Droits de scolarité - Un débat sémantique qui brouille les cartes

Photo: La Presse canadienne (photo) Clément Allard

Un débat de sémantique refait surface à quelques jours du Sommet sur l’enseignement supérieur. En soutenant qu’« indexation égale gel », la première ministre Pauline Marois courtise les étudiants en utilisant des mots susceptibles de leur plaire, mais brouille les cartes, remarquent des observateurs.

« C’est drôle de dire qu’on arrive à quelques jours du Sommet, alors que ça fait un an que nous parlons [des droits de scolarité], et que là, l’indexation, c’est le gel », commente le fiscaliste Luc Godbout, professeur à l’Université de Sherbrooke.


Pour l’ancien recteur de l’Université de Montréal et chercheur au CIRANO, Robert Lacroix, le gouvernement ne veut que « plaire aux étudiants ». Selon lui, en donnant deux sens au mot « gel », les deux parties savent très bien de quoi elles parlent, mais « ne font qu’embrouiller la population ».


L’économiste Pierre Fortin abonde en ce sens. « Si des gens veulent jouer avec l’interprétation du mot gel, c’est comme la danse de mariage avant l’accouplement de la femelle du paon », a-t-il expliqué dans un sourire. « Les deux se disent pour le gel, mais pas la même sorte de gel », a-t-il poursuivi en parlant des deux grandes fédérations étudiantes (FECQ et FEUQ) et du gouvernement.


Alors, de quel gel parle-t-on au juste ? Pour les trois spécialistes de l’économie, il n’y a pas d’équivoque possible. Lorsque la première ministre Pauline Marois dit que l’indexation est un « gel », c’est qu’elle fait allusion au gel de la part que paieront les étudiants en regard du total, soit le « gel relatif » ou le « gel réel ». « C’est un gel de la quote-part de chacun », souligne M. Godbout. On veut que la part des étudiants demeure la même, quelle que soit l’inflation des coûts liés à leurs études. Il y a effectivement plus d’argent qui sort de la poche des étudiants chaque année, reconnaît Luc Godbout, mais la valeur relative est maintenue.


Gel absolu


En revanche, le gel tel que qu’il est prôné par la FECQ et la FEUQ est un gel du montant de la contribution des étudiants. C’est le « gel absolu » ou le « gel nominal ». Il revient à terme à une diminution de leur contribution, puisque les coûts, eux, continuent d’augmenter. « C’est une diminution relative dans le temps », soutient M. Godbout.


Pierre Fortin déplore la « sous-commission du vocabulaire » dans ce débat. « Ce qui m’apparaît important, c’est le contenu », a-t-il dit, sur un ton légèrement exaspéré.


« Quand on gèle pendant une longue période, à un moment donné, c’est pas équitable. Les universités manquent d’argent, il faut soulager le contribuable. Les étudiants disent que la part est trop élevée et rebelote, on part en crise étudiante. On en a-tu assez de ça ? Ça fait 40 ans que, périodiquement, on repart en crise. Il serait peut-être le temps qu’on s’interroge sur la qualité de l’éducation et du décrochage. »

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L’ASSE en réflexion

L’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) laisse toujours planer le doute sur sa participation au Sommet sur l’enseignement supérieur.

Après avoir passé plus d’une heure lundi avec la première ministre, Pauline Marois, et le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, elle s’est contentée de dire que cette rencontre, faite de « vifs » débats, allait permettre de l’« orienter » quant à la position qu’elle adoptera en vue du Sommet.

Tout en rejetant fermement le scénario de l’indexation, l’ASSE s’est néanmoins réjouie que Mme Marois ait récupéré le dossier « après les déclarations contradictoires de la fin de semaine. » « Nous ne sommes pas prêts à annoncer quoi que ce soit d’autre. Si nous avons une décision à prendre dans les prochains jours, nous vous le ferons savoir », a conclu le porte-parole de l’ASSE, Jérémie Bédard-Wien, mettant terme à un point de presse qui a duré une minute, sans possibilité de questions pour les médias.

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