croit toutefois qu’il est sain que les associations étudiantes fassent la réflexion. « Je crois que le rôle d’une fédération est de convaincre les gens. Est-ce que c’est malaisant que les associations se questionnent, je pense que non », a-t-il dit. Les étudiants de l’Université du Québec à Chicoutimi (MAGE-UQAC) auront à se prononcer à l’automne sur la tenue, ou non, d’un référendum de désafiliation de la FEUQ.


Martine Desjardins a qualifié d’« intéressantes » les critiques de l’ex-responsable des affaires sociopolitiques et dit avoir commencé à y remédier. Mais elle se défend fermement d’avoir tenté de faire avaler une « entente à rabais ». « On n’a jamais eu l’intention d’imposer une proposition », a-t-elle dit. « Il faut distinguer les réelles négociations de celles où on est avec les étudiants et on se challenge. Notre comité était informel. » Reconnaissant qu’il est bien difficile de faire l’unanimité, Mme Desjardins met une partie du mécontentement sur les mauvais souvenirs que certains conservent de 2005, où les fédérations avaient fortement recommandé à leurs membres d’accepter l’entente avec le gouvernement.

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