Bien plus qu’un simple retour en classe

Normand Thériault Collaboration spéciale
Que ce soit dans le monde des affaires, celui des technologies ou celui de la construction, la formation continue est appelée à connaître un essor considérable.
Photo: UQAM Que ce soit dans le monde des affaires, celui des technologies ou celui de la construction, la formation continue est appelée à connaître un essor considérable.

Ce texte fait partie du cahier spécial Formation continue – Mars 2013

La formation continue. Voilà un secteur bien spécifique qui a des antennes dans tous les secteurs de l’éducation. Seuls la maternelle et le primaire, à ce jour, à tout le moins, semblent en être exclus. Car pour le reste, du secondaire aux études supérieures, des commissions scolaires à l’université, dans le secteur public comme dans le secteur privé, tous et toutes semblent faire leur une formule qui inscrit son enseignement à l’extérieur des cursus habituels en éducation. Et encore là…


Qui aborde le monde collégial et fait le tour des program-mes offerts est rapidement surpris par l’ampleur de l’offre : un cégep de bonne taille à Montréal proposera ainsi plus de 150 orientations diverses, chacune assortie de sa grille de cours bien distincte.


Une surprise attend aussi qui se tourne vers le secteur de la formation continue : là encore, les programmes sont abondants, et même mouvants. Pour preuve, allons voir ce qui se passe à l’École de technologie supérieure : « Nous sommes le plus gros fournisseur au Québec, tant par le nombre de formations offertes que d’étudiants, déclare Richard Chénier, directeur du service de perfectionnement. Nous proposons 150 formations différentes. Nous donnons cette année plus de 350 prestations différentes à plus de 5000 participants. » Et là ne s’arrête pas l’offre, car le directeur poursuit : « Lors-qu’une entreprise a au moins six ou sept personnes à former, il est souvent plus rentable pour elle que nous nous rendions sur place. En plus, sur place, on a l’avantage de pouvoir ajuster la formation aux besoins de l’entreprise. » Et le directeur de rappeler que de tels cours, dits de perfectionnement, ne mènent pas à l’obtention d’un diplôme et ne sont pas « récompensés » non plus sous forme de crédits universitaires.


Car ici, la formation continue, c’est précisément cela : des cours donnés pour assurer une mise à jour des connaissances ou pour outiller le professionnel et le travailleur en vue de l’exécution des nouveaux programmes adoptés par une entreprise ou imposés par une réorientation des modes de production.

 

Former ou éduquer?


Ailleurs, les mêmes mots recouvrent une autre réalité. Sylvain Mallette, de la Fédération autonome de l’enseignement, décrit ainsi une situation inédite qui prévaut aujourd’hui dans le monde des cours offerts par les commissions scolaires, entraînant une redéfinition bien nécessaire des activités qui s’y déroulent : « Cette formation doit se doter d’une identité plutôt que de la conserver. Avec le rajeunissement de la population des élèves qui fréquentent maintenant l’éducation des adultes, on a vraiment à se questionner au Québec. De quoi parle-t-on au juste quand il est question de celle-ci ? On constate qu’il y a de plus en plus de jeunes âgés de 16 ans qui forment cette clientèle et qui retournent sur les bancs de l’école pour aller chercher le diplôme d’études secondaires qu’ils n’ont pu obtenir au secteur régulier. »


Par ces propos, on découvre non seulement que qui dit formation continue dit éducation aux adultes, mais aussi que l’« éducation aux adultes », c’est aussi une façon de poursuivre ses études que pourra saisir quiconque, dès le niveau secondaire, a « décroché ».


Formation dans le monde de travail, formation professionnelle, éducation pour les jeunes et les moins jeunes. C’est beaucoup. Pourtant, comme si ça ne suffisait pas, voilà que ce secteur cherche à se doter de moyens pour en faire plus.


On sait déjà que l’Université Laval, avec son université du troisième âge, et l’Université de Montréal, avec ses Belles Heures, connaissent de beaux jours. Mais là aussi, on veut aller plus loin. À ce propos, écoutons Paul Bélanger, directeur du Centre interdisciplinaire de recherche et développement sur l’éducation permanente, revenant sur la politique gouvernementale actuelle : « Cettepolitique gouvernementale ne tient pas compte de la demande en éducation de la population âgée de 65 ans et plus. Cette tranche d’âge de la population continue à vivre. Ces gens-là sont encore des Homo sapiens sapiens. Ce sont des gens qui sont encore intelligents. Il n’y a pas que le rapport au travail qui compte ! Alors pourquoi faudrait-il que tout investissement en matière d’éducation soit lié seulement à l’époque de sa vie que consacre un individu au travail ? »


Et vlan ! Non, il n’est pas vrai que tout le réseau scolaire, au premier chef l’université et le cégep, mais aussi à l’occasion le secondaire, doit concevoir la formation continue uniquement de façon à répondre aux besoins de marché.

 

Et demain?


On le sait, les technologies ont aussi changé nos façons de faire. Les responsables de la télé-université de l’UQ, la TELUQ, ne faisaient-ils pas dans nos pages en début de semaine la promotion d’une autre université, qui permet à l’étudiant de poursuivre sa formation où et quand il le veut (ou le peut), sans détour même par une salle de classe ? L’offre s’adresse déjà aux futurs acquéreurs de diplôme universitaire de premier et de deuxième cycle.


Cela dit, par d’autres formules, le réseau scolaire innove encore. Ainsi, le cégep de Jonquière s’est associé au cégep Édouard-Montpetit, à celui de Victoriaville ainsi qu’avec le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick pour fonder un OSBL. À quelle fin ? Pour percer à l’international. Résultat, l’un des enseignants de cet établissement est déjà en Nouvelle-Calédonie, où il forme les futurs travailleurs de la minière Koniambo Nickel, filiale de la canadienne Xstrata. Et dire que ce cégep est aussi actif dans sa région : chez ArcelorMittal, Rio Tinto Alcan ou chez les Produits forestiers Résolu.


Formation continue toujours. Mais comment redéfinira-t-on et, surtout, comment renouvellera-t-on un secteur décidément appelé à connaître un essor considérable ?

À voir en vidéo