L’ASSE seule contre tous

Réunis en assemblée générale jeudi, les étudiants du cégep Ahuntsic ont choisi de ne pas se prononcer sur la grève tout en organisant transport et arrangements avec les enseignants pour faciliter la participation à la manifestation du 26 février.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Réunis en assemblée générale jeudi, les étudiants du cégep Ahuntsic ont choisi de ne pas se prononcer sur la grève tout en organisant transport et arrangements avec les enseignants pour faciliter la participation à la manifestation du 26 février.

Le fossé entre la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), les syndicats, et l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) se creuse alors que cette dernière tente de rallier ses troupes en vue de l’appel à la grève des 25 et 26 février.


« L’ASSE est de plus en plus isolée, la décision de boycotter le sommet ne fait pas le consensus. […] Il y en a plusieurs qui se sont sentis floués par cette décision-là », estime Martine Desjardins, présidente de la FEUQ.


Durant les derniers jours, une partie des 35 associations membres de l’ASSE, ainsi que plusieurs associations non membres, se sont livrées à des votes pour un mandat de grève qui coïnciderait avec les deux jours du sommet. Jeudi après-midi, 27 associations avaient répondu oui à l’appel, totalisant ainsi 28 000 étudiants, dont plus de 11 000 n’appartenaient cependant pas à l’ASSE.


La surprise est venue dès le jeudi 14 février, alors que les membres de l’Association générale étudiante du cégep du Vieux-Montréal (AGECVM), non membre de l’ASSE, se sont prononcés, avec une courte majorité, contre la grève, et ce, malgré la tradition militante de l’établissement. D’autres cégeps, membres de l’ASSE et actifs durant le printemps dernier, à Valleyfield, Saint-Félicien ou Drummondville, n’ont pas répondu à l’appel.


Pour Blandine Parchemal, secrétaire aux affaires académiques de l’ASSE, ces résultats « décevants » sont dus au « contrecoup de la mobilisation » et à « l’épuisement » de militants au « goût amer ». Cette dernière se dit cependant tout à fait satisfaite par les presque 30 000 étudiants en grève. « C’est correct, et 5000 manifestants mardi, ce serait un chiffre tout à fait satisfaisant. » Plusieurs bonnes surprises sont arrivées de la part de plusieurs d’établissements peu actifs durant le printemps érable, comme les cégeps Gérald-Godin ou Granby -Haute-Yamaska.


Côté universitaire, l’appel à la grève n’aura pas non plus convaincu tout le monde. Les 3000 étudiants de l’Association générale des étudiants du campus de Rimouski de l’Université du Québec à Rimouski (AGECAR-UQAR) « ont choisi de ne pas entrer en grève pour donner une chance au coureur », résume Pierre-André Lalanne, président de l’AGECAR. « En ce moment, on sent qu’il y a une écoute de la part du gouvernement, même si on reste toujours méfiant par rapport aux annonces. » La plus grosse perte semble cependant venir du côté de l’Université Laval où les 11 000 membres de l’Association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIES) ont rejeté la grève par un vote sans appel.


Enfin, plusieurs cégeps, tels que François-Xavier Garneau à Québec, Ahuntsic, ou Marie-Victorin, ont choisi de ne pas se prononcer tout en organisant transport et arrangements avec les enseignants pour faciliter la participation à la manifestation du 26.

 

Indexation


Mardi après-midi, l’ASSE jetait un pavé dans la mare avec son compte-rendu de la dernière réunion préparatoire de la Table des partenaires universitaires (TPU) qui réunit associations étudiantes, fédérations d’enseignants et syndicats. Dans ce compte-rendu publié sur la page Facebook de l’Association facultaire étudiante de science politique et droit de l’Université du Québec à Montréal (AFESPED-UQAM), Mme Parchemal estime que le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP-FTQ), la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ), ainsi que la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) ne semblaient désormais plus opposés à l’indexation des frais de scolarité.


« Ce document est faux du début à la fin », estime pour sa part Max Roy, président de la FQPPU, qui juge que l’ASSE cherche à monter les partenaires de la TPU les uns contre les autres par une manoeuvre « malhabile » et « malhonnête ». « S’ils avaient voulu se boycotter eux-mêmes, ils n’auraient pas fait mieux. »


Jeudi, en fin d’après-midi pourtant, la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) publiait un communiqué de presse dans lequel elle rappelait la résolution conjointe de tous les membres de la TPU : « La TPU s’oppose à l’indexation des droits de scolarité et réclame du gouvernement du Québec de tenir à court terme un chantier structurant et d’envergure sur les conditions de vie et la contribution financière des étudiantes et des étudiants. » L’ASSE estimait cependant avoir été marginalisée par le reste de la TPU qui se serait refusée à publier un communiqué conjoint contre l’indexation.


Selon Mme Parchemal, les représentants de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) présents à la réunion auraient tenté de faire accepter l’indexation aux associations étudiantes, leur demandant de renoncer au gel. « C’est malheureux, car on a juste eu une discussion, mais notre position est claire, on est pour le gel et la gratuité », estime pour sa part Carole Neill, présidente du Conseil provincial du secteur universitaire (CPSU) de la SCFP-FTQ. « À part le gouvernement, personne n’est pour l’indexation », tranche Martine Desjardins. « Pour moi, l’ASSE cherche à justifier sa décision de boycotter le Sommet en se confortant dans sa position. »

45 commentaires
  • Jacques Boulanger - Inscrit 22 février 2013 05 h 14

    Bien au contraire !

    On n'est pas pour la grève, mais on est pas contre non plus, bien au contraire !

  • Yves Claudé - Inscrit 22 février 2013 06 h 02

    L’ASSÉ seule … contre sa base étudiante … ?

    L’ASSÉ doit faire un douloureux, mais courageux constat : ses politiques aventuristes et sectaires l’ont passablement coupée de sa base étudiante, et d’une manière encore plus évidente, de la grande majorité des citoyens québécois. Cette association ne semble pas avoir fait les analyses qui s’imposent suite à la mobilisation du printemps 2012, et plus spécifiquement à propos de l’échec relatif de la grève du 22 novembre 2012.

    Le travail militant, peu importe le contexte, en est un de longue haleine, dans lequel la patience, le courage et la persévérance sont fortement mis à contribution, et la fuite en avant vers une mythique radicalité ne constitue pas une voie viable de contournement de cette nécessaire implication dans la durée, avec la base sociale d’un mouvement, et à l’écoute de cette base.

    La mise de l’avant d’un mot d’ordre de «confrontation» par l’actuelle direction de l’ASSÉ, ainsi qu’une éventuelle récidive dans la participation au “carnaval antipolicier du 15 mars”, voilà qui pourrait accentuer la crise actuelle et précipiter une vague de désaffiliation des associations locales…

    En devenant le “terrain de jeu” de groupuscules dont les objectifs sont passablement éloignés de la défense des intérêts de la base étudiante, l’ASSÉ dévie non seulement de sa mission et de ses mandats, mais entre dans une zone où elle pourrait se trouver stratégiquement en conflit avec le milieu étudiant. La manifestation du 22 septembre, marginale en comparaison avec celles du printemps, ne regroupait que quelques membres de groupuscules politiques, parsemés d’étudiants, … est-ce cela qui se prépare pour le 26 février ?

    Yves Claudé

    • Patrick Boulanger - Abonné 22 février 2013 09 h 53

      L’ASSÉ est « passablement coupée de sa base étudiante (M. Claudé) » ?

      On peut être pour la gratuité scolaire sans pour autant vouloir partir en grève pour deux jours M. Claudé.

      En ce qui a trait à la manifestation du 22 septembre 2012 qui a mobilisé des centaines de personnes à Montréal (voir l'article suivant : « Des centaines de personnes manifestent à Montréal pour la gratuité scolaire »), pourquoi dites-vous qu'une analyse s'impose suite à cette mobilisation ? S'il fallait enlever de la légitimité aux syndicats ou au mouvement souverainiste à chaque fois qu'ils mobilisent que quelques centaines d'individus pour une manifestation, ces derniers n'auraient plus aucune légitimité !

    • Raymond Turgeon - Inscrit 22 février 2013 10 h 16

      Je ne tiens pas à participer à la démonstration d'un hypothétique effondrement de l'ASSE. Ça ne risque pas d'enrichir le débat, mais peut-être présumez-vous qu'elle vous menace personnellement.

      À la veille de l'événement, peu de citoyens sont inspirés par la faible profondeur que suggère la durée annoncée de ce ''fameux'' sommet qui va plutôt ressembler à un dîner-causerie, par surcroît formaté.
      En effet, cet épisode ne consitera qu'à tenter "d'apprivoiser" la faction étudiante.
      Souhaitons qu'il engendre un successeur dont le mandat sera plus responsable et plus courageux, et qui puisse cette fois embrasser toute la réalité de l'éducation supérieure.
      Ceci dit, L'ASSE peut légitimement choisir de ne pas participer à cette rencontre dont l'appellation hypertrophiée me rapelle les écrans de fumée des libéraux.
      Cette association a sciemment adopté sa stratégie. Il ne lui reste maintenent qu'à assumer ses choix, comme nous tous.

      Raymond Turgeon

    • Solange Bolduc - Abonnée 22 février 2013 10 h 29

      Tout ce que cherche l'ASSÉ, avec son porte-parole qui ne s'en cache pas d'ailleurs, c'est la confrontation avec le gouvernement en place !

      Peu importe qui sera à la tête du gouvernement, le noyau dur de cette association continuera de faire le trouble pour déstabiliser le gouvernement et la population.

  • jacques gelineau - Abonné 22 février 2013 06 h 03

    lachez pas

    Si ce gouvernement cherche du financement pour les universités, et bien qu'il fasse le ménage dans les contrats d'hydro et il y trouvera une mine d'or. la gratuité est essentiel pour nos jeunes afin qu'ils relèvent les défis que nous leurs avons laissés.

    • Solange Bolduc - Abonnée 22 février 2013 10 h 32

      On ne peut tout faire en même temps, M. Gelineau ! Et le gouvernement compte bien aussi faire le ménage partout où il faudra le faire, ne vous inquiétez pas. Mais ne lui demander surtout pas de tout faire en même temps... Vous-même ne le pourriez pas !

    • Pierre Schneider - Abonné 22 février 2013 10 h 47

      C'est au Sommet que l'Assé doit faire valoir publiquement ses positions. Participer aux discussions avant de s'exclure et de dénoncer.

    • Gabriel Auclair - Inscrit 23 février 2013 23 h 45

      Le gouvernement à déjà exlus les positions de l'ASSÉ du sommet.

  • Réjean Dumais, ing. - Inscrit 22 février 2013 06 h 26

    Dommage que l’ASSE ne soit pas au Sommet !

    Je trouve bien dommage que l’ASSE ne soit pas au Sommet, mais les gens présents peuvent travailler ensemble !
    Moi, je parts du principe qu’on ne pourra pas tout régler avec tout le monde !
    Le ministère de l’Éducation devra continuer à faire sa job avec tous les intervenants et il faudrait au moins s’entendre sur des principes et prévoir le type de travaux à exécuter pour poursuivre les discussions et régler les problèmes au plus tôt, d’ici les prochaines élections pour le parti québécois.
    On ne peut éviter certaines discussions, alors, allons ensemble à ce sommet, dans l’optique que nous avons beaucoup à faire, ensemble, pour les générations futures, qu’elles soient ou pas autour de la table ! ! !
    Bonnes réflexions en fin de semaine et bon Sommet aux participantEs !

  • Normand Carrier - Abonné 22 février 2013 06 h 42

    Le prix du dogmatisme .....

    L'Assé a une très mauvaise lecture de ce que leurs étudiants désirent et veulent a ce moment-ci .... Après avoir fait d'énormes sacrifices depuis un an , ils ne veulent pas mettre leur carrière en jeu pour plaire au dogmatisme de leurs dirigeants .... Cette association va mourir si elle ne se ré-ajuste pas profondément ......

    • Patrick Boulanger - Abonné 22 février 2013 10 h 20

      « L'Assé a une très mauvaise lecture de ce que leurs étudiants désirent et veulent a ce moment-ci .... (M. Carrier) » ?

      Et vous, vous le savez ce que veulent les associations étudiantes affiliées à l'ASSÉ M. Carrier ? Ces associations sont libres de partir ou pas en grève et je ne pense pas que les 27 associations affiliées à l'ASSÉ qui, à ce jour, ont choisi de lever les cours les 25 et 26 février prochain le font pour « plaire » à leur co-porte-parole.

    • Normand Carrier - Abonné 22 février 2013 15 h 21

      Regarder leur applui dans leurs troupes étudiantes et vous constaterez les faits et vous concluerez comme le titre de l'article l'indique : l'Assé seule contre tous .....

    • Patrick Boulanger - Abonné 22 février 2013 20 h 17

      « Regarder leur applui dans leurs troupes étudiantes et vous constaterez les faits et vous concluerez comme le titre de l'article l'indique : l'Assé seule contre tous ..... (M. Carrier) » ?

      De quoi parlez-vous au juste M. Carrier ? Si vous parlez des associations étudiantes affiliées à l'ASSÉ qui ne partent pas en grève les 25 et 26 février prochain, je souligne qu'on peut être d'accord avec la gratuité scolaire et les autres idées de cette association étudiante sans pour autant vouloir partir en grève. En ce qui a trait au titre de l'article, il découle du fait que cette association étudiante ne s'entends pas - ou semble ne pas s'entendre - avec de potentiels alliés (FEUQ, certains syndicats, la FQPPU, etc.).

    • Gabriel Auclair - Inscrit 23 février 2013 23 h 55

      @ Patrick Boulanger

      Il y à 27 assos qui sont voté pour la grève en tout. Il ne sont pas tous affiliés à l'ASSÉ.