Québec rend les cours d'anglais intensif au primaire facultatifs

La ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, a annoncé jeudi qu'elle levait l'obligation qui était faite aux écoles primaires francophones d'offrir l'anglais intensif.
Photo: Jacques Nadeau – Le Devoir La ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, a annoncé jeudi qu'elle levait l'obligation qui était faite aux écoles primaires francophones d'offrir l'anglais intensif.

Québec — L'apprentissage de l'anglais à l'école primaire est remis en question par le gouvernement Marois. La ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, a annoncé jeudi deux mesures en ce sens: le gouvernement rend désormais facultatif l'enseignement intensif de l'anglais en 6e année du primaire et commande une étude sur la pertinence de continuer à enseigner l'anglais dès la première année.

En point de presse, la ministre a dit que le temps était venu de faire baisser la pression sur les écoles en cette matière.

Elle a donc annoncé qu'elle levait l'obligation qui était faite à toutes les écoles primaires francophones d'offrir l'anglais intensif à la fin du cours primaire.

Ni réaliste, ni souhaitable


Cette approche de l'apprentissage de l'anglais langue seconde, privilégiée par le gouvernement précédent, n'était ni réaliste, ni souhaitable, selon elle.

Il reviendra donc désormais aux conseils d'établissement des écoles primaires de décider s'ils vont de l'avant avec l'anglais intensif en 6e année. Et si c'est le cas, aucun calendrier d'implantation ne leur sera imposé.

«Il n'y aura pas d'obligation de modèle», a-t-elle dit, soucieuse de redonner une marge de manoeuvre aux conseils d'établissement qui reçoivent le message suivant: «choisissez les moyens qui vous semblent les plus appropriés».

La ministre Malavoy s'est donc rendue aux arguments invoqués par plusieurs acteurs du milieu de l'éducation. Au cours des derniers mois, d'aucuns avaient exhorté la ministre à intervenir pour revoir cette mesure, jugeant qu'elle était difficile à appliquer, surtout dans des délais aussi courts.

Le gouvernement libéral avait annoncé en février 2011 que toutes les écoles primaires francophones du Québec devaient offrir l'enseignement intensif de l'anglais aux élèves de 6e année, à compter de l'année scolaire 2015-2016.

L'implantation devait être graduelle. Jusqu'à maintenant, quelque 12 % des écoles fonctionnent sur le modèle de l'immersion.

La commande était de faire en sorte que les élèves de 6e année passent la moitié de l'année scolaire en immersion totale en anglais.

Un bilan par l'ÉNAP


Si Mme Malavoy prend du recul par rapport à cette approche pédagogique, c'est qu'elle estime ne pas être en mesure de dire si l'apprentissage intensif est vraiment la meilleure façon pour un enfant de devenir bilingue.

Pour avoir l'heure juste, elle demande donc à l'École nationale d'administration publique (ÉNAP) d'examiner la question et de tracer un bilan des expériences d'immersion totale menées sur le terrain au cours des deux dernières années dans les écoles du Québec.

«J'ai besoin d'un véritable bilan articulé et scientifique» sur la question, a fait valoir la ministre, en ajoutant qu'elle manquait de données factuelles actuellement pour bien évaluer dans quel sens aller.

Elle joue de prudence dans ce dossier, sachant à quel point la question du bilinguisme institutionnel devient vite au Québec un sujet explosif.

«C'est un dossier qui est délicat. Il faut agir avec prudence», a-t-elle commenté.

L'ÉNAP devra par ailleurs évaluer l'impact de l'implantation ces dernières années, également par le gouvernement libéral, de l'enseignement de l'anglais langue seconde dès la première année du primaire.

Dès la réception du rapport attendu de l'ÉNAP, cet automne, la ministre Malavoy pourrait donc revoir l'approche pédagogique privilégiée quant à l'enseignement de l'anglais langue seconde.

En cette matière, l'objectif du gouvernement consistera à faire en sorte qu'«à la fin du secondaire, les élèves du Québec puissent parler anglais avec aisance et se faire comprendre», a indiqué la ministre. Mais les moyens pour y arriver restent donc à définir.

Réactions mitigées

Les réactions à l'annonce ont été mitigées.

La présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), Manon Bernard, est restée sur sa faim, espérant un «véritable frein» à la création de classes d'immersion totale en 6e année. Elle juge que Mme Malavoy ne respecte pas les «étapes logiques», en commandant des études, tout en laissant les écoles implanter ce type de pédagogie.

Le président d'Impératif français, Jean-Paul Perreault, partage sa perplexité. Il juge que l'annonce est «une bonne nouvelle incomplète», car il espérait et s'attendait à un moratoire.

Au lieu de cela, selon lui, le gouvernement laisse planer le doute sur ses intentions, alors que les enfants n'ont «pas besoin d'anglais intensif, mais de français intensif».

Les partis d'opposition ont eux aussi exprimé leurs réserves.

La porte-parole libérale en éducation, Francine Charbonneau, conclut que la ministre Malavoy entretient «à des fins partisanes la peur de voir le français disparaître».

«Les enfants du Québec seront privés d'outils indispensables pour leur avenir. C'est inacceptable», selon celle qui affirme que le gouvernement péquiste considère l'anglais «comme une langue étrangère».

La porte-parole de la Coalition avenir Québec, Nathalie Roy, estime que la ministre sème la confusion chez les parents en adoptant une position ambivalente.

Mme Roy approuve la levée de l'immersion obligatoire, mais déplore que la ministre semble vouloir couper court à l'enseignement intensif de l'anglais.

«Lever l'obligation d'implanter le programme est une bonne décision. Mais pourquoi la ministre a-t-elle senti le besoin d'aller plus loin en indiquant qu'elle souhaitait mettre un frein au programme?», s'est interrogée la députée.

Par Jocelyne Richer

31 commentaires
  • Gertrude Deslauriers - Inscrit 7 mars 2013 10 h 37

    l'avenir le dira

    Ma fille a fait l'anglais intensif en 6ième année et parle très bien l'anglais. Ses amies qui ne l'ont pas fait ont un très important blocage à ce sujet, presque impossible de s'exprimer en anglais. Nous vivons dans un milieu 98% francophone. Je reviens donc sur ces Québécois d'une autre génération qui allaient à Old Orchard et qui commandaient un Diet Coke en français faut de connaître la langue étrangère (dixit Marie Malavoy) et je me dis que cela n'est pas terminé. Pendant ce temps, je reçois des jeunes anglos du Canada pour des séjours touristiques, leurs professeurs exigent que je leur parle en français, les enfants me questionnent en français malgré qu'ils ont tous un nom de famille anglophone. Autrement dit, l'évolution fait son chemin mais que d'un seul côté du pays. Comme dirait la cheftaine du PQ, I am inquiète.

    • Gilles Théberge - Abonné 7 mars 2013 12 h 10

      Mon fils a fait l'anglais intensif en 6e année. Il parle anglais. Ma fille n'a pas fait l'anglais intensif en 6e année. Elle a fait une maîtrise en Biologie. Elle lit et peut écrret en anglais.

      La relation de cause à effet que vous faite est erronnée.

  • Gilles Théberge - Abonné 7 mars 2013 10 h 45

    Les chaussures sont trop grandes

    Les chaussures de la clarté sont manifestement trop grandes pour cette ministre de l'éducation qui ne sait que tergiverser.

    Le problème des québécois ce n'est pas qu'ils parlent ou non l'anglais sans accent à dix ans. Le problème c'est qu'ils ne savent pas lire, comprendre ce qu'ils lisent et ne savent pas écrire en sortant de l'école.

    Si elle veut vraiment être utile à sa société elle devrait instaurer une demi année exclusivement sur l'apprentissage de la langue aux enfants du québec, pour assurer qu'à terme ils maîtrisent la langue. Ce qui leur permettra ensuite d'en apprendre d'autres, dont l'anglais, de façon efficace.

    Et elle devrait instaurer un programme intensif d'enseignement du français dans le régimepédagogique des commissions scolaire anglophines, afin que le français devienne la langue commune de tous les québécois.

    Comme d'habitude elle réagit mollement par des compromis qui ressemblent comme deux gouttes d'eau à une compromission, devant l'expression de l'obsession maladive de certains québécois qui n'en peuvent plus de penser que leurs enfants ne parlent pas anglais. Sans se soucier du fait qu'ils ne parlent pas mieux en français.

    Alors comme elle est incapable d'adopter une position claire de son cru, elle cède et elle rend aléatoire cette décision inepte du précédent gouvernement. Imaginez la multitude de chicanes qui vont s'allumer dans les comités de parents.

    C'est de l'incompétence patente.

    • Raymond Labelle - Abonné 7 mars 2013 14 h 05

      Comme vous avez raison! Il aurait été plus simple et efficace d'abolir le programme d'immersion, point à la ligne. On ne veut pas se lancer le message qu'il est important de maîtriser l'anglais mais pas le français. Je ne suis pas sûr qu'à la fin du secondaire, l'élève moyen du réseau français maîtrise vraiment le français.

      Pour détails sur les dommages que cette idée auto-destructrice peut créer, voir :
      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/371956/an

      Et enfin, quid de l'immersion en français dans le réseau anglais? <

    • Louis Desjardins - Abonné 7 mars 2013 14 h 46

      J’abonde dans le même sens. La ministre manque clairement de courage politique et ne prend surtout aucune décision : elle renvoie la question sur le terrain, dans les Conseils d'établissement. À eux de décider. Et sur quelles bases prendra-t-on de telles décisions dans les CE? Aura-t-on tous les outils en main pour soupeser la question et trancher en faveur ou en défaveur des classes d’immersion? Joli travail en perspective.

      Et qu’en est-il de l’apprentissage du français dans les écoles anglaises? Serait-il « normal » d’avoir pour objectif national que l’ensemble des québécois, quelles que soient leurs origines, s’expriment aisément en français au point de soutenir une conversation d’un niveau correspondant à leur âge, qu’ils sachent lire et écrire et aient une connaissance intime de la grammaire et de la syntaxe? A-t-on prévu quelque chose pour en arriver à un tel résultat?

  • Peter Kavanagh - Inscrit 7 mars 2013 11 h 51

    On va le faire nous meme

    Mes enfants ont appris l'anglais a l'école privé et ne sont pas devenu anglophone pour autant. Ils y ont aussi appris un excellent français. Ils ont de bons emplois qu'ils ne pourraient occupé si ils étaient unilingue francophone ou si ils le ''baragouinnaient'' au lieu de bien le parler. Mes petits enfants vont aussi le parler. Etant donné gouvernement décide de couper l'imersion, alors elle se fera a la maison. Se privé de l'anglais, c'est décidé de se confiner a la province de Quebec pour le travail. Gros manque de jugement du gouvernement.

    • Gilles Théberge - Abonné 7 mars 2013 16 h 41

      Votre commentaire reflète bien les quatre premiers mots de votre dernière phrase. Parce que vous faites une généralisation.

      Curieux tout de même. Baragouiner en anglais tu peux pas avoir la job. Baragouiner en français tu peux être maire de Montréal.

      Est-ce qu'on continue de réfléchir?

    • Peter Kavanagh - Inscrit 7 mars 2013 17 h 17

      C'est déja tout réfléchi. Pour ce qui est de mon jugement cher monsieur, je me fie aux résultats, pas a ce que vous en pensez. Pour ce qui est de Mtl, on ne peux pas dire que les maires 100% francophones on fait fureur dernierement........

    • François Gervais - Inscrit 10 mars 2013 01 h 18

      Un maire à Toronto qui parlerait aussi mal l'anglais que ce mr. Applebaum n'aurait jamais pu être élu. Mais ici, on se permet toutes les libertés. Savoir parler français n'est jamais vraiment important. Ce qu'on veut, c'est que tout et chacun parle un anglais parfait sans accent. Mais savoir parler français, bah, c'est si ça nous tente mais sans plus.

      Un moment donné, ils vont nous mettre un maire qui parle autant français que Cunneyworth et ils vont trouver ça acceptable. Et pourquoi pas une présidente de l'OQLF qui ne parle pas français tant qu'à faire!!! Après ça, ce sera au tour du festival de la francophonie où les chansons seront toutes en anglais.

      Il n'y a pas de limite au désir d'angliciser tous et chacun on dirait!!!!

  • Bernard Gervais - Inscrit 7 mars 2013 12 h 21

    Bravo !

    On n'avait vraiment pas besoin de ce programme farfelu de notre ancien et très anglophile PM. Surtout avec la mondialisation et, par exemple, l'Internet, nous sommes ici comme aillleurs envahis comme jamais par la culture anglophone. Le devoir du gouvernement du Québec est d'abord de protéger et valoriser le français. C'est ça qui nous permet d'avoir une identité, d'être différents du reste du Canada et des États-Unis !

    • Peter Kavanagh - Inscrit 7 mars 2013 13 h 04

      Farfelu pour certain, important pour d'autres, le monde ne s'arrête pas au frontière du quebec. Que ça vous plaisent ou non, la majorité des gens veulent que leurs enfants apprenent l'anglais aussi bien que le français.

    • Stéphane Poulin - Inscrit 7 mars 2013 13 h 40

      Bien dit ! Maintenant banissons la télé anglophone et créons un Internet juste en français ! Comme ça on sera certain de ne pas être assimilés! Yéé!

    • Djosef Bouteu - Inscrit 7 mars 2013 18 h 49

      Monsieur Kavanagh, le monde ne s'arrête pas aux frontières du Québec. Il ne s'arrête pas aux frontières des anciennes colonies anglaises non plus.

      La langue officielle du Québec est le français. Toutes les autres langues étrangères sont importantes et optionnelles, n'en déplaise aux anglomanes.

  • François Gervais - Inscrit 7 mars 2013 12 h 56

    Pas besoin de ça

    Les occasions pour assimiler nos jeunes en anglais ne manquent pas déjà. On se fait envahir par la culture anglo-saxxonne à un point tel qu'on se demande s'il en existe encore provenant d'ici.

    Nous avons déjà une région assez bilingue. On n'a pas besoin non plus de parler un anglais parfait sans accent. Il y a des limites au désir d'angliciser la Terre entière. Car ça se fera au détriment du français, ça c'est certain.

    En disant à nos jeunes que seul l'anglais est le monde, ils ne voudront plus apprendre le français, ils enseigneront l'anglais à leurs futurs enfants et parleront en anglais à nos immigrants et notre langue deviendra aussi folchlorique qu'en Louisianne.

    Je trouve qu'on exagère l'importance de l'anglais en disant que seul l'anglais est le monde. On relègue toutes les autres langues aux oubliettes. Mais en voulant assimiler tout le monde en anglais, on leur impose les valeurs anglo-saxxonnes et surtout, on s'assure que les anglophones resteront toujours avantagés par rapport au reste du monde et obtiendront ainsi constamment les meilleurs postes à cause de leur avantage.

    Et, dernier point, pourquoi les francophones devraient avoir des cours intensifs en anglais alors que les anglophones eux peuvent continuer de refuser d'apprendre le français? Le PQ ne devait pas promouvoir notre langue? Qu'ils donnent donc des cours intensifs en français aux anglophones. Leur but devait être de protéger notre langue et non pas de nous assimiler. Que les anglophones se forcent pour apprendre le français, ça fera changement

    • Gilles Théberge - Abonné 7 mars 2013 17 h 43

      Lisez attentivement certains commentaires plus haut monsieur Gervais, vous allez comprendre pourquoi on est tombé dans cette soupière.

      Et surtout vous pourrez voir nettement se déployer le côté pathologique de cette obsession qui fait que certains ne font pas la différence entre la philie et la manie. Entre le fonctionnel et l'assimilation.

      Je ne l'ai pas vu encore ici aujourd'hui mais généralement les expressions «passer à autre chose», et «ouverture sur le monde» assaisonnent les commentaires.

      Mais au-delà de ça ils trahissent une attitude de perdant. On a perdu alors noyons-nous dans la culture de l'autre. Et comme c'est difficile à admettre, on fait ce que les psy appellent de la rationalisation.

      Finalement je pense que beaucoup de gens prétendent raisonner, mais ne font que résonner...

      C'est ce qui est en train de se passer. Prochaine étape, exiger des cours de français donnés en anglais. Vous verrez ça viendra.