McGill nomme une première rectrice francophone

Suzanne Fortier
Photo: McGill Suzanne Fortier

La nouvelle rectrice de l’Université McGill sera francophone, une première dans l’histoire de l’établissement. La scientifique Suzanne Fortier a été choisie à l’unanimité par le Conseil des gouverneurs, qui a rendu publique sa décision mardi. « Je suis très contente. Pour moi, c’est vraiment un honneur et une grande responsabilité », a-t-elle déclaré en entrevue au Devoir. Elle s’est dite particulièrement heureuse d’effectuer un retour à Montréal, au sein de son alma mater de surcroît.

Ancienne étudiante de McGill, Mme Fortier a passé les sept dernières années comme présidente du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie (CRSNG). Avant cela, elle avait été de loin la favorite dans la course au rectorat de l’Université de Montréal en 2005, finalement remportée par Luc Vinet. Très critiquée par les professeurs et les étudiants, cette préférence pour M. Vinet, alors que la candidature de Mme Fortier semblait plus largement plébiscitée, avait été perçue par plusieurs comme une manoeuvre déloyale du rectorat. Est-ce aujourd’hui une douce revanche que de devenir rectrice d’une université concurrente ?


« Quand on entre dans une course comme celle-là, il faut toujours être prêt à gagner ou perdre », a-t-elle dit, faisant allusion à cette occasion manquée à l’UdeM. N’empêche, elle admet avoir ressenti une certaine incompréhension à l’époque. « Mais j’ai rapidement tourné la page. Je suis une personne qui regarde en avant. »


Dans sa carrière, Mme Fortier a notamment occupé les fonctions de cadre en recherche et en administration au département de chimie de l’Université Queen’s, à Kingston. Originaire de Saint-Timothée, devenu Salaberry-de-Valleyfield, c’est à Montréal vers la fin des années soixante, qu’elle obtient un baccalauréat en… cristallographie. Pardon ? Elle rigole au bout du fil. « Oui, c’est bizarre. Je crois que je suis la première et la seule à avoir étudié dans ça », note-t-elle, avant d’entreprendre de résumer sa formation en deux phrases. « Ça étudie l’architecture de la matière. Ce qui est fantastique, c’est que la matière, comme beaucoup d’objets, suit le principe de la forme et de sa fonction. C’est la même chose avec les molécules. Notre meilleur exemple, c’est l’ADN. »

 

L’atout francophone


Succédant à Heather Munroe-Blum, Mme Fortier poursuit la tradition féminine du rectorat de McGill. Mais pour la première fois, c’est une francophone qui mènera le bal. Sur un Québec encore empreint de tensions linguistiques, est-ce un atout ? « Je pense que c’est important, non pas nécessairement le fait que je sois francophone, mais qu’on ait une personne avec une ouverture à plusieurs cultures, pas seulement aux deux cultures qui, principalement, fondent le Canada, mais à l’échelle mondiale aussi », a-t-elle indiqué.


Elle ne nie pas qu’il existe des tensions et que certains Québécois francophones déplorent notamment que McGill forme avec les ressources d’ici nombre d’étudiants qui iront travailler ailleurs. « Je pense qu’il y a une partie des Québécois, peut-être dans la population francophone, qui n’a pas jusqu’à maintenant vu McGill comme étant une université à eux. J’espère qu’on va avoir cette ouverture. »


Le monde a changé, les frontières sont tombées… Il faudra repenser le rôle et la mission de l’Université dans ce contexte, a-t-elle assuré. Évitant de se prononcer très précisément sur les combats qu’elle entend mener, Suzanne Fortier laisse entendre que pour bien « équiper » les générations futures, des ressources seront nécessaires. « On commencera par définir nos objectifs et après, on verra les coûts que ça va nécessiter et quelles sont nos priorités. On ne peut pas se payer tout. Ça va être un beau défi et un beau travail à faire avec la communauté. »


L’indexation imposée par le gouvernement péquiste est-elle un pas dans la bonne direction ? « C’est là un geste symbolique », s’est-elle contentée de dire. Suzanne Fortier entrera en fonction en septembre après le court intérim qui suivra le départ de Heather Munroe-Blum, fin juin.


 
10 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 6 mars 2013 08 h 07

    Nomination stratégique

    On n'a qu'à relever tous les politiciens d'influence qui sont passés par McGill pour tout simplement mentionner que Mme Fortier pourra bénéficier d'oreilles attentives. Déjà que McGill profite de considérations budgétaires qui excèdent largement son poids relatif linguistique, ce n'est pas la nomination d'une francophone qui va changer la donne, bien au contraire. Faites confiance à l'intelligence des gens, madame.
    Robert Beauchamp

    • Bernard Gervais - Inscrit 6 mars 2013 10 h 25

      Entièrement avec vous !

    • Bernard Gervais - Inscrit 6 mars 2013 10 h 55

      Entièrement d'accord avec vous !

  • Jean Lapointe - Abonné 6 mars 2013 09 h 49

    C'est quoi une «francophone»?

    Est-ce qu' une francophone ce n'est pas une personne qui a la capacité de parler en français?

    Madame Munroe-Blum était aussi une francophone. On l'a vue très bien s'exprimer en français lors du sommet sur l'enseignement supérieur.

    Ce qui veut dire que probablement ce qu'on veut dire quand on dit de madame Fortier qu' elle est francophone c'est qu' elle serait issue d'une famille dont la langue était le français ou encore d'une famille dont on disait autrefois qu'elle était canadienne-française.

    Mais, quand on regarde son parcours, on a l'impression ( en tout cas j'ai l'imression) qu' elle fait partie de ces Canadiens-français qui sont se sont laissés assimiler par les anglophones même s' ils sont toujours capables de s'exprimer en français.

    Elle se considère sans doute comme une Canadienne bilingue c'est-à-dire une Canadienne anglophone qui a des origines françaises.

    Ce sera à elle de nous le dire. Je suis peut-ête dans l'erreur.

    Mais si j'ai raison, je ne vois pas en quoi nous aurions à nous féliciter du fait que ce soit une «francophone» qui va remplacer madame Blum.


    Sans doute s' exprime-t-elle mieux en français que madame Munroe-Blum mais elle vit très probablament beaucoup plus en anglais qu' en français et qu'elle pense beaucoup plus en anglais qu'en français.

    J'irais même jusqu'à dire que le français est devenu très probablement une langue seconde pour elle.

    Pour moi ce n'est pas là un modèle à suivre. Quand on naît Québécois de langue française, il m'apparaît préférable de faire sa vie comme Québécois de langue française plutôt que de laisser assimiler par des Canadians de langue anglaise.

    Ce qui ne veut pas dire qu'il faille empêcher les gens de faire autrement , mais, si on veut que notre peuple survive et s'épanouisse il faut que des gens comme madame Fortier restent des exceptions et non pas des exemples à suivre.

    • Francois Gougeon - Inscrit 6 mars 2013 10 h 46

      Suivant votre logique les immigrants qui font des études au Québec et parlent le français cessent d'être des Haïtiens, Méxicains, Italiens, Portugais, etc.
      On devrait être fier du parcours académique examplaire de Mme Fortier, mais vous préférez lui cracher dessus pour avoir osé faire ses études en anglais.
      En passant, Mme Fortier était prête à devenir rectrice de l'Université de Montréal mais ils ont préféré en choisir un autre à la dernière minute. Auriez-vous remis en question sa "québécitude" si elle avait été rectrice de la plus grande université francophone en Amérique du Nord? Probablement pas

    • Thomas Dean Nordlum - Inscrit 6 mars 2013 11 h 29

      M Gougeon.

      Oui, je dirais que les immigrants cessent (à un certain degré) d'être Haïtiens, Mexicains, Italiens, Portugais, etc. Bien sûr personne ne le dira... ce n'est pas à la mode de venir ici. C'est comme les anglophones qui se disent Italiens.

      Je trouve que le pouvoir d'attrait de l'anglais, ainsi que la culture de masse anglophone et l'influence anglo-saxonne généralisée à tout niveau favorisent BEAUCOUP l'assimilation à l'anglais (et tout ce qui s'ensuit : la syntaxe, la manière de voir le monde, la dialectique, bref les subtilités qui nous distinguent et qui contribuent à la VRAIE diversité). Je travaille avec des gens de même. Ils sont, en fin de compte les anglophones capables de parler français avec plein d'anglicismes.

    • Michel Richard - Inscrit 6 mars 2013 14 h 01

      Ce que je comprend en lisant votre texte, M Lapointe, c'est qu'il y a des bons Québecois et des pas-bons Québecois.
      Et Mme Fortier serait une pas-bonne Québecoise parce qu'elle s'est joint à une institution profondément enracinée au Québec, mais qui a un héritage anglophone.
      C'est désolant de penser qu'il peut y avoir des gens qui pensent comme vous.

    • J-F Garneau - Abonné 6 mars 2013 15 h 15

      C'est quoi effectivement un "francophone" monsieur Lapointe?

      C'est quoi un québécois?

      Pourquoi, selon vous, y a-t-il (en tout cas j'ai l'impression) des "vrais" ou des "purs", et les autres?

      Pourquoi, vous imaginez comment Mme Fortier "se considère"? De quel droit et basé sur quelle conniassance écrivez-vous, le plus sérieusement du monde "elle vit très probablament beaucoup plus en anglais qu' en français et qu'elle pense beaucoup plus en anglais qu'en français."

      Cette tendance détestable de "classer" les québécois en "vrais" "faux" et "traitres" est sûrement le plus grand frein au mouvement souverainiste, et la plus grande preuve d'étroitesse d'esprit qui soit.

      Et si Mme Fortier avait fait carrière dans diverses fonctions académiques en France, est-ce que vous auriez des propos aussi passifs-aggressifs à son égard? Faire l'équation de quelqu'un qui choisi de faire carrière ailleurs qu'au Québec à se "laisser assimiler par les canadiens de langue anglaise" est franchement réducteur et de mauvaise foi.

      Vous dites aussi " il faut que des gens comme madame Fortier restent des exceptions et non pas des exemples à suivre"

      On croirait (en tout cas j'ai l'impression) que vous pronez un espèce d'eugénisme québécois, à la recherche du "québécois parfait" et visant à contrer la "détérioration nationale".
      C'est pas mon Québec ça, en tout cas.

  • Denis Therrien - Inscrit 6 mars 2013 10 h 41

    Félicitations

    Félicitations à madame Fortier. J'ai aussi parcouru rapidement sur le site de McGill, le processus de nomination de la rectrice et en théorie cela me semble bon.

    Une scientifique ? C'est très bien mais son leadership en administration semble avoir été fait dans un milieu entre scientifiques pour le moment.

    Elle pourrait être bonne mais je crois qu'elle aura besoin d'aide et de soutien et qu'elle devra avoir un leadership de partage du pouvoir et d'ouverture. Ne pas se voir comme une grande boss mais quelqu'un ayant la responsabilité et la fonction de guider le navire et avec la compétence et l'avis de toute la communauté universitaire. Attention aux confrontations idéologiques et politiques si elles deviennent destructrices. Elle devra être bien épaulée pour être rassembleuse.

    Déjà, j'ai lu l'entrevue qu'elle a accordée au journal étudiant francophone de McGill et ils utilisent énormément les points de suspension. Un signe, à mon avis, que cela ne se fera pas si facilement et qu'il va falloir du temps pour que tous ces gens s'apprivoisent.

    L'entretien du journal avec la rectrice :

    http://www.delitfrancais.com/2013/03/05/entretien-

  • Jean Martinez - Inscrit 6 mars 2013 19 h 27

    L'"ouverture" de McGill

    Ainsi, McGill choisit pour la première fois une francophone comme rectrice. Et ça fait combien d'années que cette université existe?