Les cégeps sont surpris de leurs gains

La révision de l’offre de formation au collégial sera au cœur du chantier, pour s’assurer que toutes les régions puissent dispenser à la fois des formations plus universelles, mais qu’elles développent leurs propres créneaux de formation selon leurs besoins.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La révision de l’offre de formation au collégial sera au cœur du chantier, pour s’assurer que toutes les régions puissent dispenser à la fois des formations plus universelles, mais qu’elles développent leurs propres créneaux de formation selon leurs besoins.

Ils n’étaient pas au coeur des rencontres pré-Sommet sur l’enseignement supérieur et rien ne laissait présager qu’ils allaient finalement ressortir gagnants à cette grand-messe qui s’est tenue en début de semaine. Sans tout rafler, les cégeps repartent avec un chantier de travail, où seront discutées des questions cruciales pour le réseau, notamment l’offre de formation au collégial. «C’est la course du marathonien qui part en arrière du peloton!», illustre le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne. Il se réjouit de la «profession de foi» envers les cégeps qu’a livrée la première ministre Pauline Marois et identifie sept mesures qui donneront un bon coup de main au réseau.

La Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), qui représente la majorité des profs de cégep, s’est aussi dite «surprise» de l’ampleur des propositions qui concernaient les cégeps. «Il y a eu beaucoup de choses intéressantes pour nous», a noté Caroline Senneville, présidente de la FNEEQ-CSN.


Au coeur de ce chantier, la révision de l’offre de formation au collégial, pour s’assurer que toutes les régions puissent dispenser à la fois des formations plus universelles, comme les sciences infirmières, mais qu’elles développent leurs propres créneaux de formation selon leurs besoins. C’est l’idée que les régions ne se cannibalisent pas entre elles, a expliqué M. Beauchesne, en rappelant que le mécontentement qu’a suscité l’ouverture, au Collège André-Grasset, d’un programme très similaire à celui d’Art et technologie des médias (ATM), à Jonquière.


Sur ce point, Mme Senneville se dit préoccupée et appelle à garder l’équilibre entre les créneaux régionaux et la formation plus générale. «Ce n’est pas parce que je suis en Abitibi que je veux travailler dans une mine, a-t-elle averti. Il ne faudrait pas qu’un diplômé de Saint-Félicien ne puisse pas travailler dans le Bas-Saint-Laurent.»


Le soutien des cégeps en région sera aussi discuté dans le cadre du chantier, présidé par Guy Demers, ancien directeur de cégep, qui a également travaillé au ministère de l’Éducation. L’idée est d’attirer un nombre croissant d’étudiants, que ce soit par des bourses ou un plus grand recrutement d’étudiants étrangers.


Également parmi ces mesures, la réouverture du régime collégial, qui pourrait à terme allonger certaines techniques pour les rendre plus complètes et conformes au marché de l’emploi. «C’est majeur, ça fait 6-7 ans qu’on demande de dépoussiérer ça», a dit M. Beauchesne.


Il se réjouit des sommes promises pour la reconnaissance des acquis, soit mieux évaluer les dossiers des professionnels qui retournent sur les bancs d’école et possiblement les exempter de certains cours. La Fédération est heureuse qu’on s’attaque aussi à la formation continue, pour les étudiants à temps partiel dont l’administration des enveloppes est écartelée entre plusieurs instances.


Les cégeps ont reçu la promesse d’investissement de cinq millions pour le soutien des étudiants ayant des besoins particuliers. «Leur présence s’est décuplée ces dernières années», confirme Mme Senneville.


Des budgets sont également prévus pour un meilleur arrimage de la formation au collégial et à l’université, qui peuvent parfois se dédoubler. «Actuellement, surtout en sciences humaines, il y a des cours qui ont été faits au cégep qui se refont à l’université», a expliqué M. Beauchesne. Enfin, la reconnaissance de la recherche au collégial est la cerise sur le gâteau pour les cégeps.


«Il faut mesurer l’arbre à ses fruits», a toutefois indiqué M. Beauchesne, même s’il a une grande confiance dans les promesses faites. Les enseignants insisteront pour être de la partie, assure Mme Senneville, mais ils ne croient pas non plus que le chantier sera «cosmétique».