L’ASSE choisit de boycotter le Sommet

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	Jérémie Bédard-Wien et Blandine Parchemal, porte-paroles de l’ASSE</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Jérémie Bédard-Wien et Blandine Parchemal, porte-paroles de l’ASSE

L’Association pour une solidarité syndicale étudiante boycottera le Sommet sur l’enseignement supérieur convoqué par le gouvernement péquiste, a appris Le Devoir. Le regroupement critique d’ailleurs sévèrement le refus de la première ministre Pauline Marois d’envisager la gratuité scolaire et juge que le Parti québécois a tourné le dos à la jeunesse qui s’est mobilisée au printemps dernier.

« Nous ne souhaitons pas légitimer une énième hausse des frais de scolarité, un énième faux consensus sur la question du financement des universités. Nous défendrons l’option de la gratuité scolaire et nous tenterons de bloquer l’indexation dans la rue », a fait valoir mercredi le porte-parole de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), Jérémie Bédard-Wien. Selon lui, la rencontre prévue depuis des mois ne servira en fait qu’à « légitimer des décisions qui ont déjà été prises derrière des portes closes par le gouvernement ».


La rencontre de la dernière chance survenue lundi entre le regroupement étudiant, Pauline Marois et son ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, n’aura donc pas permis de trouver un terrain d’entente. M. Bédard-Wien estime que le gouvernement n’a pas convaincu l’association que la gratuité fera partie des options débattues au Sommet. Le ministre Duchesne a déjà dit que cette option n’était tout simplement pas réaliste en raison de l’état des finances publiques. Une position qu’a réfutée au Devoir l’ex-premier ministre Jacques Parizeau.


« On nous dit qu’on va pouvoir parler de gratuité scolaire dans le cadre du Sommet, mais que ce n’est pas envisageable. On nous dit toujours qu’on ne peut pas se payer la gratuité scolaire. C’est une miniouverture suivie d’une fermeture totale ensuite. On dit “vous allez pouvoir en parler, mais on ne va pas la considérer” », a insisté mercredi Blandine Parchemal, également porte-parole de l’ASSE.


Au cours de l’entretien de lundi, la première ministre se serait plutôt contentée de présenter trois scénarios possibles aux représentants étudiants. D’abord, sa nouvelle formule de « gel », qui consiste en fait à indexer les droits de scolarité. C’est d’ailleurs l’option privilégiée par Québec. Elle aurait aussi mentionné une possible modulation, ou alors des hausses, une avenue privilégiée par le lobby patronal. « On se retrouve donc avec trois scénarios de hausse à deux semaines du Sommet, alors que le gouvernement devait répondre à ce printemps érable historique, qui débutait il y a de cela un an, a laissé tomber M. Bédard-Wien. Et la revendication minimale du printemps érable, c’était un gel des frais de scolarité. C’est une option pour laquelle des centaines de milliers de personnes se sont mobilisées. »


Faux progressistes


L’ASSE estime d’ailleurs que le Parti québécois est parvenu au pouvoir en partie en raison de son appui aux étudiants grévistes, pour ensuite leur tourner le dos. « Ils ont surfé sur la vague du printemps érable. Ils ont surfé sur des promesses comme l’annulation de la hausse des frais de scolarité, l’annulation de la taxe santé et la promesse de réformes environnementales majeures, mais ils ont reculé sur chacun de ces dossiers, a expliqué Jérémie Bédard-Wien. Le Parti québécois n’est pas un parti progressiste. Il prétend être un parti progressiste, mais finalement, il écoute surtout les grandes entreprises, mais aussi ceux qui profitent de l’endettement étudiant et qui profitent de la marchandisation de l’éducation contre laquelle nous nous sommes battus le printemps dernier. »


Le gouvernement Marois semble aussi vouloir écarter la réflexion sur le rôle et l’avenir des universités québécoises, selon le regroupement, qui compte quelque 70 000 membres. Un point de vue que partage son ancien porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois, dans un texte publié aujourd’hui en page A 9 du Devoir. Jacques Parizeau estime lui aussi que ce grand rendez-vous devrait être l’occasion de réfléchir à la mission des universités : « C’est de ça qu’il faudrait discuter d’abord. On se fixe un objectif, et ensuite, on cherche de l’argent, pas le contraire. À l’heure actuelle, on fait toujours le contraire. »


L’association déplore par ailleurs que le débat sur la gratuité se limite à un simple calcul comptable. « On a produit un mémoire dans lequel on explique les bienfaits de la gratuité scolaire au niveau de l’accessibilité, du rapport au savoir et de l’importance d’universités qui ne sont pas seulement dans un rapport utilitaire. Mais tout ça est évacué », a expliqué Blandine Parchemal. L’ASSE entend donc faire valoir sa position dans le cadre d’une manifestation prévue en marge du Sommet. Selon les chiffres disponibles mercredi, 15 000 étudiants auraient voté pour une journée de grève le 25 février. D’autres votes de débrayage sont prévus au cours des prochains jours. Mais pas question de commenter la décision des fédérations étudiantes de participer au Sommet.


Reste qu’un an après le début de ce qui allait devenir le printemps érable, la mobilisation étudiante pourrait difficilement atteindre un tel niveau à nouveau. « Nous ne verrons pas un deuxième printemps érable demain matin, c’est certain », a reconnu Jérémie Bédard-Wien. « Il y a beaucoup de mécontentement, a ajouté Mme Parchemal. Les étudiants ont manifesté pendant six mois contre la hausse, pour des idéaux, et ils voient ce que ça donnera au Sommet. »


***
 

Avec la collaboration de Lisa-Marie Gervais.

65 commentaires
  • Marc-André Loyer - Inscrit 14 février 2013 07 h 27

    L'histoire recommence...

    Et après vous aller dire que vous n'avez pas eux l'occasion de vous faire entendre! Dans une situation de demi victoire comme vous êtes, étudiants, sur le point d'optenir, il faut apprendre à accepter les compromis! La gratuité scolaire, comme notre "beau" modèle québecois est un échec total. Partout où il y a de la gratuité, il y a de l'abus, donc des coûts supérieurs! Je n'approuve pas la hausse proposée par les Libéraux, mais l'indexation au coût de la vie est plus que résonnable.

    • François Ricard - Inscrit 14 février 2013 08 h 00

      "Partout où il y a de la gratuité, il y a de l'abus,"

      La questionde la gratuité, surtout en éducation, m'intéresse au plus haut point.
      Pourriez-vous me donner vos sources ? J'apprécierais grandement. Merci

    • Louka Paradis - Inscrit 14 février 2013 08 h 08

      D'accord avec vous. Il ne faut pas confondre l'idéal à atteindre et la réalité avec laquelle on doit composer. On voit bien que QS continue à endoctriner les jeunes et à les entraîner dans une impasse qui perturbe toute la société. Qui donc utilise les jeunes pour tenter d'avoir plus de votes ??? L'attitude de l'Assé, derrière laquelle on voit se profiler Amir-la-savate et Sainte Françoise, nous donne clairement la réponse. Non contents d'avoir divisé les forces progressives aux dernières élections et d'avoir presque permis la réélection d'un parti corrompu à l'os, les So-so continuent leur oeuvre de sédition. Tristes songe-creux...
      Louka Paradis

    • Mario Jodoin - Abonné 14 février 2013 08 h 45

      «notre "beau" modèle québecois est un échec total»

      Ça doit être pour ça que le Québec «se classerait premier ou deuxième, cependant, selon les critères de l'OCDE pour mesurer le bien-être de ses habitants.»

      http://affaires.lapresse.ca/economie/201202/08/01-

    • Mathieu Massicotte - Inscrit 14 février 2013 10 h 23

      "On voit bien que QS continue à endoctriner les jeunes..." Non mais sur quelle planète habitez-vous? Quiconque ne partage pas la mièvrerie de vos idéaux politiques est donc endoctriné? Si vous aviez fait l'effort de vous intéresser réellement aux événements du printemps passé, plutôt que de vous enfermer dans vos clichés, vous sauriez que les étudiants sont au contraire très informés et très conscients de ce qu'ils font et de ce qu'ils revendiquent . QS n'a strictement rien a voir avec le mouvement étudiant et n'est lié d'aucune façon avec les événements du printemps dernier. L'endoctrinement, c'est plutôt tous ces citoyens qui, comme vous, sont incapables de concevoir un projet de société au-delà du statut quo, et qui, dans un élan de suffisance nauséabond , assimilent toute tentative de progrès social à une " mouvance radicale socialiste". Le problème n'est pas un mouvement étudiant assez lucide pour comprendre qu'il se fait passer un sapin par un gouvernement menteur, le problème c'est la trop grande présence de poseurs comme vous, comme tous ces péquistes , comme tous ces commentateurs qui se disent de la gauche progressiste, mais qui en fait trahissent la cause progressiste au profit d'une vision tiède, insipide et sans courage, une vision qui dit qu'au Québec, contente-toi de ce que tu as et brasse pas trop la cage. Car on le sait, au Québec , on est né pour un petit pain. Comme c'est inspirant.

    • Bernard Gervais - Inscrit 14 février 2013 10 h 46

      @ Louka Paradis

      Vous décrivez très bien les intentions de M. Khadir et Mme David. C'est clair que tous les deux souhaitent une reprise des manifestations - on sait pourquoi ! - afin de réclamer la gratuité pour les études supérieures.

      Toutefois, pas du tout certain que les étudiants seront très nombreux cette fois à « embarquer » dans ça. Et encore moins la population en général qui en a un peu assez d'entendre parler de ce dossier et qui considère l'indexation comme un compromis acceptable !

    • Nicolas Vincent - Inscrit 14 février 2013 11 h 11

      "Partout où il y a de la gratuité, il y a de l'abus,"

      C'est vrai que cette affirmation est probablement exagérée. Mais question de défendre son auteur, il est aussi vrai que le fait que les étudiants québécois prennent beaucoup plus de temps en moyenne à compléter leurs études universitaires que leurs consoeurs et confrères dans le reste du pays devrait peut-être nous amener à se questionner sur les effets pervers que peut avoir la quasi-gratuité...

  • Gilles Delisle - Abonné 14 février 2013 07 h 51

    Je suis pour la gratuité mais contre l'ASSE

    Depuis le temps qu'ils boycottent tout ce qui bouge, les quelques représentants belliqueux de l'ASSE, sont en train de perdre toute la crédibilité nécessaire à une représentation honnête de leurs étudiants-membres. Ils perdent également toute crédibilité avec les autorités en place pour négocier quoi que ce soit. Leur facon typique de "taper du pied" à chaque fois qu'ils n'obtiennent pas ce qu'ils veulent, et tout de suite, les rend de moins en moins intéressants à la résolution du problème des frais de scolarité et de leur gratuité éventuelle. Que les étudiants de l'ASSE se donnent de vrais représentants!

  • André Lefebvre - Inscrit 14 février 2013 07 h 55

    Abus?

    J'adore les affirmations dogmatiques:
    "Partout où il y a de la gratuité, il y a de l'abus, donc des coûts supérieurs!"

    Les travaux publics étaient-ils gratuits? Le service des "génis-conseils" étaient-ils gratuits?

    Par contre la Santé "gratuite" ne possède-t-elle pas des abus?

    Un "oui" à ces trois questions prouvent que l'«affirmation est gratuite.

    André Lefebvre

    • Marc-André Loyer - Inscrit 14 février 2013 20 h 14

      Pour appuyer mon point, oui le système de santé souffre de grave problème. Nous avons la change d'avoir au Québec un système universel se soins de santé, par contre du fait de sa gratuité, les gens abuse en se présentant dans les urgences et bureau de médecins à répétition ou jusqu'à ce qu'on leur prescrivent enfin ce qu'il veullent. Je travaille dans une pharmacie et je peux vous confirmer qu'il y a abus de médicaments au Québec.

      Le systeme scolaire aussi est victime de sa gratuité (faibles coûts) comme la cité quelqu'un plus haut: les étudiants québecois mette plus de temps à terminer leurs études... sommes nous moins intelligent ? Je ne le crois pas, mais comme c'est la société qui paie, on est pas pressé.

      Les travaux public ou autre... Pourquoi ça prend 4 emplyés municipaux pour changer une ampoule ??? C'est encore une fois l'abus d'un système malade où on ne réalise pas qu'il y a un important coût collectif à la gratuité... La gratuité pose le problème de l'inéfficacité...
      Voilà un peu mieux ce que j'exprimais pas "Partout où c'est gratuit, il y a de l'abus"

      Aucune entreprise privée ne pourrait rester en affaire avec le modèle public de notre beau grand Québec...

  • François Ricard - Inscrit 14 février 2013 07 h 58

    Un rendez-vous manqué

    Depuis l'an passé, et surtout en campagne électorale, le PQ nous promettait un sommet qui engloberait le monde de l'éducation au complet: la vocation de nos universités, leur financement, leur gestion, les droits de scolarité, de la gratuité è leurs pleins coûts.
    Mais depuis plus d'un mois, le PQ focalise toute l'attention sur les droits de scolarité.
    Au tout début, le PQ refusait même d'aborder le thème de la gratuité. Puis suite aux pressions, surtout de l'ASSE, il a inscrit la gratuité à l'ordre du jour tout en déclarant que cette option ne saurait être, en aucun moment, considérée.
    Il est devenu de plus en plus évident que le sommet n'est qu'un exercice de relations publiques visant à faire entériner une décision gouvernementale déjà arrêtée. Que l'Asse ne veuille prendre part à cet exercice, c'est son droit le plus strict.
    Pour une fois, pourquoi n'aurions-nous pas eu un sommet marqué au coin de l'ouverture politique plutôt que de l'opportunisme politicien?
    Nous aurons besoin d'un autre rendez-vous.

    • Claude Lafontaine - Inscrit 14 février 2013 17 h 29

      Rappelons nous dans quel contexte cette question des frais de scolarité est devenue si importante au cours de la dernièere année : Les Libéraux ont décrété une hausse importante étalée sur quelques années, leur objectif étant de s'aligner le plus possible sur la moyenne des frais de scolarité au Canada et dans une certaine mesure d'appliquer à l'éducation universitaire la logique du consommateur-payeur, je pense que c'était la vision Libérale.

      La réplique a été instantanée : les étudiants dans la rue durant des mois avec tout ce qui est venu avec.

      Ceux qui étaient à l'action au milieu des années 1960 l'ont validé cette semaine, la gratuité scolaire au niveau universitaire était envisagée et souhaitée à l'époque mais les moyens financiers ne le permettaient pas, l'option retenue un grand bout de temps a été le gel en se disant que considérant la réalité de l'inflation, un gel nous amènerait lentement vers cette gratuité. Comme les finances publiques d'aujourd'hui ne permettent pas vraiment de décréter la gratuité, c'est certain que même si le PQ considère probablement la gratuité comme un idéal à attteindre, le timing pour donner le coup de barre dans cette direction n'est vraiement pas bon (Gouv minoritaire, finances publiques en piteux état), mais "les Libéraux ont ouvert la canne de vers" et le gouvernement en place doit bien faire face à la situation mais il ne peut faire n'importe quoi et il serait irresponsable de décréter la gratuité maintenant, d'où le compromis de l'indexation qui est c'est vrai un recul p/r au gel mais une amélioration importante p/r à la médecine Libérale.

      Devant cette réalité l'ASSE demeure intransigante (je pense : prend l'attitude enfant roi", c'est à se demander si leurs représentants représentent vraiement le groupe !

      Le PQ est pour le moins inconfortable, n'importe quel gouv minoritaire le serait aussi, il n'a pas le choix que d'avancer à coup de compromis et il ne doit pas attendre d'aide des partis de l'opposition.

  • Jean-François Laferté - Abonné 14 février 2013 07 h 59

    Assez c'est ASSE!

    Voilà....Passez GO,ne siégez pas ne réclamer rien!
    Jean-François Laferté
    Terrebonne