À qui profite la maternelle dès 4 ans?

La ministre Marie Malavoy a affirmé qu’elle préciserait dans quelques semaines le nombre, la localisation et le mode de mise en place de ces nouvelles maternelles pour les enfants de quatre ans réservées aux quartiers défavorisés.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La ministre Marie Malavoy a affirmé qu’elle préciserait dans quelques semaines le nombre, la localisation et le mode de mise en place de ces nouvelles maternelles pour les enfants de quatre ans réservées aux quartiers défavorisés.

Vendredi midi, la ministre de l’Éducation du Québec, Marie Malavoy, a profité d’une tribune à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain pour confirmer son intention de mettre en place, dès septembre prochain, des maternelles pour les enfants de quatre ans dans les milieux défavorisés.

Au même moment, l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) tenait une conférence de presse pour dénoncer « la précipitation » du gouvernement et « les risques liés à l’implantation des maternelles quatre ans ».


Après avoir rappelé sa « passion de l’éducation », ainsi que les progrès accomplis en matière de persévérance scolaire, Mme Malavoy s’est attachée à vendre son programme de maternelle quatre ans dans les quartiers défavorisés. À l’heure actuelle, 27 % des enfants de quatre ans n’ont accès ni à un service de garde ni à une prématernelle, a constaté la ministre. Pour cette dernière, le passage du douillet cocon familial à l’école représente un « choc » trop important pour ces enfants. « C’est pour eux qu’il faut faire quelque chose. C’est eux, le commencement. Ce sont ces petits enfants de quatre ans qui, si on ne fait rien, risquent de commencer leur parcours scolaire avec déjà l’impression qu’ils sont moins bons que les autres et qu’ils ne réussiront pas. […] On pense que dans ces 27 %, il y en a un bon nombre qui vient de ces quartiers défavorisés. »


Hélène Gosselin, vice-présidente de l’AQCPE, tempère ce point de vue. « Il n’existe aucune recherche qui montre que la scolarisation précoce favorise la réussite scolaire. » Elle en veut pour preuve une étude publiée par Statistique Canada, qui classe les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en fonction de la réussite des élèves de 15 ans au Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA). Le Québec s’y classe très honorablement septième en lecture et cinquième en mathématiques, loin devant la France, la Belgique ou l’Italie, où les enfants sont scolarisés dès l’âge de trois ans. Il est cependant à noter que la Corée du Sud, Hong-Kong ou Singapour, pays plutôt connus pour la rigidité de leurs systèmes scolaires dès le plus jeune âge, occupent systématiquement les premières places de ce classement.


Une annonce officielle


En point de presse, à l’issue de sa conférence, la ministre a confirmé que dans quelques semaines, une annonce officielle viendrait confirmer le nombre, la localisation et le mode de mise en place de ces nouvelles maternelles réservées aux quartiers défavorisés.


L’AQCPE cite pour sa part les résultats d’une étude de l’Institut de la statistique du Québec, qui révèle que seuls 3 % des enfants des familles vivant dans des « conditions matériellement et socialement plus défavorables » restent à domicile. « À l’évidence, les énergies investies dans la mise en place des maternelles pour les enfants de quatre ans issus de milieux défavorisés ne visent pas beaucoup d’enfants », conclut le document de l’AQCPE.


Mme Gosselin demande plutôt au gouvernement de prendre le temps de mettre en place une véritable étude sur les moyens et les besoins. « On ne peut pas se servir d’enfants de quatre ans, et venant de milieux défavorisés, comme des cobayes pour un projet pilote, puis analyser les résultats ensuite ! »


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Pas de loi 101

La ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, laisse entendre que la maternelle 4 ans ne sera pas soumise aux contraintes de la loi 101. À l’issue d’une allocution devant les membres de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, vendredi, Mme Malavoy a rappelé que la maternelle 5 ans échappe déjà à ces contraintes, puisque comme pour les services de garde, l’accès y est libre. « Les maternelles sont des choix de parents qui sont libres. Donc, il n’y a pas d’obligation. Il y a une obligation pour les familles immigrantes d’envoyer leurs enfants à l’école à partir de l’âge de l’obligation scolaire et donc ça, ça demeure », a-t-elle dit. Elle croit toutefois que les enfants d’immigrants bénéficieront de ce programme pour compléter leurs habiletés en français. « On pense que pour beaucoup de familles, le fait d’avoir accès, comme ça, à une année charnière, pour compléter leurs habiletés en langue française, ça peut aider », a-t-elle dit. Cependant, elle est devenue beaucoup plus évasive lorsqu’interrogée sur la possibilité que des parents francophones puissent envoyer leurs enfants à la maternelle 4 ans en anglais.

La Presse canadienne

3 commentaires
  • Ruth Lapierre - Inscrite 23 février 2013 08 h 42

    Tout est dit

    Il ne reste plus beaucoup de place pour reculer chez ce gouvernement.

  • André Michaud - Inscrit 24 février 2013 10 h 20

    Merci maman

    Plus je vieillis et plus je m'estime chanceux d'avoir eu une mère qui m'a évité l'institutionalisation avant la première année scolaire, avec plein d'amour et un "service personnalisé" qu'aucune garderie ne pourra jamais donner.

    Dommage que les enfants d'aujourd'hui doivent être mis en institutions dès la petite enfance avec des services non spécialisés (tout le monde fait la sieste en même temps, on doit jouer avec des enfants qu'on aime pas , manger tous pareils...) et sans lien par le sang comme avec notre mère.

    Mais les habitudes de consommation ont augmentées et les mères doivent travailler pour garder un même train de vie. Ou alors elles ont une travail qu'elles préfèrent ne pas arrêter pour diverses raisons.

    Je continue de penser qu'il y a un prix social à instutionaliser l'enfance et la confier à l'état par l'entremise de ses garderies...un déficit émotionnel en le considérant avant tout comme un enfant qui doit obéir comme les autres aux réglements de l'institution . On est loin de l'amour inconditionnel de ma mère que je ressentais 24h par jour et sa chaleur qui a fait de moi un homme affectueux.

    Les employés de garderies font de leur mieux , mais ça ne vaudrait jamais l'amour d'une mère et son service personalisé­.

  • Denyse Lamothe - Abonnée 25 février 2013 09 h 01

    Travailler par choix

    Monsieur Michaud

    « les habitudes de consommation ont augmentées et les mères doivent travailler pour garder un même train de vie. »

    Je suis mère de deux filles qui ont maintenant leurs propres familles. J'ai toujours travaillé par choix. J'ai aimé mon travail et, à 66 ans bientôt, j'ai l'intention de retardé ma retraite le plus possible.

    Mes filles ont fréquenté des CPE pendant leur enfance et elles s'en rappellent avec plaisir. Lorsque j'étais en région, j'ai même fondé une garderie. C'est en garderie qu'elles ont appris à vivre en société et sont devenues autre chose que des enfants-rois.

    Monsieur Michaud, vous vous méprenez sur l'impact extraordianaire des CPE sur l'éducation des enfants du Québec. Sans les CPE, le taux de mésadaptation scolaire serait encore plus élevé et le taux de décrochage le serait aussi. Parlez-en à des enseignants de maternelle et de première année. Elles vous feront part de la différence entre les enfants qui ont fréquenté un CPE et ceux qui ont été élevés à la maison. Il y a une énorme différence d'adaptation entre les deux groupes, surtout en milieu défavorisé. Nous ne vivons plus à l'époque où il y avait dix enfants par famille...qui étaient de véritables garderies!

    Je me suis toujours engagée à l'école au Comité de parents. Ce n'est pas parce qu'on est engagé sur le marché du travail qu'on n'a pas l'éducation de nos enfants à coeur.

    Ceci dit, je suis certaine que votre mère a fait de son mieux.

    Denyse Lamothe