Taux de décrochage scolaire - Certaines régions affichent de fortes baisses

Selon les données du MELS, les garçons du Québec sont toujours ceux qui décrochent le plus, avec un taux de 20,1 % contre 12,6 % pour les filles.
Photo: - Le Devoir Selon les données du MELS, les garçons du Québec sont toujours ceux qui décrochent le plus, avec un taux de 20,1 % contre 12,6 % pour les filles.
À la Commission scolaire Moyenne-Côte-Nord, qui compte 750 élèves, toutes les écoles possèdent les indicateurs de défavorisation les plus élevés et 50 % des élèves du secondaire ont des plans d'intervention, donc éprouvent des difficultés. Pourtant, en 2010-2011, le taux annuel de sorties sans diplôme ni qualification a chuté de moitié, passant de 26,3 % à 13,2 %.
 
« Malgré le fait qu’on a une clientèle à risque, notre objectif est de faire des suivis individualisés les plus efficaces possible », souligne Mario Cyr, directeur des services éducatifs à cette commission scolaire située en Minganie. « Ici, on ne parle pas des décrocheurs en pourcentage, on les connaît par leurs noms. »
 
À Sept-Îles, la Commission scolaire du littoral, qui dessert sensiblement le même nombre d’élèves, a aussi connu une baisse spectaculaire de son taux de décrochage de 11,6 points de pourcentage, passant de 40,5 % à 28,9 %. D’autres commissions scolaires, également situées sur de grands territoires éloignés des grands centres, connaissent un certain succès. C’est le cas de la Commission scolaire crie et celle de la Baie-James, qui ont passablement réduit leur nombre de décrocheurs.
 
Se passe-t-il quelque chose de miraculeux dans le Nord ? Pas nécessairement, car la réussite se voit aussi ailleurs, montrent les chiffres. Sur un total de 72 commissions scolaires, près des deux tiers ont connu une baisse du décrochage, aussi légère soit-elle. À Sherbrooke, la chute est notable : la commission scolaire a réduit à 18,2 % son taux d’élèves sans qualification ni diplôme, soit une baisse de 6,2 points de pourcentage.
 
Lucy de Mendonça, qui administre la Commission scolaire du littoral, reconnaît que, peu importe où est située la commission scolaire, il est plus facile d’agir sur le décrochage lorsque les cohortes sont plus petites. « C’est certain que l’accompagnement des jeunes est plus facile. J’ai des cohortes qui peuvent avoir cinq élèves », note-t-elle. Le taux de roulement des enseignants y est aussi très faible, ce qui assure une certaine stabilité.
 
Mais l’équilibre est fragile, note Mme de Mendonça. « On a beaucoup d’élèves qui quittent le territoire ; ça vient influencer nos résultats d’une année à l’autre. »
 
Autres diplômes

Peu de gens savent que désormais le ministère de l’Éducation (MELS) ne comptabilise pas que les élèves qui obtiennent des diplômes d’études secondaires (DES) dans son taux de réussite. On considère aussi comme diplômés, notamment, ceux qui ont obtenu un diplôme en formation professionnelle (aux adultes), une attestation ou qui suivent avec succès une formation de métier semi-spécialisé (pour devenir boulanger par exemple) ou une formation préparatoire au travail (pour être préposé à l’entretien, notamment), qu’on octroie à des gens qui n’ont pas une scolarité de niveau secondaire.
 
Selon Laurier Fortin, professeur à l’Université de Sherbrooke qui a longtemps dirigé une chaire de recherche de prévention du décrochage, ces diplômes autres que le DES comptent pour environ 5 % du total. Bien sûr, le fait qu’on leur ouvre maintenant la porte peut gonfler les taux de réussite et diminuer le décrochage. Mario Cyr reconnaît que ça aide. Mais sur la Côte-Nord, où le taux d’emploi est excellent, on doit néanmoins prier les employeurs de ne pas embaucher les jeunes avant qu’ils aient obtenu un diplôme, quel qu’il soit, explique-t-il.
 
De manière générale, M. Fortin explique la diminution du décrochage, particulièrement dans la région de Sherbrooke, par le fait que les commissions scolaires s’y attaquent maintenant plus sérieusement, grâce à leurs conventions de partenariat, et qu’elles font une plus grande place à la recherche.
 
Selon les données du MELS, les garçons du Québec sont toujours ceux qui décrochent le plus, avec un taux de 20,1 % contre 12,6 % pour les filles. Les écoles privées n’ont que 6,1 % de décrochage comparativement aux écoles publiques (18,2 %). Parmi les grandes commissions scolaires, généralement situées près de Montréal, le décrochage n’a que légèrement décliné. À la CSDM, il est désormais de 26,6 %, en baisse de 2 points de pourcentage. Les commissions scolaires De la Jonquière et Pierre-Neveu, à Mont-Laurier, connaissent toutes deux la plus importante augmentation du taux de décrochage.

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Ce texte a été modifié après publication.

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