La reconnaissance du droit de grève pourra être discutée au Sommet, dit Duchesne

Québec — La reconnaissance du droit de grève des étudiants pourra être «discutée» la semaine prochaine au Sommet sur l'enseignement supérieur, a indiqué mardi le ministre Pierre Duchesne.

Le ministre de l'Enseignement supérieur a cependant fait comprendre que cette reconnaissance légale souhaitée par les recteurs d'universités et les directeurs de cégeps n'est pas pour demain.

Échaudées par les débordements du «Printemps érable» en 2012, les directions d'établissements souhaitent que le gouvernement légifère pour «encadrer» la démocratie étudiante avec à la clé la reconnaissance d'un droit de grève en bonne et due forme.

En exigeant des règles claires, les recteurs espèrent éviter, à l'avenir, de se retrouver à nouveau coincés entre des étudiants en boycott et d'autres munis d'injonctions ordonnant la reprise des cours.

Comme il l'avait fait dans le cas de la gratuité scolaire, le ministre Duchesne a indiqué que la question du droit de grève pourra être abordée pendant la journée et demie que durera le Sommet, les 25 et 26 février à Montréal.

Mais le gouvernement ne s'engagera pas sur cette voie au lendemain du Sommet. Au mieux, il s'agira de l'amorce «d'une réflexion», a précisé M. Duchesne.

Néanmoins, l'ouverture manifestée par le ministre a été dénoncée sans réserve par les libéraux et caquistes pour qui le droit de grève ne saurait être accordé à la clientèle étudiante.

Pour le chef libéral intérimaire, Jean-Marc Fournier, le seul droit qui mérite d'être reconnu en cette matière est celui des étudiants à assister à leurs cours.
10 commentaires
  • Chris Lavallée - Inscrit 19 février 2013 15 h 21

    grève de la faim

    Si une association étudiante vote pour faire une grève de la faim, est-ce que tous les étudiants sont obligés d'arrêter de manger? La réponse évidente est non!

    C'est la même chose pour ce qui est la privation d'accès des cours. Dans le contexte étudiant, le mot ''grève'' est pûrement symbolique comme dans "grève de la faim". J'espère qu'il le restera pour le bien de la majorité étudiante.

    Malheureusement, le PQ ne vise que le gain électoral même si les décisions prises risquent le dérapage total.

    • Etienne PL - Inscrit 19 février 2013 15 h 44

      @ Chris Lavallée. Le monopole de la représentation des étudiants est inscrit dans la loi québécoise depuis 1983 quand on a créé les entités étudiantes en bonne et due forme et les droits et devoirs qui s'y rattachent. Sauf que le droit de grève n'y fut pas expressément prévu.

      Le mot "droit de grève" n'est pas seulement symbolique, il est politique et juridique. Si les employés de la fonction publique ont un recours à la négociation collective, et par corrolaire au droit de grève, le droit doit également permettre aux étudiants de recourir à la grève pour faire valoir leurs droits. D'abord il en va de la viabilité des associations étudiantes. Ensuite il en va de la conception même que l'on a d'un syndicat et du regroupement d'individus sous le même nom.

      Le consensus social qui avait donné implicitement le droit de grève aux étudiants depuis 1968 a été rompu par la gouvernement libéral de Jean Charest. Ce message politique a eu son écho au sein du juridique puisque des étudiants ont testé le consensus pour faire valeur un droit individuel (contractuel), interprété en leur faveur par la quasi-totalité des juges du Québec au printemps. Inscrire le droit de grève en prévoyant par exemple une clause contractuelle de grève dans le contrat des étudiants, ou en inscrivant noir sur blanc ce droit dans une loi, revient logiquement à compléter la loi de 1983 sur les droits et devoirs des associations étudiantes pour que ce flou politique et social cesse.

    • Breault Simon - Inscrit 19 février 2013 16 h 06

      Votre analogie est douteuse. Le mot grève n'est pas "symbolique" comme vous dites. Le dictionnaire accepte l'expression "grève" comme l'arrêt d'une activité. Justement, une "grève de la faim" constitue un arrêt de manger (et non un boycott du frigo!).

      Mais si on oublie cet écart digne d'un paralogisme, où vous associez des idées qui n'ont pas nécessairement rapport, puisque les assemblées générales ne portent pas sur l'arrêt d'une fonction vitale du corps, on peut se demander si la participation citoyenne est souhaitée dans notre société.

      Le fondement de la démocratie est avant tout le dialogue. Nos discours doivent avoir des fondements et ne pas s'enfarger dans les erreurs logiques. La loi garanti l'accréditation des associations étudiantes mais ne détermine pas leur droit de "lever des cours" (pour utiliser un terme qui n'aurait pas de connotation partisanne).

      Cette pratique repose davantage sur un droit acquis, une façon de faire qui existe depuis longtemps et qui a toujours fonctionné avant le printemps 2012.

      Enfin, je souhaiterais que l'on encourage la participation à la démocratie, étudiante ou civile, en favorisant les débats mais surtout la possibilité d'ammener des propositions et des amendements (ce que les votes électroniques ne permettent pratiquement pas...).

      Si plus de gens participaient à la démocratie, si 99% des étudiant-e-s votaient en un sens, le 1% aurait-il droit d'aller à l'encontre?

    • Philippe-Éric Trudelle - Inscrit 19 février 2013 18 h 59

      Il ne faut pas tomber dans le piège de la tyrannie de la démocratie arbitraire et plutôt respecter le droit de tous. Nous vivons encore aujourd'hui dans une société de droit qui respecte le droit individuel, ce qui veut dire qu'une personne ne peut se faire imposer une volonté, même si celle-ci se fait entourer par plusieurs personnes.

      Dans les faits, les votes dans les assemblées générales étudiantes sont clairement structurés pour encourager tout vote de grève, pour la simple raison que ceux qui sont intéressés par le mouvement sont davantage présent que ceux qui ne le sont pas. Et c'est pour cette raison que les votes électroniques détruisent pratiquement les votes de grève.

      Ceux qui ne sont pas intéressés ne veulent pas en discuter mais surtout patienter 3 heures avant de voter. La façon comment est organisé cette ''démocratie étudiante'' est la meilleure façon d'assurer que la minorité intéressé puisse non seulement, faire la grève, mais amener avec soi le maximum de personnes. La durée de ces séances est tarabiscotée pour décourager toute personne déinstéressée, ce qui modifie la représentation étudiante.

      Je trouve ça très arrogant de croire qu'on peut favoriser les débats quand on pipe ainsi les conditions pour faire le vote.

      Je ne crois pas que 99% ou 50+1 ait le droit de mettre en état d'esclavage ou d'imposer sa volonté sur une minorité, et c'est pour cette raison qu'il existe une charte des droits et libertés qui défend, non pas la majorité, mais la totalité des individus CONTRE une majorité arbitraire.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 22 février 2013 00 h 03

      Je trouve ça très arrogant de croire qu'on peut favoriser les débats sans débat, sans participer aux assemblées, et en appelant la participation aux assemblées et le respect du code Morin du «pipage», du «tarabiscotage», etc.

      Les droits individuels et les droits collectifs sont importants en démocratie.
      Il ne faut pas tomber dans le piège de la tyrannie des droits individuels. (On tombe alors dans la désorganisation sociale complète.)

      Enfin chapeau d'avoir comparé la grève à l'esclavage. Sans la grève comme moyen de pression, les conditions de quasi-esclavage seraient encore la norme.

  • Michel Lebel - Abonné 19 février 2013 15 h 25

    C'est pas sérieux!

    C'est le monde à l'envers! Voici que ce sont les recteurs qui demandent une reconnaissance légale du droit de grève! Les associations et le ministre aussi évidemment n'en veulent pas ou plus, alors que jadis ils le réclamaient. Le ministre en a parlé jadis abondamment! Maintenant c'est fini! Incroyable! Une chatte y perd ses petits! Comme l'affaire est dans le sac avec l'indexation, au diable le reste. Les recteurs voulaient sans doute tester le sérieux du ministre Duchesne. Ils ont eu leur réponse! Ionesco serait ravi!

    • Jérémie Poupart Montpetit - Abonné 19 février 2013 16 h 30

      Entièrement d'accord avec vous, mais après tout, nous discutons du "gouvernement girouette" qui a appuyé les étudiants, retiré son appuie, fait des promesses électorales, n'a que ramené le tout à la même situation qu'avant les annonces de coupure du feu gouvernement Charest, a oublié ses promesses électorales, a imaginé un sommet, à déconstruit son sommet, à choisit une option à l'avance et maintenant se plaint du "manque d'ouverture à la discussion" et du sérieux des autres participants.

      Ah oui, à rajouter à celà la pathétique tentative de détournement de débat vers la possibilité politique de Mme. Desjardins, afin de jeter de la poudre aux yeux des étudiants et des québécois en général. Et tout ça sans compter qu'on a transformé un sommet sur une question sociale d'envergue en relation diplomatique "people" d'une journée et demi...

      C'est non seulement "pas sérieux", c'est carrément ridicule

      Jérémie Poupart Montpetit

    • Sylvain Auclair - Abonné 19 février 2013 16 h 45

      Mieux vaut une grève légale que le bordel du printemps dernier, vous ne croyez pas?

  • André Lefebvre - Inscrit 19 février 2013 18 h 13

    Boycott

    Le droit de grève, quel qu'il soit, n'est pas lié aux règles du travail; il est lié aux "droits et libertés".

    Comme il a été dit plus haut, la "grève de la faim" n'est pas le "boycott du frigo". C'est tout à fait ça!

    André Lefebvre

  • Roland Guerre - Inscrit 21 février 2013 10 h 01

    Le dialogue

    L'absence de dialogue, la surdité des autorités nourrissent la colère, la révolte. La grève n'a pas besoin d'un arsenal législatif et réglementaire, inefficace pour répondre aux aspirations de la communauté étudiante, de la famille universitaire. Les autorités académiques, les gouvernants gagneraient à écouter la jeune génération, à se pencher sur les questions posées, à se saisir des observations et des propositions des syndicats étudiants. Le dialogue est essentiel. N'oublions pas le laboratoire d'idées qui accompagne les mouvements sociaux comme Mai 68, le printemps érable.