Formation des adultes - Le travail fait par les commissions scolaires devrait être reconnu

Réginald Harvey Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Formation continue – Mars 2013

La Fédération autonome de l’enseignement (FAE) estime que les réseaux en formation professionnelle et des adultes des commissions scolaires rendent de fiers services. Du côté des adultes, la clientèle jeune n’a cessé de croître au cours des dernières années : des mesures de redressement s’imposent pour enrayer ce phénomène qui entraîne son lot de problèmes.


«On a au Québec deux réseaux de bonne qualité où on obtient des formations et des qualifications qui sont reconnues. Ils sont très bien établis, mais malheureusement, en ce qui concerne le volet professionnel, le réseau demeure mal connu et il est perçu comme la voie de garage des écoles secondaires », constate Sylvain Mallette, vice-président de la FAE.


Il reconnaît que les enseignants du professionnel sont compétents, que les gens formés affichent un taux d’employabilité élevé et que la vitalité de l’économie est bien servie par leur présence sur le marché du travail.


Il relève toutefois une lacune dans ce secteur : « Comment cette formation peut-elle relever le défi de forger et conserver sa propre identité ? Elle doit tenir compte des besoins du marché du travail, mais elle ne doit pas devenir son simple reflet. De là découle toute la question de la présence des entreprises qui vont jusqu’à mettre sur pied leurs propres programmes. Il y a à cet égard un risque de glissement. »


Il cite en exemple les métiers de l’aéronautique. « Il se crée des alliances nécessaires avec les entreprises, mais les centres de formation professionnelle doivent garder une certaine capacité à adapter les programmes. Sinon, on risque de constater à un moment ou l’autre que la formation devient très spécialisée dans des domaines de pointe. Le centre peut alors se retrouver avec un programme qui ne correspond plus à la réalité si les besoins en main-d’oeuvre dans l’entreprise diminuent. »

 

De plus en plus de jeunes


Il se tourne du côté des adultes : « Un des défis sur ce plan, c’est que cette formation doit se doter d’une identité plutôt que de la conserver. Avec le rajeunissement de la population des élèves qui fréquentent maintenant l’éducation des adultes, on a vraiment à se questionner au Québec. De quoi parle-t-on au juste quand il est question de celle-ci ? On constate qu’il y a de plus en plus de jeunes âgés de 16 ans qui forment cette clientèle et qui retournent sur les bancs de l’école pour aller chercher le diplôme d’études secondaires qu’ils n’ont pu obtenir au secteur régulier. »


Sylvain Mallette pose ce diagnostic au sujet du problème des jeunes : « C’est tout le débat de la réforme qui refait surface. Il faut se rappeler qu’elle a été mise en place pour soi-disant lutter contre le décrochage scolaire, tout particulièrement chez les garçons. On observe maintenant qu’à la fin de la deuxième année du secondaire, on procède au bilan de fin de cycle afin de déterminer si l’élève va poursuivre son cours secondaire ou si on va le diriger vers des métiers semi-spécialisés », explique-t-il.


Il explique la procédure suivie : « Ces métiers ont toujours existé et ils étaient autrefois destinés à des élèves souffrant d’un léger retard intellectuel qui pouvaient ainsi acquérir des qualifications pour occuper un emploi et participer à la vie collective. À l’heure actuelle, on constate que certains élèves du secondaire ont de nombreux retards d’apprentissage, notamment parce que le redoublement a été interdit pendant un certain nombre d’années et à cause du fonctionnement par cycles. Ils ne seront pas en mesure d’aller chercher leur diplôme et on leur indique la voie des métiers semi-spécialisés comme ceux d’aide-palefrenier, de commis d’épicerie, d’aide-pompiste, etc. »


La suite des choses se résume de la sorte, selon M. Mallette. « Ces jeunes se rendent compte que ce sont des voies de garage qui ne correspondent pas à leurs aspirations. Ils abandonnent l’apprentissage de ces métiers-là et se dirigent vers l’éducation des adultes pour aller chercher leur diplôme du secondaire. » Il y a un questionnement qui découle d’un tel processus : « Autant la formation professionnelle a été capable d’identifier les populations d’individus auxquelles elle veut répondre, autant, à l’éducation des adultes, au Québec, on doit se demander à qui elle s’adresse. Normalement, c’est l’école secondaire qui aurait dû répondre aux besoins de ces enfants-là. »

 

Métiers spécialisés


Pour étoffer ses propos, il donne cet exemple : « Juste à la Commission scolaire de Montréal, on est passé en une année d’une vingtaine de groupes dans les métiers semi-spécialisés à plus d’une quarantaine. »


Le vice-président de la FAE revient sur la réforme dont il tire la conclusion de son analyse : « Elle avait pour principe qu’on ne doit pas mettre un élève devant un échec mais qu’on doit plutôt travailler sur son estime de soi. En fonction de cette approche, on a fait passer certains d’entre eux d’un niveau à l’autre sans leur fournir les ressources et les mesures d’appui nécessaires malgré leurs retards d’apprentissage. On a beau faire passer ces enfants d’une année à l’autre, à un moment donné, ils se retrouvent devant un mur. Il faut remettre en question la réforme parce que c’est elle qui nous conduit aujourd’hui à constater qu’il y a une explosion du nombre d’élèves qui fréquentent ces formations-là alors qu’on n’est pas en explosion démographique. On est soit en stagnation ou en baisse d’élèves et on voit ces groupes-là imploser. En même temps, il y a un rajeunissement de la population des jeunes à l’éducation des adultes qui, dans certains centres, se situe à 60 %. »


 

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