L’ASSE sera du Sommet sur l'enseignement supérieur, mais lance une «perche finale» au gouvernement

L'ASSE quittera le sommet si toutes les options envisagées impliquent une augmentation des droits de scolarité.
Photo: Pedro Ruiz - Archives Le Devoir L'ASSE quittera le sommet si toutes les options envisagées impliquent une augmentation des droits de scolarité.

L'Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (ASSE) donne une dernière chance au Sommet sur l'enseignement supérieur, tout en lançant un ultimatum au ministre Pierre Duchesne. Ils ont fait connaître leur décision lundi matin, lors d’une conférence de presse.

Après de longs débats, les délégués de l’ASSE se sont majoritairement entendus quant à leur participation au Sommet sur l’enseignement supérieur. « Nous en sommes arrivés à une position qui a été adoptée à la majorité sur la question de la participation », a expliqué dimanche Jérémie Bédard-Wien, un des deux porte-parole de l’ASSE, au Devoir. Plus de 70 délégués de l’ASSE, issus d’une trentaine d’associations étudiantes, s’étaient réunis cette fin de semaine à Saint-Félicien à l’occasion du congrès de cette organisation qui représente quelque 70 000 étudiants au Québec.


Divers sujets figuraient à l’ordre du jour, mais celui la participation de l’ASSE au Sommet sur l’Enseignement supérieur, qui aura lieu les 25 et 26 février prochains, a retenu toute l’attention. Dimanche, le porte-parole de l’ASSE, soulignait qu’une décision avait bel et bien été prise, mais il refusait de dire laquelle.


Vote majoritaire


Toutefois, M. Bédard-Wien précisait qu’il avait été ardu d’arriver à un compromis, car les positions des diverses associations membres de l’ASSE diver-geaient. La décision s’est prise à la suite d’un vote majoritaire, samedi soir, peu avant le souper, dit-il. « Nous tendrons une perche finale au gouvernement. Mais la décision, pour nous, elle est prise si le sommet ne correspond pas à nos attentes », indique-t-il.


Sur les réseaux sociaux, une rumeur faisait état d’un vote très serré, où il y aurait eu autant de délégués qui avaient voté pour que contre la participation. « Ça ne représente pas ce qui s’est passé », affirme M. Bédard-Wien. Il précise que la décision prise samedi est bel et bien « finale », « à moins qu’une association étudiante ne décide de revenir sur la décision, mais la décision a été prise », rajoute-t-il. Jusqu’à présent, l’ASSE a tenu des propos peu élogieux, envers le Sommet. « Au Sommet sur l’éducation, à quoi bon jouer si les règles sont truquées », peut-on lire sur les documents de l’ASSE, que l’on trouve sur le site Internet de l’organisme.

 

Gel des droits de scolarité


Le ton est plus posé du côté de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), qui participera au sommet voulu par le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne. La présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, espère que le sommet débouchera sur un gel des droits de scolarité, une position sur laquelle elle compte se montrer ferme. « Les débats sont sains et nécessaires. Il n’a jamais été question de couper les ponts, et nous ne sommes pas dans une confrontation comme l’année dernière. Reste à voir qui remportera la mise à la fin », a précisé encore Martine Desjardins, samedi. S’il n’est pas question d’une nouvelle grève illimitée pour l’instant, Martine Desjardins dit se préparer à « tout ».


Mais il y aura tout de même des relents de printemps érable à la fin du mois de février. Une manifestation étudiante aura lieu le 26 février, avec pour point de départ le square Victoria à Montréal, selon l’ASSE. Déjà, trois associations étudiantes ont reçu des mandats de grève d’une journée de la part de leurs membres, à l’occasion de la manifestation. Il s’agit des associations étudiantes du Cégép de Saint-Laurent et des facultés de musique et de sciences sociales de l’Université de Montréal. D’autres mandats de grève sont à prévoir pour la journée du 26 février, selon M. Bédard-Wien, dans les prochains jours.


Le bureau du ministre Pierre Duchesne et le porte-parole de la FECQ n’ont pas souhaité faire de commentaires.


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Avec La Presse canadienne

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Ce texte a été modifié après publication.

13 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 4 février 2013 09 h 01

    Présence inutile, voir nuisible

    Je crois que la présence de l'ASSE (quel nom remarquable) est inutile et même nuira au Sommet, exiger la lune et rien d'autre les rend imparlables.

    La province croule sous les dettes et le PQ renie plein de promesses par simple réalisme, ce n'est pas le temps de jouer les Père Noel.

    Les gens de L'ASSE se voient comme de grands révolutionnaires avec une mission et jouent sans cesse la carte du sensationalisme. Ils veulent que les citoyens payent toytalement LEURS études ce qui pour moi démontre leur mépris des travailleurs. Pas question de laisser les citoyens ou leurs élus décider pour L'ASSE, qui estime détenir LA vérité plus que les citoyens, les élus etc..

    • Sylvain Auclair - Abonné 4 février 2013 10 h 56

      Quoi? Les étudiants ne sont pas des travailleurs, selon vous?

    • François Ricard - Inscrit 4 février 2013 11 h 36

      En effet. Il ne faut entendre que les voix favorables à la position gouvernementale.
      En démocratie, il est important de baîllonner l'opposition.
      C'est quand même une drôle de façon de vider une question.

    • Michel Richard - Inscrit 4 février 2013 12 h 08

      Sémantique, M Auclair. S'ils sont travailleurs, l'argument de M Michaud est que leur souhait de voir leurs études payées par d'autres montre du mépris envers d'autres travailleurs. S'ils ne sont pas travailleurs, l'argument de M Michaud est que leur souhait de voir leurs études payées par d'autres montre du mépris envers des travailleurs.
      Je ne vois pas grand différence.

    • Eric Allard - Inscrit 4 février 2013 12 h 15

      En effet M. Ricard, il est important d'entendre la voix de l'opposition, en autant que celle-ci veuille se faire entendre.

      L'ASSE joue un drôle de jeu. D'une part, il demande au gouvernement d'étudier toutes les options, mais rejette en même temps de façon assez catégorique toute proposition qui n'est pas la gratuité scolaire.

      Donc, si ils sont pour se présenter à ce qui est supposé être une réflexion sur l'avenir de l'Enseignement Supérieur avec une logique de confrontation, ils sont effectivement mieux de demeurer chez eux. Ils vont ainsi faire moins mal paraître le mouvement étudiant et ses options.

    • François Ricard - Inscrit 4 février 2013 13 h 31

      L'ASSE demande la gratuité scolaire.
      Le gouvernement refuse de même aborder la question.
      Nous, les citoyens, savons-nous vraiment ce que la gratuité scolaire implique?
      Quels en sont les bénéfices? Quels en sont les désavantages? Quels sont les coûts impliqués? Si c'est rentable, peut-on nous faire la démonstration que ce l'est vraiment?
      Avant de rejeter d'emblée une approche qui semble bien fonctionner ailleurs, pourquoi ne pas saisir l'occasion pour nous bien renseigner. Et si démonstration est alors faite que ce n'est pas une solution souhaitable pour le Québec, il sera d'autant plus facile d'obtenir l'assentiment des étudiants.
      Tandis que là, c'est simplement le crois ou meurs.

  • Carole Dionne - Inscrite 4 février 2013 10 h 41

    Mets en, mon cher André

    Parce que cela avait été demandé en 1960,...Mais on est dans une ère d'enfant-roi. On ne peut ou on veut rien leur refuser de peur ( nous au Québec, on a toujours vécu par la peur: qu'est-ce qu'ils vont dire?) qu'ils pètent une crise en pleine rue, avec des casseroles évidemment.


    Les finances de la province? Pas important pour eux. Cela s'est déjà demander, donc cela doit se faire. Après, on verra.

    • Gilles Théberge - Abonné 4 février 2013 13 h 35

      J'aimerais apporter une nuance à votre propos madame Dionne su vous me le permettez. C'est qu'au terme de la Commission Parent, en 1960, il avait été établi clairement que l'éducation devait être libre et gratuite à tous les niveaux d'enseignement. Le consensus était clair, le diagnostic précis : l'Éducation est un investissement social majeur.

      Mais il avait été convenu aussi d'une période transitoire pour parvenir à cet objectif, compte tenu de divers aspects. L'aspect financier, puisque les communautés religieuses à l'époque possédaient les infrastructures et l'aspect professionnel, puisque les religieux constituaient l'essentiel du corps professoral.

      Et donc ils avaient sagement décidé de procéder graduellement. Mais l'objectif était clair. Je vous invite à aller lire les conclusions du rapport Parent à ce sujet. Puis, le laxisme s'est emparé de la question.

      Finalement on en arrive à la situation actuelle et au discours ambiant. Dans le coin rouge les gens bien élevés décrivent les étudiants comme étant des «enfants roi». Dans le coin bleu, les rustres à matricule les appellent les «osties de carrés rouge»...

      C'est là qu'on en est. Et apparemment vous mettez joyeusement votre pied menu dans le piège à ours du préjugé qui sert apparemment ces jours-ci dans notre société comme mode de réflexion...

    • Jean Bouthillette - Inscrit 5 février 2013 10 h 10

      @ Gilles Théberge

      Voici la position la plus sensée que j'aie vue sur le sujet depuis un bon bout de temps.

      Revenir sur les visées du rapport Parent ne pourrait que permettre une meilleure perception par la population québécoise de l'ensemble du dossier .

      Cela pourrait être notamment l'occasion de vérifier à qui, sinon aux banquiers d'abord, profite l'endettement des étudiants.

      Et puis s'il se trouvait de surcroît que d'inclure cette hypothèse dans la discussion soit la plus belle occasion d'éviter une nouvelle crise sociale.

    • Larry Allan Swiniarski - Inscrit 5 février 2013 16 h 45

      @ Gilles Théberge

      Mais pourquoi donc est-ce que l'on est encore si fasciné avec un rapport d'une simple commission, qui a été produit il y a plus de 50 ans? Le monde était bien différent (hé le Refus global choquait encore!). Et surtout l'état de nos finances était bien différent. Le monde a bcp changé -- là on est bien lancé dans le 21e siècle. Que quelqu'un ait proposé une position qui date d'une autre époque, d'accord, prenons-en note, mais que l'on décide par rapport à notre monde actuel.

  • Paul-W Parent - Inscrit 4 février 2013 11 h 01

    soyons clair

    grève au cegep ou grève à l'université = automatiquement l'exclusion de ceux et celles qui ont décidé de s'exclure eux-mêmes.

    En clair, le DOIT gouvernement "entériner" la décision de chaque étudiant ou de chaque association : "tu étudies ou tu t'exclus, moi le gouvernement ferai en sorte que ta décision soit respecter pour une session entière".

  • Gilbert Talbot - Abonné 4 février 2013 13 h 28

    D'accord avec l'ASSE pour la présence de la gratuité scolaire dans les discussions du Sommet.

    J'ai participé au pré-sommet de l'INM à Saguenay. Nous étions peut-être une centaine de participants, et nous avons appuyé à l'unanimité la position de la gratuité scolaire à l'université. Je ne comprends pas pourquoi maintenant cette position ne ferait plus partie des discussions, alors qu' elle occupait une place essentielle dans les discussions pré-sommet. On peut être en désaccord avec cette position, mais c'est une toute autre question que de la retirer complètement des discussions du Sommet final. À mon point de vue, le ministre Pierre Duchesne a pris une position anti-démocratique et devrait la reconsidérer et admettre l'option de la gratuité scolaire à la Table centrale des discussions du Sommet .

  • René - Abonné 4 février 2013 14 h 45

    Négocier

    Il est très malhabile d'entrer en négociation avec une offre finale. C'est manquer totalement de flexibilité et d'un minimum de savoir-vivre. C'est faire preuve d'une arrogance qui paralyse tout débat et toute négociation. C'est aussi faire preuve d'un manque flagrant de maturité.

    C'est aussi inefficace qu'une "exigence minimale" comme avait présentée Robert Bourassa au lac Meech. Ça ne donne rien.

    Il faut avoir une demande ultime mais aussi savoir échelonner et graduer ses exigences selon les disponibilités de la partie à qui s'adressent ces demandes.

    Les étudiants devront apprendre qu'une société évolue beaucoup plus lentement qu'un individu. Et, pour l'aider, le Québec n'a pas de parents sur lesquels compter. Et ce n'est certes pas sur le Canada qu'il peut compter pour l'aider à acquérir son indépendance. Ce qui est le but ultime de tout individu, de tout pays, de toute nation qui veut prendre en charge sa destinée.

    Alors, ceux qui veulent un Québec indépendant devraient se préparer lui apporter plus d'aide par des exigences moins individualistes et moins égocentriques. Le Québec a besoin de l'aide de ses citoyens, pas de leurs pleurnichages ni de leurs petits caprices. C'est ça devenir adultes. Comme pour un idividu, un pays se bâtit à coups d'efforts et de sacrifices.

    Merci de m'avoir lu.