Éducation - Derniers appels avant le Sommet

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	Selon Blandine Parchemal (au centre sur notre photo), porte-parole de l’ASSE, le Sommet sur l’éducation supérieure sera mené sans « débat de fond, autour d’une querelle de chiffres » qui éludera les grandes questions.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Selon Blandine Parchemal (au centre sur notre photo), porte-parole de l’ASSE, le Sommet sur l’éducation supérieure sera mené sans « débat de fond, autour d’une querelle de chiffres » qui éludera les grandes questions.

Un «ersatz de débat public», une « entreprise pas très réussie de relations publiques », une simple étape vers d’autres discussions, voire une « farce » : c’est entouré d’une bonne dose de scepticisme sur ses chances de succès que le Sommet sur l’enseignement supérieur s’ouvrira ce lundi matin. Dimanche, plusieurs groupes en ont profité pour tenter un dernier appel du pied avant le début des travaux.

L’aile jeunesse du Parti québécois et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) ont ainsi uni leurs voix pour rappeler au gouvernement l’importance de réduire l’endettement chez les étudiants. Lors d’une conférence de presse conjointe tenue en matinée, les deux groupes ont notamment réitéré leurs demandes pour un gel des droits de scolarité et une réelle bonification du programme d’aide financière aux études.

Les représentants des jeunes péquistes et des étudiants universitaires se disent inquiets de voir les étudiants s’endetter toujours plus et plaident pour que des solutions novatrices soient proposées durant le sommet. Pour Martine Desjardins, présidente de la FEUQ, le succès du Sommet se mesurera ainsi dans le moyen terme. « On ne voit pas le sommet comme une finalité, dit-elle en entretien. Mais on souhaite que des décisions soient prises, ne serait-ce que développer des chantiers sur l’aide financière aux études — qui serait une bonne façon de démontrer l’importance de diminuer l’endettement des jeunes. »

Mme Desjardins souhaite donc que le sommet soit une forme d’étape vers d’autres discussions « avec moins d’acteurs et plus de spécialistes de certains enjeux ». « Il faut que la discussion se poursuive », martèle-t-elle, consciente qu’on ne réglera pas en une journée et demie les tensions et problématiques soulevées depuis le printemps dernier.

Pour autant, Martine Desjardins laisse entendre que la FEUQ demeurera à la table de discussion jusqu’à la conclusion du sommet, mardi midi, peu importe l’orientation des pourparlers. « On n’a pas vraiment le choix d’y aller avec une attitude ouverte », dit-elle. Les membres de la FEUQ pourront toutefois être consultés presque en temps réel pour juger des propositions présentées par le gouvernement.
 
Les opposants rappliquent

D’autres n’attendent au contraire rien du Sommet sur l’enseignement supérieur. Réunis en conférence de presse dimanche matin, une quarantaine d’organismes — dont l’Association pour une solidarité syndicale (ASSE) et Profs contre la hausse — ont dévoilé le contenu d’une « déclaration de la Base face au Sommet », où les critiques abondent.

Au lieu de répondre au mouvement étudiant et populaire du printemps dernier, le sommet ne vise selon les signataires qu’à « l’enterrer et le faire disparaître de nos mémoires ». « Comment se satisfaire d’un tel ersatz de débat public alors que l’enjeu est complexe et aurait nécessité une autre arène de discussion ? », demandent-ils.

La « Base » estime que le gouvernement Marois a repris le discours du gouvernement Charest et « poursuit une politique de coupes budgétaires aveugles » qui occulte le vrai débat. « Le gouvernement nous abreuve d’un raisonnement comptable qui se réduit à chercher des moyens pour positionner le Québec dans l’économie du savoir », écrit-on.

Pour la porte-parole de l’ASSE, Blandine Parchemal, le sommet sera mené sans « débat de fond, autour d’une querelle de chiffres » qui éludera les grandes questions. « Après six mois de manifestations, un sommet d’un jour et demi, c’est décevant », a répété Mme Parchemal, dont l’association souhaitait la tenue d’états généraux sur l’éducation.

Au nom du collectif Profs contre la hausse, Diane Lamoureux a elle aussi indiqué avoir peu d’attentes pour le sommet. « À défaut d’avoir la gratuité scolaire, un gel réel des frais de scolarité » serait une conclusion acceptable, a-t-elle dit. « Mais une conclusion positive serait surtout de ne pas penser que ça clôt le débat », croit Mme Lamoureux.

La plupart des signataires devraient participer à la grande manifestation organisée par l’ASSE à la fin du sommet, mardi, 14 h.

***

Inquiétudes à la CSQ

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) espère que la question des droits de scolarité ne viendra pas éluder les autres enjeux qui doivent être abordés au Sommet sur l’enseignement supérieur qui s’ouvre lundi. 

L’accessibilité et la mission du réseau font partie des dossiers essentiels que compte défendre la CSQ. De plus, l’accessibilité ne se limite pas seulement à des questions financières : elle dépend également de l’offre pédagogique et de la localisation géographique. La présidente de la CSQ, Louise Chabot, souhaite d’ailleurs que des discussions se poursuivent au-delà de la fin du Sommet afin de jeter les pistes de l’enseignement supérieur. 

Mme Chabot juge aussi qu’à la lumière du cahier des participants, le secteur collégial est le « grand oublié ». Elle souligne que le taux de diplomation chez les jeunes de moins de 20 ans stagne autour de 74 %.

En ce qui a trait à l’issue du sommet, Mme Chabot souhaite que l’exercice ne mène pas à une impasse et pour ce faire, il ne faut pas que les dés soient pipés d’avance. 
 
La Presse canadienne
8 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 25 février 2013 01 h 27

    Eux ont raison

    pas nous. J'imagine que l'on n'est pas capable de comprendre leurs idées philosophiques.

  • Yves Claudé - Inscrit 25 février 2013 06 h 42

    Quelles sont la représentativité et l’éthique de ces «groupes» ?

    Est-il permis de s’interroger sur la représentativité et sur l’éthique de ces «groupes» qui vont sans doute, d’une manière répétitive et outrancière, clamer que “la rue leur appartient”, et qu’il prétendent imposer à la société “leur loi de la rue”, à l’encontre des instances de notre démocratie, et au nom d’une “démocratie” soi-disant directe dont l’exercice pourrait rapidement, comme dans certains lugubres contextes, se révéler plus que funeste pour les droits et libertés des citoyens.

    Sans parler d’une mouvance qui s’est signalée par ses exactions en 2012, prétendant par ailleurs initier à la “démocratie” de très jeunes enfants enrégimentés dans des “baby blocks” et amenés par leurs parents dans le contexte de scènes d’émeutes, on peut se demander si certains enseignants ont bien compris la distinction qui s’impose entre leur rôle scolaire et cet autre rôle qui est celui de citoyen ?

    Yves Claudé

    • Solange Bolduc - Inscrite 25 février 2013 09 h 54

      Entièrement d'accord avec vous, M. Claudé !

    • Patrick Boulanger - Abonné 25 février 2013 12 h 51

      J'imagine que pour parler de « ces groupes » comme vous le faites (une quarantaine selon l'article), vous les connaissez relativement bien ?

    • Yves Claudé - Inscrit 25 février 2013 15 h 00

      Monsieur Boulanger,

      À votre question …« vous les connaissez relativement bien ? » : … c’est réciproque …!

      Je ne veux pas stigmatiser certains de ces groupes en particulier, mais ceux qui sont cercernés sauront se reconnaître.

      Ce qui est étonnant, dans cette coalition de groupes, c’est la convergence de milieux à l’éthique plus que questionnable, et d’organisations populaires parfaitement respectables …! Ce qui n’est pas sans causer un certain malaise !

      Yves Claudé

  • Jean Lapointe - Abonné 25 février 2013 08 h 25

    Ce sont des irresponsables

    «Un «ersatz de débat public», une « entreprise pas très réussie de relations publiques », une simple étape vers d’autres discussions, voire une « farce ».

    C'est sûr que si des gens refusent au point de départ de participer aux échanges et aux débats, ceux-ci risquent de donner de moins bons résultats.

    C'est drôle que ce monde-là ne semble pas se rendre compte que c'est ce qu'ils souhaitent dans le fond.

    Qu'ils le disent donc franchement au lieu de s'en prendre aux autres.

    Et s'ils ont autre chose à proposer, qu'ils le fassent.

    Ce sont des irresponsables. A leurs yeux ce sont toujours les autres qui ont tort.

    Ce sont eux qui s'excluent de leur propre inititative. Qu'ils arrêtent donc de se plaindre.

    S'ils pensent obtenir la sympathie du public je pense qu'ils se trompent joliment . en tout cas je l'espère.

  • Claude Smith - Abonné 25 février 2013 09 h 27

    Une querelle de chiffres

    La porte-parole de l'Asse affirme que le sommet va se résumer à une bataille de chiffres qui éludera les grandes questions. Ma question est la suivante : Est-ce que
    l'Asse en mettant l'accent sur la gratuité scolaire et en boycottant le sommet pour cette raison, n'a pas contribué à cette querelle de chiffres ?

    Claude Smith

  • Solange Bolduc - Inscrite 25 février 2013 09 h 52

    Allez les jeunes, c'est payant l'école buissonnière à vie !

    Je me demande ce que cherchent au juste certains groupes d'enseignants: la paix avec leurs étudiants, ou la peur du grabuge de leurs étudiants?

    Au lieu de leur apprendre à dialoguer, de leur enseigner le civisme et que les problèmes en éducation ne se règlent pas aussi facilement qu'on le voudrait, on préfère les encourager à aller jouer dehors, c.-à-d., à aller manifester dans la rue. C'est là qu'ils apprendront à décrocher ! Tout le monde est content, l'école bussionnière à vie !

    Et on s'étonne qu'il n'y ait pas plus de diplômés chez les jeunes de moins de 20 ans ! Que feraient-ils, de toute manière, à l'université ? Bien sûr, avec la gratuité scolaire, ils seraient payés à ne rien faire! De beaux gras dur !

    Je me réjouis, malgré tout, que mesdames Laberge et Desjardins représentant chacune leur propre association étudiante, aient décidé de participer au Sommet. Preuve d'intelligence et de bon sens !

    Au moins, elles sauront exactement ce qui va se passer, au lieu de supputer, comme trop le font, par la négative !