L’appel de l’ASSE à manifester a été entendu

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	La marche a été pacifique au début, mais le ton a changé lorsque les policiers ont chargé la foule après avoir reçu des projectiles.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
La marche a été pacifique au début, mais le ton a changé lorsque les policiers ont chargé la foule après avoir reçu des projectiles.

La manifestation organisée par l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) a réuni plusieurs milliers de personnes, mardi après-midi, au centre-ville de Montréal. Si elle a débuté dans le calme, elle s’est terminée dans le désordre, car les policiers ont chargé la foule après avoir reçu des projectiles.

À 14 h, le square Victoria, dans le quartier d’affaires de Montréal, était noir de monde. Le porte-parole de l’ASSE, Jérémie Bédard-Wien, s’est dit satisfait de la mobilisation. « Il y a véritablement une mobilisation qui reprend alors qu’elle s’était essoufflée depuis la fin du printemps érable. […] Plus que jamais, la population est derrière nous », estime M. Bédard-Wien. « Je pense que dans les prochains mois, il y aura une mobilisation accrue dans les campus », prédit-il.


Difficile de savoir avec précision combien de manifestants étaient présents dans le cortège. L’ASSE a avancé le chiffre de 10 000 personnes. Au départ de la manifestation, le cortège s’étendait sur environ 400 mètres, du square Victoria jusqu’à l’intersection entre la côte du Beaver Hall et le boulevard René-Lévesque Ouest. La marche a été pacifique, les manifestants scandant des slogans pour la gratuité scolaire et critiquant le Sommet sur l’enseignement supérieur. « On est venus manifester, parce que le Sommet, la forme que ça prend, ça ne représente pas nos idéaux », explique Stéphanie Audet, qui est arrivée de Québec en autobus pour manifester. « Honnêtement, je m’attendais à ce qu’il y ait moins de monde », reconnaît-elle.


La manifestation a été rapidement déclarée illégale, car l’ASSE n’avait pas fourni d’itinéraire au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). L’ambiance était festive et bon enfant, mais la manifestation a dégénéré lorsque le cortège est arrivé à l’intersection des rues Cherrier et Berri. Quelques projectiles, notamment des boules de neige ou de glace, ont été lancés en direction de la cavalerie du SPVM et des policiers antiémeute.


La tension est montée d’un cran et le SPVM a chargé des manifestants à plusieurs reprises vers 16 h. Dès lors, la foule s’est scindée en deux. Une partie du cortège s’est dirigée vers le square Saint-Louis. Une barrière métallique a été traînée au milieu de la rue par un groupe de manifestants, en guise de barricade. Il s’en est suivi un face à face de plus de 15 minutes entre les policiers qui empêchaient les manifestants d’avoir accès aux rues adjacentes au square Saint-Louis et les centaines de manifestants qui huaient les forces de l’ordre. Plusieurs projectiles ont été lancés en direction du SPVM, qui, en retour, a vigoureusement chargé la foule à quelques reprises et a fait usage d’au moins une bombe assourdissante. Le SPVM a procédé en tout à 12 arrestations : quatre pour des « agressions armées », quatre pour des « attroupements illégaux » et deux pour des « méfaits ». Deux personnes ont été arrêtées avec des « cocktails Molotov » en leur possession, selon le SPVM.


Mais de nombreux manifestants ont accusé le SPVM d’avoir eu une réaction disproportionnée, en chargeant la foule, après avoir seulement reçu des boules de neige. « C’est une réaction complètement folle par rapport à des balles de neige », affirme Frank Lévesque-Nicol, étudiant en sociologie. Un point de vue que partage le porte-parole de l’ASSE. « On est encore sous le choc […], jamais une manifestation de l’ASSE n’a été réprimée de la sorte », explique M. Bédard-Wien. Il estime que les policiers, en intervenant à la suite de délits mineurs, à l’intersection des rues Cherrier et Berri, ont brutalement mis fin à ce qui n’était qu’une manifestation pacifique. S’il n’excuse pas les personnes ayant lancé des projectiles, il accuse toutefois les policiers de vouloir donner une mauvaise image de l’ASSE.


Finalement, ce qui restait du cortège a continué son chemin en empruntant la rue Berri. Mais, il s’en est suivi un autre face à face vers 16 h 45, près de l’intersection des rues Berri et Ontario. La Sûreté du Québec est venue prêter main-forte au SPVM pour diriger la foule, manu militari, vers l’intersection des rues Saint-Denis et Ontario. Quelques projectiles, dont au moins une bouteille en verre, ont été lancés par certains manifestants en direction des policiers. Vers 17 h 30, les manifestants encore présents se sont dirigés vers la rue Saint-Denis. Les quelques centaines de personnes faisant encore partie de la manifestation se sont rendues près de l’Université du Québec à Montréal, où elles ont fini par se disperser, graduellement.

34 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 27 février 2013 00 h 41

    L'ASSÉ, ne vous lassé pas

    Continuer votre combat. Vous vous êtes fait avoir par le PQ. Il vous promettait de discuter de la gratuité pour finir par l'éviter. Mme Marois vous a menti. Vous avez été trahi par M Duchesne. Il faut que je vous dionne raison sur ce point.

    • Marc Bégin - Inscrit 27 février 2013 07 h 11

      Mme Marois a toujours eu une position claire:abolir les hausses pour geler en dollars constants,c'est à dire indexés.Et en prime le PQ a maintenu la bonification des prêts bourses accordés par le précédent gouvernement pour compenser des hausses excessives qui n'existent plus.Nos étudiants qui seront sous peu les payeurs d'impôts retrouveront sous peu la note.Ajouter l'annulation de la facture des frais de scolarité ne ferait que reporter à plus tard ces frais qui restent réels.Il n'y a jamais de gratuité à un service public,la facture ne peut qu'être déplacée dans le temps avec les intérêts.La gratuité est une fiction entretenue par des manipulateurs.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 27 février 2013 08 h 41

      Quand les étudiants seront devenus des travailleurs et des payeurs d'impôts, la différence, c'est que les moyens de payer, ils vont les avoir. Si les étudiants doivent payer cher au moment de faire leurs études, ça a pour effet que plusieurs sont exclus de la possibilité de faire des études faute de moyens de les payer.

      La caricature de l'étudiant avec le manteau à la mode, le Iphone dernier modèle, etc. prend malheureusement le dessus dans un certain imaginaire collectif. Croyez-moi, des étudiants qui peinent à se procurer leur matériel obligatoire pour leurs cours, qui doivent se priver d'un ou deux repas par jour, etc., il y en a. Des étudiants dont les notes sont plus basses que ce qu'elles pourraient être s'ils n'avaient pas à travailler à temps plein en même temps qu'ils font leurs études, il y en a aussi.

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 février 2013 08 h 59

      Même si je suis pour la gratuité, jamais le PQ ne l'a promise ni a interdit qu'on en discute. C'est l'ASSÉ qui a refusé de participer au sommet.

    • Rodrigue Guimont - Inscrit 27 février 2013 09 h 41

      Si les étudiants (l’ASSÉ et QS en tête) pensent refaire le coup du printemps érable ils se trompent, la population ne les suivra tout simplement plus.

      Ils ont eu leur moment de gloire l’année dernière, parce que cette crise était justifiée et justifiable. Mais aujourd’hui, les circonstances ne sont tout simplement plus les mêmes.

    • Guy Drouin - Abonné 27 février 2013 15 h 26

      Bon, bon… encore les gros mots pour décrire une situation complexe et délicate. «Mentir» et «trahir» utilisés pour choquer et provoquer, et aussi mettre de l’huile sur le feu! Jamais ce gouvernement n’a promis le gel et encore moins la gratuité! En pleine campagne électorale le PQ disait à qui voulait bien l’entendre qu’il annulerait la hausse inique des frais imposés par le gouvernement de Jean Charest, par la suite qu’il indexerait les frais! Il a tenu parole! Entre se fixer des objectifs et les réaliser au complet, il y a parfois une distance normale et acceptable que l’on doit parcourir. Tout comme en négociation il faut faire la part des choses entre la situation de départ, nos objectifs et le résultat final. Dans ce qui nous occupe, en matière de frais de scolarité; entre 75% d’augmentation sur 5 ans et même 82% sur 7 ans … et 3% par année en bout de piste, avouons que le résultat est plutôt positif en faveur des étudiants. Quant à la gratuité, elle fut sacrifiée par une approche pragmatique et par l’incapacité de faire des choix politiques différents compte tenu de la situation d’un gouvernement minoritaire.

    • Gabriel Auclair - Inscrit 28 février 2013 08 h 50

      Ce gouvernement a promi que tous serait sur la table pendant le sommet. La gratuité ne l'était pas.

  • Yves Claudé - Inscrit 27 février 2013 00 h 59

    Des milliers de manifestants pris en otages par quelques dizaines de provocateurs masqués !

    La manifestation pacifique comprenant quelques milliers de personnes, qui est partie du Square Victoria ce mardi 26 février, a été l’objet d’un détournement et d’un dérapage organisé par quelques dizaines de provocateurs masqués, aux abords du Carré St-Louis.

    Ces individus, réputés pour leur lâcheté et leur dissimulation, ont mis en œuvre leur stratégie habituelle : il s’agit de lancer des projectiles sur les forces de l’ordre pour provoquer une intervention de leur part, et de s’enfuir pour laisser les manifestants paisibles faire face à la charge policière … Il convient alors de crier à la «brutalité policière» ! Ces provocateurs n’ont jamais le courage d’affronter la police sans avoir le refuge d’une foule pacifique ainsi prise en otage.

    On peut à ce sujet s’interroger sur la responsabilité de l’ASSÉ qui organisait la manifestation, et sur une certaine complaisance de sa part envers les provocateurs et autres casseurs qui ont contribué au dérapage de nombre de manifestations au printemps 2012. On peut aussi questionner le jugement des diverses organisations et groupes syndicaux qui ont appuyé l’appel de l’ASSÉ, et qui auraient dû savoir que ce type de manifestation est à haut risque de dérapage du fait de l’absence d’organisation.

    Il n’est pas interdit de penser que certains groupuscules, éventuellement fascistoïdes, ont utilisé cette manifestation comme exercice de préparation au sinistre “carnaval antipolicier” prévu pour le soir du 15 mars 2013 à Montréal. Il serait utile à ce sujet de savoir si l’ASSÉ va inviter ses membres à participer au “festival de la casse” du 15 mars, comme ce fut le cas pour la CLASSE en 2012 !

    Par ailleurs, peut-on exclure le fait que certains milieux pourraient trouver profit dans une déstabilisation du gouvernement du Parti québécois, alimentée entre autres par des désordres urbains, et éventuellement susciter l’organisation de tels dérapages ?

    Yves Claudé

    • Michel Gagnon - Inscrit 27 février 2013 12 h 08

      Je partage entièrement votre analyse, M. Claudé, et je trouve malheureux la présence de ces provocateurs masqués.
      Par ailleurs, lorsque Jérémie Bédard-Wien affirme solennellement: «Plus que jamais, la population est derrière nous », il fait preuve de grande démagogie. Il est le plus grand démagogue qu'on ait vu chez les leaders étudiants depuis longtemps. Et je vais vous servir votre propre recette démagogique, M. Bédard-Wien. Vous considérez que c'est la présence policière qui provoque les dérapages lors des manifestations? Alors êtes-vous prêt à participer à une prochaine manifestation où l'on éliminerait toute présence policière, à condition que vous preniez l'engagement d'assumer personnellement les conséquences financières et légales de tout débordement? Allons, M. Bédard-Wien, un peu de courage!

    • Gabriel Auclair - Inscrit 27 février 2013 22 h 08

      Le gouvernement n'acceptera jamais. Soit tout va bien et on accuse le gouvernement de faire déraper les manifestations via les policiers et le gouvernement perd sa légitimité, soit la manifestation dérape et on accuse le gouvernement d'avoir laissé la manifestation déraper et le gouvernement perd sa légitimité.

  • Bernard Gervais - Inscrit 27 février 2013 01 h 23

    Ce que veut faire Harper me préoccupe beaucoup plus

    Bon, comme c'était à prévoir après la tenue du Sommet, des étudiants - plus nombreux je dois le dire que ce que j'avais d'abord imaginés - ont répondu à l'appel lancé par l'ASSÉ de manifester pour la gratuité des études supérieures.

    Pourtant, si on regarde ce que Mme Marois a décidé de faire, c'est quand même mieux pour eux que la forte hausse des frais de scolarité que voulait leur imposer Jean Charest. Cependant, on le voit bien, il semble que ce ne soit pas encore assez pour plusieurs d'entre eux.

    Le porte-parole de l'ASSÉ, Jérémie Bédard-Wien a déclaré (comme le rapporte le présent reportage) que la manifestation prouvait que population est derrière ceux qui réclament l'accès gratuit à l'université. Vraiment ?

    Quant à moi, en tout cas, je dois avouer que je commence à en avoir un peu assez d'entendre parler des revendications étudiantes et du printemps érable.

    Beaucoup plus préoccupante pour moi actuellement est la réforme de l'assurance-emploi que veut imposer Stephen Harper. Surtout son intention d'envoyer des inspecteurs dénicher, parmi les chômeurs qui bénéficient de ce programme ou qui veulent le faire, des fraudeurs ! Faire ça notamment quand on pense qu'Ottawa ne met lui-même même pas une cenne noire dans un tel programme !

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 27 février 2013 09 h 20

      Comme société, on a toujours plusieurs problèmes à régler. On peut se préoccuper des uns et des autres.

  • Bernard Gervais - Inscrit 27 février 2013 01 h 23

    Ce que veut faire Harper me préoccupe beaucoup plus

    Bon, comme c'était à prévoir après la tenue du Sommet, des étudiants - plus nombreux je dois le dire que ce que j'avais d'abord imaginés - ont répondu à l'appel lancé par l'ASSÉ de manifester pour la gratuité des études supérieures.

    Pourtant, si on regarde ce que Mme Marois a décidé de faire, c'est quand même mieux pour eux que la forte hausse des frais de scolarité que voulait leur imposer Jean Charest. Cependant, on le voit bien, il semble que ce ne soit pas encore assez pour plusieurs d'entre eux.

    Le porte-parole de l'ASSÉ, Jérémie Bédard-Wien a déclaré (comme le rapporte le présent reportage) que la manifestation prouvait que population est derrière ceux qui réclament l'accès gratuit à l'université. Vraiment ?

    Quant à moi, en tout cas, je dois avouer que je commence à en avoir un peu assez d'entendre parler des revendications étudiantes et du printemps érable.

    Beaucoup plus préoccupante pour moi actuellement est la réforme de l'assurance-emploi que veut imposer Stephen Harper. Surtout son intention d'envoyer des inspecteurs dénicher, parmi les chômeurs qui bénéficient de ce programme ou qui veulent le faire, des fraudeurs ! Faire ça notamment quand on pense qu'Ottawa ne met lui-même même pas une cenne noire dans un tel programme !

  • Jean Brunet - Inscrit 27 février 2013 04 h 41

    Opinion

    On se prétend du modèle scandinave, mais excellence, discrimination quant à l'effort.... Connaît pas!!!

    • Yvan Dutil - Inscrit 27 février 2013 06 h 58

      C'est essentiellement des gens qui étudient en sciences humaines et en littérature qui sont dans la rue. Il ne faut pas trop en demander. Quand on soutient sans rie que l'accès au savoir est menacé, on est vraiment à coté de la plaque. Aux dernières nouvelles, les bibliothèques ne sont pas entourées par des gardes armés.

      En fait, la seule chose qui est menacée, c'est l'accès au diplôme. Quand on est pas capable de faire la différences, cela en dit long sur notre capacité de réflexion.

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 28 février 2013 04 h 01

      Monsieur Dutil, saviez-vous que 10,000 par jour fréquentent la Grande bibliothèque à Montréal? Cela dit, le savoir se fabrique aussi à l'université, dans les laboratoires, dans la rédaction de travaux, mémoires de maîtrise ou thèses de doctorat. Que l'accès aux diplômes soit menacé, c'est suffisant pour se mobiliser. J'ai même vu des professeurs de physique dans la rue depuis un an. Auriez-vous des préjugés à l'égard des étudiant-e-s en sciences humaines et en littérature? Quand vous allez dans les bibliothèques, ne lisez-vous que des livres de sciences de la nature ou vous arrive-t-il de lire des livres de philosophie, de sociologie, de sciences politiques, de psychologie, des romans peut-être? Irène Doiron