Éducation - La confusion règne autour de l’anglais intensif

La Fédération des syndicats de l’enseignement s’inquiète de l’arrivée possible d’un nouvel « objectif » pédagogique au secondaire, celui de viser à ce que les finissants s’expriment en anglais « avec aisance, spontanéité et assurance ».
Photo: - Le Devoir La Fédération des syndicats de l’enseignement s’inquiète de l’arrivée possible d’un nouvel « objectif » pédagogique au secondaire, celui de viser à ce que les finissants s’expriment en anglais « avec aisance, spontanéité et assurance ».

Après « l’improvisation » du gouvernement libéral autour de l’anglais intensif en 6e année, les enseignants déplorent la « confusion » qu’entretient maintenant le gouvernement Marois en n’énonçant pas clairement ses intentions, ce qui donne lieu au développement inégal de l’offre de cours à travers le Québec.

La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ) s’inquiète en outre de l’arrivée possible d’un nouvel « objectif » pédagogique au secondaire, celui de viser à ce que les finissants s’expriment en anglais « avec aisance, spontanéité et assurance », selon des orientations qui auraient été présentées ces dernières semaines à quelques groupes, en mode consultation.


« En l’absence de règles claires, c’est la confusion », a expliqué vendredi la présidente de la FSE, Manon Bernard. « On est partis de l’improvisation pour subir maintenant la confusion. Ce n’est pas mieux ! »


Entre autres orientations auxquelles le gouvernement Marois songerait, on pense à l’abolition de l’horizon de 2015-2016 fixé par les libéraux pour l’étendue de l’anglais intensif en sixième année dans toutes les écoles. Prônant même une certaine « liberté », le gouvernement pourrait demander aux milieux scolaires de fixer eux-mêmes des cibles à atteindre d’ici 2014-2015.


Au cabinet de la ministre de l’Éducation Marie Malavoy, impossible d’en savoir plus sur ce qui devrait être annoncé au cours des prochains jours sur le sujet. « Mais on ne s’en va pas du tout vers le transfert de l’anglais intensif du primaire au secondaire », a expliqué Mathieu Le Blanc, attaché de presse de la ministre Malavoy.

 

Une série de questions


Les orientations bientôt annoncées devraient en partie répondre à une série de questions soulevées par l’implantation, en 2011, de l’anglais intensif en sixième année. La critique vive du « mur-à-mur », qu’a toujours formulée d’ailleurs le Parti québécois, s’accompagnait de craintes liées aux effets de la mesure sur les élèves en difficulté, les immigrants, ou encore sur les autres matières de base. Mais après avoir laissé entendre à l’automne qu’elle ralentirait, voire stopperait la machine, la ministre de l’Éducation n’a plus rien soufflé sur le sujet.


« La ministre [de l’Éducation Marie Malavoy] a promis un frein, on lui a demandé plusieurs fois de stopper le temps de faire une analyse sensée, mais nous attendons toujours son annonce », précise Manon Bernard, qui déplore le fait qu’en l’absence de consignes claires, la confusion règne.

 

Géométrie variable


Certaines commissions scolaires, comme dans la région de Québec, ont poursuivi selon l’axe décrété par les libéraux et multiplié la création de volets anglais intensif, qui commandent cinq mois d’enseignement exclusif de l’anglais, sans les autres matières ; dans d’autres régions, comme à Montréal, les réticences du milieu conjuguées à un changement de gouvernement ont créé un effet de ralentissement.


Dans les 52 commissions scolaires du territoire québécois où se déploient ses syndicats membres, la FSE a recensé en 2012-2013 la création de 155 nouveaux groupes d’anglais intensif.


Cette géométrie variable exaspère la FSE qui, réunie en conseil fédéral extraordinaire la semaine dernière, a résolu de demander « de freiner immédiatement l’implantation de l’anglais intensif en 6e année ainsi que tout projet de développement de l’anglais tant et aussi longtemps que le ministère n’aura pas procédé à une analyse rigoureuse » de la question.


« L’anglais intensif existe comme projet particulier depuis longtemps, et du plus loin qu’on puisse reculer, la FSE n’est pas contre le fait d’apprendre une autre langue », explique Manon Bernard. Les réticences sont principalement liées au fait que cette idée a été imposée sans qu’on puisse en mesurer les effets sur différents types d’élèves.


Notons que le Conseil supérieur de l’éducation a convenu, en octobre dernier, de se pencher sur cette question délicate, autour de laquelle les avis neutres ne sont pas légion. Il prépare en ce moment un avis sur l’enseignement de l’anglais, langue seconde, au primaire.

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