Hexagram - Des expériences culturelles propres à faire réfléchir le public

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Ælab: Forces et milieux. Une installation performative de 2011 à l’Agora Hydro-Québec du Cœur des sciences de l’UQAM.
Photo: Catherine Béliveau Ælab: Forces et milieux. Une installation performative de 2011 à l’Agora Hydro-Québec du Cœur des sciences de l’UQAM.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La bonne nouvelle est tombée à la mi-janvier : le centre de recherche en arts médiatiques et technologiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) se voit accorder cette subvention par la Fondation canadienne pour l’innovation, du gouvernement du Québec et de différents partenaires. De quoi asseoir un peu plus la réputation d’un organisme reconnu internationalement pour sa créativité et son avant-gardisme.


Ici, point d’enseignement, uniquement de la recherche. « Il existe en fait deux centres Hexagram, précise Gisèle Trudel, artiste, professeure à l’École des arts visuels et médiatiques de la Faculté des arts de l’UQAM et directrice d’Hexagram-UQAM depuis un an. L’un à l’UQAM, l’autre à Concordia. C’est une demande conjointe qui a permis en 2001 de créer ces centres. Ceux-ci sont affiliés aux deux universités, mais ils fonctionnent également de manière autonome : les chercheurs sont tous des professeurs appartenant aux facultés des arts, des communications et des sciences, et ce sont leurs recherches qui alimentent les activités des centres. »


Du côté de l’UQAM, 34 professeurs membres, qui tous, arrivent avec leurs étudiants et doctorants. Une grande majorité d’artistes-chercheurs et de créateurs, même si certains d’entre eux sont de purs théoriciens. Tous d’éminents spécialistes en arts médiatiques. Arts quoi ? « Il s’agit des pratiques artistiques qui se servent des médias de communication, vidéo, son, interactivité, ordinateurs, nouvelles technologies numériques, robotique, intelligence artificielle, etc., mais dans un but de création non communicationnelle. Exit la publicité, la production télé, ou autre, explique Gisèle Trudel. On parle aussi d’arts technologiques. En tant qu’artistes, nous créons, mais là où nous sommes également des chercheurs, c’est que le centre opère un jumelage entre la théorie et la pratique. Si je prends mon exemple, je ne suis pas théoricienne, mais je suis capable de parler des enjeux théoriques de la production d’aujourd’hui. Je ne suis pas une spécialiste de la théorie, mais la théorie influence ma pratique. On a vraiment une conjoncture très particulière. »


De Saint-Pétersbourg à Melbourne


Ainsi, Gisèle Trudel s’intéresse depuis une vingtaine d’années au traitement des déchets et autres matières résiduelles. Il ne s’agit pas pour elle de prendre position sur tel ou tel dossier, mais d’engendrer une expérience esthétique qui s’arrime aux préoccupations liées au développement durable. « L’objectif est de ressentir les problèmes environnementaux, pas seulement de les comprendre, explique-t-elle. Je travaille souvent avec des scientifiques dans mon travail. Je les invite à collaborer avec moi sur certains sujets. Sur le traitement des eaux, par exemple, j’ai approché un biologiste qui a réalisé un système de filtrage à base de plantes et d’algues. Avec lui, j’ai approfondi mes connaissances, et je les ai ensuite intégrées à l’intérieur d’une expérience sensorielle. Nous faisons des allers-retours avec d’autres milieux, mais ce que nous réalisons demeure des expériences culturelles, propres à faire réfléchir le public. »


Car le but n’est bien entendu pas de garder ces oeuvres bien au chaud entre les quatre murs des laboratoires d’Hexagram, mais bien de les diffuser le plus largement possible.


Les professeurs membres sont d’ailleurs régulièrement invités dans les plus grands festivals, événements et expositions à l’international. Rien que l’an dernier, leurs oeuvres se sont promenées à l’International Cyber Art Festival de Saint-Pétersbourg, en Russie, au Tomorrow City Urban Screen d’Incheon, en Corée du Sud, à l’International Biennal of Media Art de Melbourne, en Australie, mais aussi à Shanghai, Pékin, New York, Los Angeles, Paris, Londres, Düsseldorf, São Paulo, Berlin, Venise, etc.


« Hexagram, via les créations de ses membres, jouit d’une très grande notoriété tout autour de la planète, estime sa directrice. Nul n’est prophète en son pays… et c’est certainement là-dessus que nous devrons travailler ces prochains mois : au Québec et au Canada, nos centres sont reconnus dans le milieu universitaire, mais nous devons faire plus pour nous faire connaître du grand public d’ici. Parce qu’il y a vraiment une grande panoplie d’expériences sensorielles à faire découvrir. »


Avant-garde


Les oeuvres qui sortent des laboratoires d’Hexagram, situés principalement sur le campus des sciences de l’UQAM, sont de toutes natures. Vidéo, programme audio, installation interactive, etc. Des créations qui peuvent être diffusées tout autant dans des salles d’exposition ou de spectacle que dans des théâtres, des usines désaffectées, et même en extérieur. « Hexagram est partenaire de l’Agora Hydro-Québec, ce qui nous permet d’organiser des colloques, des spectacles, des diffusions, explique Gisèle Trudel. Grâce à la subvention qui vient de nous être attribuée, nous allons pouvoir développer nos infrastructures avec notamment un nouveau dispositif audio, un système de capture du mouvement très perfectionné, un procédé pour la capture de cinéma numérique haute définition, etc. C’est un appui en termes d’équipement et d’installations physiques qui va servir aux chercheurs et aux étudiants, qui eux aussi peuvent créer leurs propres projets. »


De quoi accroître l’aura de ce centre de recherche unique au Canada, douze ans après sa création. « Ça a été une naissance un peu particulière, estime son actuelle directrice, parce qu’il y avait la volonté de jumeler les deux universités, les cultures francophone et anglophone, de mettre en commun des pratiques et des réseaux très différents. Mais surtout, dès le départ, il y avait l’envie de sortir d’un cadre disciplinaire, d’aller vers la transdisciplinarité. C’était vraiment très innovant à l’époque et c’est ce qui fait que notre centre reste unique au Canada. Cette subvention va nous permettre de demeurer à l’avant-garde. »



Collaboratrice