L’art pour vaincre l’intimidation

Caroline Martin, devant l’œuvre de l’artiste Jim Dine
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Caroline Martin, devant l’œuvre de l’artiste Jim Dine

Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) et la Fondation Jasmin-Roy ont annoncé lundi la création d’un partenariat pour lutter contre le terrible fléau de l’intimidation, qui touche des milliers d’enfants de tous âges et de tous milieux. Dès l’automne prochain, l’art se mettra au service des écoles du Québec par l’entremise d’affiches et de la découverte d’oeuvres porteuses de sens.


« Au-delà des formes, l’art véhicule des valeurs qui nous inspirent. Nous utilisons nos oeuvres pour dire qu’elles soutiennent des messages encore plus forts », a soutenu hier Nathalie Bondil, directrice du MBAM.


Concrètement, cette alliance se concrétisera par l’envoi dans 3000 écoles d’une affiche arborant l’oeuvre Coeur dit Après le Déluge, de l’artiste américain Jim Dine. Dès la rentrée, le musée créera aussi un parcours intitulé « L’Art d’être humain », qui fera découvrir aux jeunes des oeuvres de la collection permanente à travers différents enjeux sociaux et culturels, dont celui de l’intimidation.

 

Bronze bleu


Caroline, une jeune victime d’intimidation, est venue confier comment l’art lui avait permis de survivre à des années de violence et de retrouver confiance en ses propres moyens. Souffre-douleur de ses collègues de classe, elle subit dès dix ans, la violence verbale de ses collègues. À l’école secondaire, Caroline encaisse les jambettes, les bousculades. « Je dessinais dans tous mes cahiers des visages de filles. J’ai continué au secondaire à recopier des images de bédés, de mangas. Le dessin a été pour moi une porte de sortie pour exprimer ma colère et ma peine », a-t-elle dit. Aujourd’hui, Caroline continue à dessiner et rêve de travailler dans une entreprise de dessins d’animation.


Jasmin Roy, qui a fondé l’organisme de lutte contre l’intimidation en décembre 2010, a rappelé que le théâtre lui avait permis de sortir du cercle de l’intimidation. « L’art est rassembleur. Il contribue à la socialisation et à la lutte contre l’exclusion », a-t-il dit, ajoutant que toutes les écoles du Québec recevront l’affiche arborant le coeur meurtri de Jim Dine.


Acquis par le MBAM en 2012, ce coeur de bronze bleu, qui trône à l’entrée des espaces éducatifs, évoque autant la nostalgie de l’enfance que la violence. Affublée d’une avalanche d’outils sortis de l’atelier de l’artiste et d’un Pinocchio disloqué, la sculpture est doublement porteuse de sens. En plus de rappeler l’histoire du pantin naïf manipulé par un chat et un renard, elle symbolise le pouvoir que chacun a de changer les choses. « L’art est un moyen d’aborder des sujets délicats et souvent très complexes. Les jeunes n’ont pas besoin de connaître l’histoire de l’art pour comprendre le sens de certaines oeuvres. Ils réagissent de façon intuitive et nous savons qu’une visite ici peut parfois changer bien des choses dans la vie d’un élève. On peut dire que ce coeur a trouvé sa cause », a expliqué lundi Jean-Luc Murray, directeur des services éducatifs au MBAM.


Le 25 février prochain, le musée offrira d’ailleurs en partenariat avec la Fondation Jasmin-Roy une projection publique du film Bully, une oeuvre-choc sur l’intimidation, en présence de son réalisateur Lee Hirsch.

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