Fin du Sommet sur l’enseignement supérieur - Vers le printemps des réformes

«Il n’y a pas de perdants ici aujourd’hui», a commenté la première ministre Pauline Marois en clôture du Sommet sur l'enseignement supérieur
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir «Il n’y a pas de perdants ici aujourd’hui», a commenté la première ministre Pauline Marois en clôture du Sommet sur l'enseignement supérieur

Sortie de crise sur fond de mésentente. Malgré la colère des étudiants, Québec maintient son indexation de 3 %, mais crée tout de même un sentiment de satisfaction en reportant dans cinq chantiers de travail des réformes majeures.

« La crise sociale est derrière nous », s’est félicitée la première ministre Pauline Marois dans son discours de la clôture du Sommet sur l’enseignement supérieur qui se tenait lundi et mardi à Montréal. « Il n’y a pas de perdants ici aujourd’hui », a-t-elle ajouté.


Le recteur de l’Université de Montréal, Guy Breton, a salué le « courage politique » de Pauline Marois sur la question des droits de scolarité. « J’espère qu’on a tourné la page d’un point de vue social », a-t-il avancé. Soulignant l’écart avec les universités canadiennes qui est toujours à rattraper, M. Breton a qualifié d’« anémique » le système d’éducation, pointant, à l’instar de plusieurs de ses collègues recteurs, sa fragilité. « Si on ne rehausse pas le financement, il y aura des programmes en péril, et cette fois, ce sera peut-être en médecine », a-t-il menacé.


Quant aux étudiants, ils se sont dits « extrêmement déçus » de l’indexation imposée, mais reconnaissent certaines avancées. « On est déçus de voir qu’on est allé de l’avant malgré l’absence de consensus », a dit pour sa part la présidente la Fédération étudiante universitaire, Martine Desjardins. Sa poignée de main à la première ministre a d’ailleurs été glaciale au terme du Sommet. N’empêche, les étudiants ne partent pas les mains vides, a-t-elle concédé.


La décision a été trop rapide, a souligné pour sa part Éliane Laberge, présidente de la Fédération étudiante collégiale, qui aurait voulu que la décision puisse être reportée à plus tard. Les syndicats ont abondé en ce sens, eux qui ont aussi publiquement exigé un sursis d’un an.


Mais Pauline Marois n’était pas du même avis. Elle a rappelé qu’en l’absence d’un consensus, le gouvernement a le devoir de trancher. « La responsabilité d’un gouvernement est de décider. Et j’ai décidé », a-t-elle soutenu lors d’un point de presse, reconnaissant qu’un « fossé existe » sur la question des droits de scolarité.


Consolation pour les étudiants, les frais institutionnels obligatoires, aussi appelés frais afférents, seront dans les listes des sujets à discuter dans le chantier sur le financement. La première ministre a fait ce compromis, à la demande notamment des étudiants et des syndicats. « Ce sera débattu », a-t-elle promis, rappelant que pour l’instant, « ce principe a été adopté ».


En avant-midi mardi, au cours de la deuxième journée du Sommet, Martine Desjardins avait vivement insisté sur le fardeau que représentaient ces frais, mis de l’avant en 1994, mais réglementés par la suite. « Ça a permis une multitude de dérives tarifaires », a déclaré Mme Desjardins. Selon elle, « cette aberration » a permis de « contourner » le gel des droits de scolarité.

 

Des promesses de changement


À l’issue de ce Sommet, le gouvernement a détaillé les objectifs des différents chantiers de travail présidés par des experts de haut calibre. À la décision sur l’indexation ainsi qu’à trois décisions portant sur la gouvernance, soit la création d’un conseil des universités, d’une loi-cadre et d’une révision de la reddition de comptes des universités, s’ajoute un chantier de travail avec les associations étudiantes pour augmenter l’aide financière aux études de 25 millions par année. Le gouvernement a d’ailleurs mis sur la table la possibilité de remplacer le crédit d’impôt non remboursable actuel par un crédit d’impôt de 8 % et de bonifier le seuil de la contribution parentale pour atteindre 45 000 $ en 2015-2016, ce qui permettra notamment de verser 263 millions de plus en bourses en six ans. L’embauche de 1000 professeurs est également prévue.


La modulation des droits de scolarité a été proposée, mais sera retirée des discussions des chantiers, faute de consensus, a expliqué le gouvernement. Comme annoncé, la contribution des entreprises privées n’a pas fait l’objet de grands débats, et le droit de grève n’a pas non plus été débattu.


Pour le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, le gouvernement Marois s’est contenté de faire plaisir aux associations étudiantes. « On a une sortie de crise à court terme, mais aucune vision à long terme. » « C’est un bricolage », a-t-il ajouté. « On a une indexation qui ne règle rien, cinq comités, et surtout, des coupes de 250 millions qui vont être très dommageables. »


Le chef intérimaire libéral, Jean-Marc Fournier, n’a pas livré de réactions au terme du Sommet. En revanche, avant la plénière de mardi matin, il a martelé qu’avec l’indexation de 3 %, la part des étudiants dans le réinvestissement de 1,7 milliard au cours des sept prochaines années ne s’élèverait qu’à 187 millions. « C’est un Sommet de pelletage. C’est le pelletage de la facture dans la poche du payeur de taxes, c’est le pelletage en avant sur plein de sujets. »


Devant l’indexation, les étudiants sont les grands perdants et nous aussi, a dit la députée de Québec solidaire, Françoise David. Mais elle reconnaît que plusieurs demandes des étudiants, comme une meilleure gouvernance des universités, ont été considérées. « Ne serait-ce que ça, c’est quand même intéressant », a-t-elle admis. Lors de la dernière grande discussion en plénière, Mme David a demandé à ce qu’on cesse de qualifier de « psychodrame » la mobilisation étudiante du printemps dernier, en faisant allusion à l’expression de Pauline Marois. « Nous ne serions pas ici en train de discuter d’enseignement supérieur s’il n’y avait pas eu cet extraordinaire soulèvement de notre jeunesse québécoise », a-t-elle lancé, sous quelques applaudissements. La première ministre a saisi la balle au bond dans son discours de clôture, saluant la contribution de la jeunesse au débat.

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