Enseignement - Le quoi et le comment d’une histoire

Le problème de l'enseignement de l'histoire n’est pas propre au Québec. Partout dans le monde, y compris au Canada anglais, l’enseignement de l’histoire fait débat.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le problème de l'enseignement de l'histoire n’est pas propre au Québec. Partout dans le monde, y compris au Canada anglais, l’enseignement de l’histoire fait débat.

L’enseignement de l’histoire comme champ de bataille. Quand ce ne sont pas les didacticiens et les historiens qui s’y affrontent, ce sont les partisans d’une histoire nationale et ceux de l’histoire sociale qui s’entredéchirent sur le « quoi » et le « comment » enseigner le Québec aux jeunes. L’histoire de ce conflit se répète… et ça ne date pas d’hier.

Yvan Lamonde, historien des idées au Québec et professeur au département de littérature de l’Université McGill, n’a pas été étonné de lire cette semaine dans Le Devoir que se profilait à nouveau la querelle entre les tenants d’une histoire nationale (portée par les membres de la Coalition pour l’histoire) et ceux d’une approche sociale. « Ça m’a donné un sentiment d’éternel recommencement de l’histoire. Pour un historien, c’est pas banal », a-t-il dit, un sourire dans la voix.


Pour comprendre pourquoi le débat autour de l’enseignement de l’histoire se répète au Québec, rien de mieux que d’en faire l’histoire, justement. C’est ce qu’ont fait Michel Allard et ses acolytes, en coécrivant le volumineux ouvrage L’histoire nationale à l’école québécoise. Regards sur deux siècles d’enseignement. « Au moment de la fameuse crise sur l’enseignement de l’histoire, au milieu des années 2000, je me suis aperçu qu’on n’avait jamais fait l’histoire de l’enseignement de l’histoire. Alors on a fouillé », explique cet actif retraité, qui a été enseignant au primaire et au secondaire et professeur d’histoire et de didactique à l’UQAM.


Retour aux origines : 1831. Joseph-François Perrault écrit le premier véritable manuel d’histoire. Écrit ? Plutôt copié, soutient Michel Allard. En y regardant de plus près, il constate que des pans entiers du bouquin sont un calque des écrits de l’historien jésuite Pierre-François-Xavier de Charlevoix (XVIIIe siècle) et du Britannique d’origine William Smith, historien. Ce dernier fait évidemment une interprétation très favorable de la Conquête de 1760 et est très élogieux à l’endroit des Britanniques, qui auraient fait preuve d’une « sage conduite » envers le peuple franco-catholique canadien. « L’interprétation de l’histoire qui a eu longtemps cours est donc celle de Perrault, qui a copié un Britannique », explique M. Allard.


Cette interprétation de l’histoire qu’Allard qualifie de « bonententiste », parce qu’elle évite d’attiser les conflits, domine ainsi jusqu’à ce François-Xavier Garneau, premier historien canadien, publie ses propres écrits, beaucoup plus nuancés et sous-tendus par un nationalisme canadien-français, après le rapport Durham de 1839. Yvan Lamonde rappelle néanmoins l’instrumentalisation à laquelle s’est livrée l’Église et des pressions qui se sont exercées sur Garneau pour que son « histoire » tienne compte du clergé.


Selon le chercheur et spécialiste de l’histoire des manuels scolaires, Paul Aubin, également coauteur de L’histoire nationale à l’école québécoise, la confrontation entre deux visions de l’enseignement de l’histoire naît autour des années 1940, lorsqu’André Laurendeau, homme de lettres et ancien rédacteur en chef du Devoir, lance le débat : Peut-on concevoir un manuel d’histoire unique pour l’ensemble du Canada ? « Jusque-là, on avait des débats pédagogiques sur l’enseignement de l’histoire, comme “faut-il donner de l’importance à la mémorisation?”, etc. Mais là, on va avoir le premier débat idéologique. »


Écoles de Montréal et de Laval


Durant la deuxième moitié du XXe siècle, deux écoles vont s’affronter. D’un côté, l’École de Montréal, notamment portée par les historiens laïques Maurice Séguin, Michel Brunet et Guy Frégault, qui poussent davantage les idées d’origine de Garneau et qui font une interprétation plutôt nationaliste de l’histoire du Québec, sans doute en réaction à l’interprétation « bonententiste » qui avait longtemps dominé. « C’était une école que Léon Dion [politologue] qualifiait de nationaliste pessimiste parce que ces gens accordaient beaucoup d’importance au côté tragique de la Conquête », dit Yvan Lamonde. Ce sont des disciples dissidents du chanoine Lionel Groulx, qui, dans la première moitié du XXe siècle, avait implanté l’idée d’un nationalisme plus traditionnel, basé notamment sur la foi et la langue.


De l’autre, l’École de Laval (comme l’université du même nom), où l’abbé Arthur Maheux prend la tête de l’Institut d’histoire à la fin des années 1940, propose une interprétation qui met en relief les points de « bonne entente » avec le Canada, afin d’éviter des frictions historiques. Ces idées seront défendues notamment par les historiens eux aussi laïques Marcel Trudel, Fernand Ouellet et Jean Hamelin et prédomineront durant la Révolution tranquille et après. « Ils faisaient une nouvelle histoire économique et une nouvelle histoire sociale. On est à la fin des années 1950, l’Université Laval fait beaucoup d’histoire ouvrière et du mouvement syndical », rappelle Yvan Lamonde.


Tranquillement, ces deux visions se cristallisent et permettent de comprendre les conflits qui surviennent encore aujourd’hui. Avec toutes les nuances qui s’imposent, la Coalition pour l’histoire hérite de la vision nationaliste de l’École de Montréal, dénonçant un certain impérialisme de l’histoire sociale au Québec, associé aux baby-boomers, et qui a dominé dans les années 1960 à 1980, note M. Lamonde. Voilà pourquoi leur réaction d’opposition de la Coalition a été si forte en 2006, lors de la réforme du programme d’histoire au secondaire, où le ministère liait pour la première fois l’enseignement de l’histoire nationale à l’éducation de la citoyenneté. Cette tentative a été perçue comme cherchant « à mettre sous le boisseau la question nationale », constatent les quatre auteurs de L’histoire nationale à l’école québécoise.


Une société distincte


Cette fois, avec un gouvernement péquiste au pouvoir favorable à une lecture plus politique de l’histoire nationale, les positions de la Coalition ont la part belle. Même s’il comprend pourquoi, Yvan Lamonde ne peut s’empêcher de trouver « un peu ridicule » que le débat sur l’enseignement de l’histoire reprenne à chaque changement de gouvernement. Le litige n’est pas près de se régler.


Car pour lui, le fait qu’on remette sans cesse en question le contenu des programmes n’est pas le problème des seuls historiens, mais de la société québécoise entière. « Chacun est confronté avec le fait qu’il y a des noeuds, des questions non résolues. La Conquête en est un, les Rébellions en sont un autre et la Révolution tranquille aussi », avance-t-il. « À partir du moment où on n’a pas de consensus autour de l’interprétation et de la place à donner à ces événements, on reste dans l’ambivalence. »


L’histoire est toujours instrumentalisée aux profits des élites en place ou des courants de pensée dominants, insiste M. Lamonde. Les historiens en sont les interprètes. Le problème n’est pas propre au Québec. Partout dans le monde, y compris au Canada anglais, l’enseignement de l’histoire fait débat.


« Mais comment se fait-il qu’au Québec, selon les gouvernements en place, il y ait toujours un rééquilibrage ? C’est particulier que les vents tournent autant. Surtout dans une société dont la devise est Je me souviens. On se souvient de quoi ? On ne le sait pas », note-t-il. « C’est drôle que la mémoire soit aussi fluctuante et qu’on ne soit jamais capable de trouver une façon d’enseigner le programme d’histoire qui soit respectueuse de toutes les visions. En ce sens, on est peut-être une société distincte », conclut l’historien.

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Ce texte a été modifié après publication

17 commentaires
  • Christian Fleitz - Inscrit 9 mars 2013 09 h 44

    Quelle histoire pour quel avenir ?

    Une «histoire officielle» ? Une aberration. En matière historique, seuls les faits sont incontestables, leurs interprétations relèvent des historiens qui les pensent en toute honnêteté, en fonction de leurs lignes de pensée. La bonne équité consiste à faire l’effort de présenter les différents déchiffrages de la réalité, au lecteur, à l’auditeur, qui doit se montrer juge des phénomènes passés. Un effort doit être accompli pour que celui-ci reçoive les éléments permettant une bonne compréhension.
    À titre d’exemple et pour utiliser un exemple qui ne fait pas polémique, on rappellera le mouvement de refuge dans le désert égyptien des ermites chrétien, au IVème siècle de notre ère. Trois interprétations historiques ont été données à ce phénomène : d’abord, une explication évidemment religieuse, ensuite, une justification «économique» se référant à une crise économique qui sévissait à ce moment là en Égypte, enfin, une explication «marxiste» qui intègre difficultés économiques et contestations sociopolitiques. Les trois interprétations historiques sont cohérentes, honnêtes et donc se valent toutes. La vérité historique relève de la prise de connaissance de ces trois «histoires» par le lecteur attentif, la formation de sa connaissance lui incombant in fine.
    La réflexion sur un concept historique «québécois» est une nécessité «nationale» qui doit tenir compte d’une approche d’ouverture et non d’enkystement, d’autant que, l’expérience le prouve, une société ignorant son histoire et une société sans avenir.

    • Marc Provencher - Inscrit 10 mars 2013 13 h 42

      @ Christian Fleitz: «La bonne équité consiste à faire l’effort de présenter les différents déchiffrages de la réalité, au lecteur, à l’auditeur. »

      Voilà, exactement. Donner à l'élève une idée - un aperçu, même très sommaire au début - de l'éventail, de la panoplie des interprétations différentes des mêmes faits ; et la chronologie pour s'y retrouver éventuellement par lui-même.

    • Christian Fleitz - Inscrit 11 mars 2013 10 h 19

      M. Marc Provencher, vous vous parez, dans cette rubrique de polémiste, mais «dire n'est pas faire». J'apprécie votre intervention à ma contribution, mais elle ne polémique en rien et n'ajoute rien à celle-ci. Je ne comprends pas. J'aurai apprécier, d'abord pour ma gouverne personnelle, de voir affinée ou critiquer utilement ma participation, mais dire la même chose autremenr n'est pas un ajout fécond. Il faut que les élèves, comme les citoyens puissent apprendre à exiger, en particulier face à l'Histoire, d'avoir des regards différents sur les faits historiques et apprenne aussi à interpréter ces derniers. D'ailleurs, il parait souhaitable d'ailleurs qu'au delà de sa propre histoire, celle-ci s'ouvre aussi à celles de l'environnement historique pour élargir les horizons, améliorer les compréhensions des faits historiques et la validité des choix faits par le passé.

  • Jean Lapointe - Abonné 9 mars 2013 09 h 48

    Seule l'indépendance du Québec permettrait de régler le problème.


    « Mais comment se fait-il qu’au Québec, selon les gouvernements en place, il y ait toujours un rééquilibrage ? , se demande M. Lamonde.

    Il me semble qu'il n'est pas nécessaire de chercher de midi à quatorze heures pour trouver la réponse à cette question.

    S'il en est ainsi c'est à cause du fait qu'il y en a parmi nous qui se veulent Canadiens et qui sont complètement allergiques à toute forme de nationalisme québécois et qu'il y en a d'autres qui se considèrent comme faisant partie d' un peuple particulier et qui veulent que ce peuple survive par simple instinct de survie.

    Tant que ce problème ne sera pas réglé, c'est-à-dire tant qu'il y aura des partis politiques susceptibles de prendre le pouvoir qui préconiseront l'une ou l'autre conception de l'avenir, il y aura des «rééquilibrages » jugés nécessaires, comme le dit M.Lamonde, chaque fois que l' un ou l' autre de ces partis prendra le pouvoir.

    C'est que l' Histoire fera toujours débat parce qu'il est inévitable qu'il en soit ainsi.

    Pour empêcher que des rééquilibrages soient toujours considérés comme nécéssaires il faudrait que l' une de ces deux conceptions prennent éventuellement le dessus sur l'autre pour qu'enfin il existe une certaine stabilité.

    Ce sont là les enjeux politiques auxquels nous sommes confrontés.

    Pour en sortir il faudrait qu'enfin nous soyons assez nombreux pour pouvoir nous permettre de faire du Québec un pays indépendant politiquement.

    Ce qui ne mettrait pas fin complètement aux débats mais ces débats porteraient sur autre chose que sur la question nationale parce que celle-ci serait pour une bonne part réglée.

    Je ne pense pas qu'il y ait d'autres façons de régler le problème.

    • Christian Fleitz - Inscrit 10 mars 2013 09 h 53

      L'indépendance est un but politique, l'histoire est une science dont la raison est une plus grande connaissance et une plus grande intelligence des sociétés. L'histoire a ses exigences, d'abord la sincérité des faits historiques, ensuite l'honnêteté de l'interprétation de ces derniers : cela veut dire que la conviction de l'historien ne doit pas être dissimulée et doit pouvoir être confronté à d'autres interprétations pour que chacun établisse sa propre compréhension historique. L'Histoire ne peut être propagande, mais ouverture d'esprit. Il est vrai qu'au Québec, on ne peut que constater hélas «l'illettrisme» historique de la majeure partie de la population, ce qui constitue un frein autant considérable qu'essentiel à la formation d'un sentiment «national» fécond. Par ailleurs, la réforme politique fondamentale pour le Québec, serait de penser un régime politique républicain qui serait une évolution féconde du système actuel, héritier en droite ligne et quelques soit les dénégations, de l'organisation politique «Whig» du XVIIIème siècle britannique. Ainsi, l'éducation du citoyen privilégierait l'intérêt public et collectif contre les intérêts égoïstes individuels et l'histoire prendrait toute sa place dans cette évolution.

  • Claude Poulin - Abonné 9 mars 2013 10 h 11

    Excellente mise au point

    Voilà une excellente mise au point. On lira avec intérêt à ce sujet un article qui complète très bien cette explication. Il a été signé dans Le Devoir (27/04/06) par A. Robitaille: Cours d'histoire épurés au secondaire. Je souligne enfin qu'au moment où fut mise en place la réforme pédagogique (réforme Marois) , le programme d'enseignement de cette matière a été réorienté vers de nouveaux objectifs: éducation à la citoyenneté, apprentissage de la méthode (compétences) et autres. Autant d'éléments qui ont aussi influencé la formation des maîtres dans les facultés universitaires avec les conséquences désastreuses que l'on sait. Ce débat renvoie donc à un problème plus vaste...et qui devrait un jour aboutir à un véritable Sommet sur le bilan de notre réforme scolaire que la crise du Printemps arable a occulté. Claude Poulin Québec

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 9 mars 2013 13 h 54

      Exact. La réforme Marois a été détournée vers d’autres buts, vers celles des «compétences transversales» et de «l’éducation à la citoyenneté».

      Ce programme élaboré avec l'aide de la «Chaire de recherche du Canada» par Jocelyn Létourneau de l’Université Laval (père de la «déconstruction identitaire») estimait que le «savoir historique» n'avait pas tellement d'importance.

      Selon cet «expert», l'enseignement de l'histoire à l'école n'avait pas pour but d’apprendre «de savoirs savants construits par des historiens ni de faire acquérir des connaissances factuelles». Ce pseudo cours d'histoire élaboré par M. Létourneau (récipiendaire de la Fondation Trudeau en 2006 pour sa «vision citoyenne », prix de 225 000$) avait pour but d’intégrer l’élève québécois à «l'intégration à la culture civique» [!!!]

      Alors, qu'est-ce que c’est exactement que cet enseignement de l'histoire sinon un endoctrinement vers la stérilisation de la pensée?

      Comment peut-on oublier que ce père de cette «vision citoyenne» reléguait l'identité québécoise à rien de moins que qu'une acculturation: «D’ailleurs, qui pourrait prétendre déterminer ce qu’est la culture ou l’identité québécoise!» (dixit Létourneau in Devoir du 6 nov. 2007).

    • Marc Provencher - Inscrit 10 mars 2013 13 h 49

      @ Rodrigue Guimont: « par Jocelyn Létourneau de l’Université Laval (père de la «déconstruction identitaire») »

      Un peu partout je fais mon petit polémiste, mais cette fois-ci j'ai une question de pure information: est-ce que cet historien, M. Létourneau, s'est réclamé lui-même du terme "déconstruction" ou s'il s'agit là d'une formulation que d'autres lui ont apposée ?

      J'aimerais beaucoup avoir cette précision, si possible, pour le suivi d'un certain dossier qui me préoccupe.

  • Jeanne M. Rodrigue - Inscrite 9 mars 2013 10 h 36

    Dangereux ou pas l'enseignement de l'histoire?

    On retrouve trois grandes tentations ou tendances en enseignement de l’histoire. La première est rhétorique: l’historien se dit «je veux émouvoir, attendrir mon lecteur», une tendance surtout vrai pour le Moyen âge, ex : vies des saints (hagiographies), histoire de chevalerie, etc.

    La deuxième tendance l’éthique c’est «l’histoire explication»: l’historien veut transmettre ou enseigner des valeurs morales, ex. Jules Michelet et Lionel Groulx au Québec. Surtout vrai pour le 19e siècle, début 20e siècle.

    Troisième tendance, la tentation politique: l’histoire comme pouvoir, l’historien veut justifier, convaincre… jusqu’à l’endoctrinement s’il le faut. Ex. Chine de Mao rééducation du peuple, effacer jusqu’à toutes traces du passé. L’ex-URSS est un autre exemple de politisation de l’histoire. Sous Staline «le petit père des peuples» (le Vojd) il n’y avait qu’exécutions sommaires, travail forcés, goulags et propagande.

    Entre Paul Veyne qui pensait que l’histoire est le produit le plus inoffensif qui soit et un Paul Valery qui pensait exactement le contraire en disant que «l’histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré», il y a tout un cheminement qui est en lui-même historique.

    Si on prend chez nous la bataille des Plaines d’Abraham en 1759, coté anglais c‘est une conquête, côté français c’est une défaite. Pourtant c’est un même événement expliqué différemment. Même histoire, même phénomène, deux visions «colorées» selon nos origines ethniques.

    Une certitude cependant, l’histoire du Québec, celle qui devrait être enseignée dans nos écoles (jusqu’au Cegep) doit refléter exactement et sans aucune omission le déroulement chronologique. Quant à l’explication des faits, l’historiographie démontre que l’enseignement de l’histoire reflète toujours le climat intellectuel de même que la mentalité du moment.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 10 mars 2013 06 h 07

      «1759, coté anglais c‘est une conquête, côté français c’est une défaite.» «deux visions «colorées» selon nos origines ethniques». Encore une fois, on raconte l'histoire des autres. Qu'en est-il de l'opinion de la population de la ville qui ont «ouvert» les portes aux Anglais; pourquoi l'ont-ils fait ? C'est eux les québécois !

      Quand et qui racontera «notre» histoire ? Resterons-nous toujours valeur négligeable ?

    • Christian Fleitz - Inscrit 10 mars 2013 10 h 17

      Intéressant commentaire... Cependant, faut-il rappeler que l'Histoire n'est pas faite pour émouvoir, ni moraliser et surtout ce n'est pas une approche propagandiste de la réalité. C'est une science. Science humaine certes, elle n'a évidemment pas la précision mathématique des sciences exactes, cela ne veut pas dire que sa démarche n'est pas rigoureuse. Rigoureuse d'abord, en ne falsifiant pas la réalité des faits qui sont objets d'Histoire, rigoureuse aussi, dans la cohérence de l'interprétation de ces faits. Ces interprétations relèvent de modes de pensée, de modes d'analyse différents, donnant des résultats différents. La bonne instruction concernant l'Histoire doit accepter cette diversité et permettre son analyse pour la formation d'une opinion personnelle sérieuse.
      Le constat de l'«illétrisme» québécois actuel devrait susciter une réaction immédiate et active, car une société sans passé n'a pas d'avenir fécond.

    • Marc Provencher - Inscrit 10 mars 2013 14 h 06

      @ Jeanne M. Rodrigue: «Côté anglais c‘est une conquête, côté français c’est une défaite (...) Même histoire, même phénomène, deux visions «colorées» selon nos origines ethniques.»

      Bravo Mme Rodrigue, excellente présentation raisonnée. Elle apporte de l'eau à mon moulin selon quoi il faut présenter à l'élève - même sous une forme très sommaire, du moins au début - plusieurs interprétations divergentes des mêmes faits - donc plusieurs manuels et pas un ? - afin qu'il puisse départager assez tôt les faits et l'interprétation des faits.

      Par contre, s'il n'y avait cette limite de 2000 caractères, je me lancerais dans un tempêtueux discours au sujet de la notion selon moi trompeuse et dangereuse d'"origine ethnique". Il suffit, au fond, de tomber sur un canadien-français qui s'appelle Harper ou une canadienne-anglaise qui s'appelle Laframboise pour bien comprendre que ce n'est pas par "origine ethnique" que les gens étaient ou sont canadiens-français, canadiens-anglais ou les deux (pour prendre seulement ces trois exemples). Mais bon, scusez, je sais bien que ce n'est pas le sujet.

    • Jeanne M. Rodrigue - Inscrite 10 mars 2013 20 h 15

      M. Provencher. «Il suffit, au fond, de tomber sur un canadien-français qui s'appelle Harper ou une canadienne-anglaise qui s'appelle Laframboise… » Effectivement.

      Ce n’est donc plus une question de patronyme (ou de matronyme) comme au XVIIIe siècle après la Défaite. Nguyen, Brown, Dassylva, Johnson, Rodrigues se sont gens d’ici, parce qu’ils ont choisi de vivre ici, dans une commune appartenance. Ce qui était à l’origine une question d’ethnicité s’est peu à peu transformé en un vouloir «vivre ensemble» dans une langue et une culture intégratrices.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 10 mars 2013 08 h 02

    Il était et sera, une fois ou toujours, le Québec ! … ?

    « … qui s’entredéchirent sur le « quoi » et le « comment » enseigner le Québec aux … » (Lisa-Marie Gervais, Le Devoir)

    Bien qu’il soit, parfois, difficile d’enseigner le Québec avec objectivité et précision critiques, il est comme inusité de savoir que son Histoire se poursuit par delà ce qui se dit, s’écrit, se numérise.

    En effet, il est sain de se questionner sur le « quoi-comment » car, d’effet, le jour où Québec comprendra ses origines, son Histoire se réalisera, et ce, nonobstant tout Rapport susceptible de l’accuser d’être autrement ce qu’il habite, parle, bouge depuis … sa naissance.

    Entredéchiré ou non, le Québec continuera d’être enseigné, parlé, chanté … !

    Il était et sera, une fois ou toujours, le Québec ! … ? – 10 mars 2013 -