Financement des universités - Les entreprises rejettent l’idée d’une taxe

Huit recteurs - et une principale ! - d’universités montréalaises étaient présents lundi, au forum Montréal, métropole universitaire : dans l’ordre habituel, Alan Shepard (Concordia), Michel Patry (HEC Montréal), Christophe Guy (Polytechnique), Heather Munroe-Blum (McGill), Robert Proulx (UQAM), Daniel Coderre (INRS), Guy Breton (UdeM), Yves Beauchamp (ETS) et Nelson Michaud (ENAP).
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Huit recteurs - et une principale ! - d’universités montréalaises étaient présents lundi, au forum Montréal, métropole universitaire : dans l’ordre habituel, Alan Shepard (Concordia), Michel Patry (HEC Montréal), Christophe Guy (Polytechnique), Heather Munroe-Blum (McGill), Robert Proulx (UQAM), Daniel Coderre (INRS), Guy Breton (UdeM), Yves Beauchamp (ETS) et Nelson Michaud (ENAP).

La communauté d’affaires est bien disposée à se rapprocher des universités pour que Montréal redore son statut de métropole universitaire, mais son soutien ne passera pas par le prélèvement d’une taxe sur la masse salariale destinée à nourrir un Fonds de l’enseignement supérieur, à la manière ontarienne.

Interrogés sur une contribution accrue du privé au soutien financier des universités, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) et le Conseil du patronat du Québec ont opposé lundi une fin de non-recevoir à cette mesure fiscale, invoquant la taxation déjà importante imposée aux entreprises et la nécessité de demeurer compétitifs.


« Il n’y a absolument aucune information qui dit que les entreprises ne paient pas assez de taxes », a répondu le président et chef de la direction de la CCMM, Michel Leblanc. « La question à ce moment-ci n’est pas est-ce que les entreprises financent adéquatement - elles peuvent financer davantage, probablement pas par un mécanisme de taxe, mais par une meilleure collaboration -, mais la question c’est, collectivement, est-ce que les principaux bénéficiaires participent suffisamment ? Ce n’était pas l’objet de la rencontre de [lundi] matin. »


Son organisation avait convié au forum Montréal, métropole universitaire quelque 500 acteurs de tous horizons, y compris du milieu des affaires, pour discuter, sous le regard attentif de neuf dirigeants d’universités montréalaises, de l’apport important des universités à l’essor de Montréal, comme pôle d’attraction universitaire.


Norma Kozhaya, directrice de la recherche et économiste en chef au Conseil du patronat du Québec (CPQ), y était. « Les entreprises sont déjà sollicitées ici plus qu’ailleurs encore », a-t-elle expliqué. « Oui, elles peuvent en faire plus, mais pas par le biais d’une taxe, car cela se ferait au détriment de leur compétitivité. »


Le modèle ontarien, où par le truchement d’une taxe sur la masse salariale (moins de 2 %) on nourrit un fonds destiné à l’enseignement supérieur, ne sourit pas au milieu des affaires. Celui-ci cotise déjà de manière obligatoire au Fonds des services de santé, à raison d’un versement de 2 à 4 % de la masse salariale de l’entreprise, dépendant de son volume.


« Il faut demeurer concurrentiel, et cela serait tout à fait impossible si on nous imposait une nouvelle taxe, note Mme Kozhaya. Nous savons que c’est un débat difficile, mais les seuls qui peuvent rehausser leur contribution sont les étudiants. »


Lors de la rencontre thématique orchestrée par le gouvernement du Québec sur le financement des universités, à Sherbrooke, la TaCEQ (Table de concertation étudiante du Québec) avait proposé la création d’un Fonds des services de santé et d’éducation postsecondaire, mais l’idée n’avait soulevé aucun enthousiasme. Même le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, l’avait noté publiquement.


La TaCEQ a calculé qu’en augmentant le prélèvement obligatoire de 0,1 à 0,46 % de point de taxation, le Fonds des services de santé pourrait être rehaussé de 215 à 630 millions de dollars. Cette mesure obligatoire, notait la table, présenterait l’avantage de générer des « revenus qui ne créent pas de distorsion entre les disciplines du savoir représentées à l’Université, contrairement à la philanthropie et aux partenariats ».


L’affaire de tout le monde


Lors du Forum, la chef de direction de Rio Tinto Alcan, Jacynthe Côté, a insisté sur le fait que le financement des universités est « l’affaire de tous ». « Le gouvernement ne peut pas y arriver tout seul. Les parents ne peuvent pas y arriver tout seuls. Il va falloir qu’on fasse tous un pas, et qu’on mette tous un dollar dans le plat. »


Lors des échanges, il fut question de concertation, de manières de tisser des liens plus serrés entre communauté d’affaires et universités, de collaborations de recherche et de philanthropie.


« Quand je pense que le maire Bloomberg [de New York] a donné un milliard à son université [John Hopkins], et qu’au Québec nous avons le plus bas taux de dons de diplômés, je me demande si l’on y croit vraiment ? Que doit-on faire pour sortir de cette crise-là et changer le climat de morosité autour de nos universités ? », a demandé un entrepreneur membre de l’auditoire.

41 commentaires
  • Jocelyn Cloutier - Inscrit 5 février 2013 06 h 41

    Cul-de-sac

    Pendant des années, nos génies de recteurs savaient qu'une partie excessive de leurs budgets provenait d'argent qu'on avait pas mais d'argent emprunté que l'on se doit de rembourser un jour ou l'autre mais cela ne faisait pas partie le moindrement de leurs préoccupations car tout ce qui comptait, c'était de soutirer de plus en plus d'argent de cette société si peu exigente.
    Aujourd'hui, les sociétés étouffées par les crises financières et les impôts excessifs, ils continuent de réclamer, réclamer... Un vrai cul-de-sac.

  • François Ricard - Inscrit 5 février 2013 06 h 53

    Un 3%

    pendant des années, on a payé une de 3% à la mafia et à des organismes politiques.
    Personne ne regimbait; personne ne dénonçait cette taxe.
    Mais un 3% pour l'éducation, là, ça devient inacceptable. Pourtant, de plus en plus, c'est le monde des affaires qui profite le plus de nos diplômés.

    • Michel Richard - Inscrit 5 février 2013 07 h 11

      C'est drôle, j'ai toujours eu l'impression que celui (ou celle) qui bénéficiait le plus d'un diplôme c'était le diplômé lui même . . .

    • Marc Collin - Inscrit 5 février 2013 08 h 27

      les entreprises paies des impôts, charge patronale et cie...

    • Franck Perrault - Inscrit 5 février 2013 10 h 10

      @M. Collin
      Attention au vocabulaire, cher Mr Collin, ce ne sont pas des charges mais des COTISATIONS patronales. Ca n'a pas le même sens idéologique! Ces Cotisations participent au financement de notre couverture santé, éducation, assurance chômage etc... On peut toujours dire trop d'impôts, trop d'impôts, mais pour plus de justice sociale, il faut un vrai service public de qualité.
      (SVP, Mr Collin, relisez avant de poster un message, c'est bourré de fautes d'orthographe)
      Je rajouterai que les grandes entreprises n'ont jamais payé si peu d'impôts, et le coup de la "compétitivité" faut pas nous le faire.....je serais curieux de savoir combien ces entreprises distribuent de dividendes à tous leurs actionnaires, si elles ont des liens avec des paradis fiscaux pour y cacher une partie de leurs bénéfices!
      La mafia de nos jours peut avoir plusieurs visages.
      Que chacun paie sa juste part pour le bien commun!
      Et l'ECOLE N'EST PAS A VENDRE!

    • David Rankin - Abonné 5 février 2013 14 h 28

      @ Michel Richard

      Les universités deviennent rapidement des usines à « training » au service des entreprises. Leur but n'est plus d'éduquer des citoyens, mais de former des travailleurs capables de satisfaire les derniers caprices des entreprises.

    • Guillaume Houle - Inscrit 5 février 2013 22 h 57

      @M. Richard,

      Les entreprises profitent des largesses de l'État : hydroélectricité, routes et, oui, ressources humaines qualifiées, éduquées, vivant dans des milieux riches d'art, de sport et de culture.

      Les enteprises, les étrangères surtout, sont les premiers bénéficiaires de l'État. Par conséquent, elles doivent payer de l'impôt. Un taxe pour l'éducation n'est pas de trop.

      Il est temps aussi que la haute-direction des universités coupe dans ses salaires trop élevés. La recette : augmenter les revenus et diminuer les dépenses.

  • Marc Collin - Inscrit 5 février 2013 07 h 17

    hum

    en temps, le coûts des études n'est pas vraiment le même à new york et à montréal encore moins les salaires.

    il y a peut-être plus de chance que je fasse un don si mon salaire soit meilleur.

  • Mathieu Phaneuf - Inscrit 5 février 2013 07 h 26

    Bébé gâté

    Que les entreprises payent pour les excès des recteurs comme les voitures de luxes avec chaufeur ou les bureaux dignes de Desmarais.
    Si les entreprises et les universités on un lien plus sérés, c'est sûr que je vais faire mon université ailleur... À un endroit ou on considère encore les universités comme lieu de savoir, de discussion et de culture et non de piètre usine à diplôme on nous les étudiants travaillons à la chaîne dans l'espoir d'être promus et d'obtenir sont 4% avec lettre de référence que le diplôme fait office.

    • Marc Collin - Inscrit 5 février 2013 10 h 23

      ça existe encore ça?

  • Carole Dionne - Inscrite 5 février 2013 07 h 35

    La poule ou l'oeuf ou l'ouef ou la poule?

    Est-ce que ce sont les compagnies qui profitent de nos diplômés ou est-ce nos diplômés qui profitent des jobs de compagnies? Ceci sont des termes pour une discussion qui ne finira jamais. Pour ma part, les frais d'éducation sont un des motifs raisonnables qui empêche les étudiants de fouerrer à l'université. J'en ai vu au CEGEP. Ils ne savent quoi faire, ne vont pas trop souvent au cours mais comme cela est pratiquement gratuit, .. Pas tous les étudiants mais un petit pourcentage.

    Imaginez que cela soit complètement gratuit à l'université. Pourquoi n'irais-je pas? J'essaie et puis, on verra. Cela coûte cher pour un "on verra" popularisé par M François Legault.

    • François Ricard - Inscrit 5 février 2013 08 h 35

      Nos étudiants ne "fouerrent" pas à l'université. Un trop haut pourcentage quitte avant l'obtention de leur diplôme. Alors tout l'argent que les étudiants et la population ont investi ne rapportent les dividendes espérés.
      La scolarité gratuite n'est pas une sinécure si elle est bien balisée. Tout au contraire. Les étudiants ont un devoir de performance sinon c'est la porte.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 5 février 2013 09 h 58

      Absolument, M Ricard, il faut des balises.

      Beaucoup de questions doivent être posées à ce Sommet.Par exemple, combien de non-résidents québécois viennent profiter ici de frais de scolarité minimes pour ensuite s’éclipser? Et alors que la population anglophone du Québec est de moins de 10 % de la population totale, comment justifier que les collèges et universités anglophones du Québec reçoivent autour de 25 % des subventions gouvernementales ? Et l’endettement excessif des étudiants ? Et la peur de l’endettement qui en éloigne plusieurs des études supérieures ?

      Pour moi, comme dans les pays scandinaves où l’éducation est gratuite à tous les niveaux, la vraie solution à court, moyen et surtout long terme est la gratuité scolaire pour tous les Québécois , ce qui serait un gage de notre développement futur.

      Cependant, des balises doivent être mises en place :

      1.- Les critères d'admission dans les programmes doivent être justes mais non laxistes.
      2.- Le nombre d'années pour terminer un programme doit être raisonnablement limité.
      3.- En entreprenant ses études, l'étudiant s'engage à rembourser à l'État le vrai coût de ses études s'il quitte le Québec avant d'y avoir travaillé un certain nombre d'années, au prorata du nombre d'années.
      4.- Les frais de scolarité devraient être la totalité des coûts réels de cette scolarité pour les non-résidents qui viennent ici profiter de notre système pour s'en aller ailleurs ensuite.

    • Marc Collin - Inscrit 5 février 2013 10 h 29

      @Raymond Saint-Arnaud, bien gentil que la scolarité soit vraiment gratuite dans certain pays scandinave, mais le coût de la vie n'y est vraiment pas

      entre payer 1500$ pour 2 semetres à montréal et avoir un cout de la vie ridicule

      ou bien 0$ mais avoir un coût de la vie facilement le triple de montréal... pas besoin d'avoir fait un doctorat en math pour comprendre où ça coute le moins cher au final

    • Lucas Roux - Inscrit 5 février 2013 14 h 17

      @Carole Dionne, c'est bien normal de voir des cégepiens multiplier les années: ils se cherchent, ils veulent être certains de s'engager dans une discipline qui les motive. Là où il n'y a pas de CÉGEP, ce sont les majeurs d'universités qui changent à tous les six mois, que ce soit en Ontario ou en Suède, où les étudiant bénéficient de la gratuité et de certains prêts et bourses pour un nombre limité d'années.

      @Raymond Saint-Arnaud, il me semble vous avoir déjà répondu ailleurs que la plupart des étudiants non-Québécois (excepté les Français) paient plus cher que le coût réel de leurs études.
      Au passage, jusqu'à très récemment il était gratuit pour quiconque d'étudier en Suède - ça l'est encore pour les citoyens de l'UE. Beaucoup de monde là-bas souhaitent revenir en arrière.

      @Marc Collin, la réalité n'est pas aussi simple, et je parle d'expérience. Oui, sur papier le coût de la vie en Suède, et surtout à Stockholm, est plus élevé qu'à Montréal. Mais les étudiants suédois évoluent comme dans une économie parallèle, largement subventionnée.

      À titre d'exemple, si vous fréquentez la grande université de Lund dans le sud du pays, vous n'irez pas dans les bars, ni dans les restaurants ou les clubs: toute la vie étudiante (fin de semaines au chalet, festivités et activités en tout genre, etc.) tourne autour d'un réseau de «nations» entièrement géré par, et réservé aux étudiants, où les prix sont sensiblement les même qu'à Montréal, alors qu'ils sont le double ailleurs.

      Quant à la nourriture, peu taxée, une épicerie saine vous en coûtera bien moins cher qu'ici. Les transports en commun sont très abordables pour les étudiants, et infiniment plus développés. Enfin, les logements étudiants sont sans commune mesure avec ceux de Montréal; pour le prix d'une chambre misérable à McGill vous pouvez avoir une cuisine IKEA et un sauna (sans rire).

      De quoi d'autre avez-vous besoin? J'ai fait le calcul, si vous bénéficiez de la gratuité en Suède, vous y gagnez.

    • Jason Rivest - Inscrit 5 février 2013 23 h 24

      Pour citer Adam Smith, la véritable richesse de nos pays (et de nos entreprises) sont les gens, les travailleurs. Prenez n'importe quelle entreprise et enlevez lui ses employés et vous verrez que la richesse de ces sociétés ne sont pas les milliards dans leurs comptes en banque, mais bien les gens qui travaillent pour que celle-ci fonctionne. Si vous n'avez plus d'ingénieurs diplômés, comment la firme d'ingénieur pourra verser ses généreux dividende à ses actionnaires ?

      Les étudiants bénéficient de leur formation, il n'y a pas de doute la dessus. Nous devons tout de même remarquer que le mot profit veut dire que l'on amasse plus de liquidité que l'on en dépense pour un service ou un bien. Comment les entreprises qui font tant de profit peuvent dire que des étudiants doivent mettre de leur propre argent pour avoir un diplôme alors que ces mêmes entreprises profitent amplement des recherches, mais aussi de l'expertise des étudiants formés sans leur concours. Nos gouvernements ont leurs coffres exsangues après des années à subventionner les entreprises et à réduire leur taux d'imposition. Les entreprises veulent le beurre et l'argent du beurre, mais sans faire le beurre au préalable. Je suis désolé de comparer les étudiants à du beurre, mais dans un monde aussi cruel, les entreprises devraient remarquer que la richesse qu'elles créent est grandement imputable à notre société. Celle-ci agit comme la potion magique pour Obélix. Nous leur donnons des crédits d'impôt, des subventions et autres cadeaux. Elle doivent comprendre que sans remettre à la société, elles se retrouverons à cours d'employés pour exploiter leur talent.

      Pour la gratuité... Je ne crois pas qu'elle soit impossible ou même néfaste pour le nombre d'entrés universitaire ou sur la motivation des élèves. C'est comme les garderies à 7$, on peut considéré cela comme une dépense du gouvernement, mais elles permirent aux mère d'entrer sur le marché du travail... Le nombre d'élèves augmenterais, c'est posit