Réseau secondaire - Les écoles privées attirent 15 % des jeunes Québécois

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Le pensionnat du Saint-Nom-de-Marie est un établissement secondaire privé s’adressant à une clientèle presque exclusivement féminine.
Photo: Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie Le pensionnat du Saint-Nom-de-Marie est un établissement secondaire privé s’adressant à une clientèle presque exclusivement féminine.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Au Québec, environ 15 % des jeunes vont à l’école privée au niveau secondaire. Si, depuis quelques années, le nombre d’inscrits est assez stable, particulièrement à Montréal, le bassin d’élèves qui fréquentent les établissements d’enseignement privés est de plus en plus diversifié.


D’après les données recueillies par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, au cours de la dernière décennie, le nombre d’inscrits dans les écoles secondaires privées de la province n’a pas beaucoup évolué, même s’il a légèrement fluctué d’une année à l’autre.


C’est ce que constate M. Yves Petit, directeur général du pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, un établissement secondaire privé situé à Outremont et s’adressant à une clientèle presque exclusivement féminine. « Chez nous, le nombre d’inscriptions est assez stable d’année en année. Nous accueillons un peu plus de 200 élèves par niveau et c’est comme ça depuis longtemps. Mais il faut dire que notre objectif n’est pas de grandir. Nous sommes une école à échelle humaine et nous ne voulons pas que ça change. Nous voulons continuer d’améliorer nos services, mais nous ne voulons pas grossir », explique M. Petit.


Seuls le profil Musique-étude, un programme offert en partenariat avec l’école de musique Vincent-d’Indy, et le profil Danse-étude, offert en partenariat avec l’École supérieure de ballet du Québec, accueillent quelques dizaines de garçons.


Même son de cloche du côté du collège Beaubois, un établissement d’enseignement privé, établi dans l’ouest de l’île de Montréal, accueillant des élèves au primaire ainsi qu’au secondaire. « Les demandes d’admission et les inscriptions sont assez stables au secondaire. Ça ne varie pas beaucoup d’année en année. Par contre, il est possible qu’il y ait une progression au cours des années à venir parce qu’on remarque un boom démographique au primaire dans l’ouest de l’île actuellement, ce qui n’est pas le cas partout à Montréal », précise M. Daniel Trottier, directeur général du collège Beaubois.


Offre accrue, élèves plus nombreux


La réalité est toutefois un peu différente pour certains établissements. C’est le cas du collège Sainte-Anne de Lachine, qui accueillait 1100 jeunes au niveau secondaire il y a une dizaine d’années et qui, aujourd’hui, en compte près de 1900.


Jouissant d’une situation géographique favorable à Lachine, le collège explique en outre cette hausse d’inscriptions par la diversification de son offre de services. « Il y a dix ans, nous n’avions aucun programme particulier au collège. Depuis, nous avons introduit les technologies, les projets particuliers, et ainsi de suite. D’après nous, c’est vraiment ce changement de services qui fait qu’aujourd’hui, on a une grosse demande », précise M. Ugo Cavenaghi, directeur général du collège Sainte-Anne de Lachine.


Dans le même esprit, M. Petit relève que si le pensionnat du Saint-Nom-de-Marie ne connaît pas de baisse d’achalandage malgré un certain creux démographique, c’est probablement parce que l’établissement a beaucoup innové au cours des dernières années.


« Nous connaissons, au Québec, un petit creux démographique en ce moment, mais cela n’a pas vraiment de répercussions sur nos inscriptions. Le pensionnat développe beaucoup ses programmes ; nous sommes en pleine effervescence. Il est difficile de déterminer le poids de l’intérêt grandissant pour nos nouveaux programmes par rapport à la baisse démographique. Probablement que la stabilité de nos inscriptions s’explique en partie par les changements que nous avons effectués », exprime-t-il.


Si la majorité des établissements secondaires privés de la province n’ont pas vu leur effectif scolaire augmenter autant que celui du collège Sainte-Anne au cours des dernières années, beaucoup ont constaté une diversification de leur bassin d’élèves.


D’après la Fédération des établissements de l’enseignement privé, cela s’explique notamment par le fait que de nombreuses écoles tendent à avoir une vision plus inclusive de l’éducation que par le passé. Cela serait en partie dû à une relève institutionnelle : l’école privée est maintenant prise en charge par la société civile et elle est souvent dirigée par des individus entretenant un rapport avec l’école différent de celui que les communautés religieuses ou leurs prédécesseurs laïques pouvaient avoir.


Nouvelle stratégie d’évaluation


Concrètement, cela se traduit notamment par la diversification des critères d’admission au secondaire. Plusieurs écoles ne misent plus uniquement sur les examens d’entrée pour sélectionner leurs élèves. Certains établissements évaluent même les jeunes lors d’activités particulières, ce qui permet de déterminer si ceux-ci ont le potentiel pour suivre le programme scolaire qu’on leur propose, qu’ils aient excellé ou non sur les bancs d’école au primaire.


« Dès l’an prochain, lors de l’admission, on va placer les jeunes qui souhaitent s’inscrire au collège dans une situation où on pourra les observer, parce qu’on peut apprendre tellement de choses sur eux de cette façon ! On va les faire participer à une suite de petits jeux pour voir comment ils se comportent entre eux, pour déterminer lesquels sont les plus dynamiques, réservés ou créatifs. Ça va nous permettre de prendre en compte des critères différents pour l’admission », soutient le directeur du collège Sainte-Anne de Lachine.


La fédération ajoute que cette nouvelle façon de concevoir l’école se traduit également par un taux élevé de rétention des élèves entre la première et la dernière année du secondaire dans la plupart des établissements d’enseignement privé. Il faut savoir que par le passé, plusieurs écoles écrémaient leur bassin d’élèves afin que seuls les plus performants décrochent un diplôme. La situation est beaucoup moins fréquente aujourd’hui. D’ailleurs, la fédération note qu’au cours des dernières années est survenue une importante croissance des services offerts aux élèves en difficulté dans les établissements d’enseignement privé.


« C’est le cas chez nous ! Nous avons embauché une orthopédagogue cette année. Nous sommes de plus en plus aux prises avec des problèmes comme la dysorthographie, la dyslexie, des problèmes de motricité, des troubles envahissants du développement, etc. Là-dessus, on n’est pas étrangers à ce qui se passe ailleurs, que ce soit au public ou au privé. Nous, ce qu’on souhaite, c’est d’offrir des services adaptés pour ces jeunes-là. Les parents sont très heureux de ce nouveau service au collège », confirme M. Trottier.

 

Aide financière


Finalement, de plus en plus d’élèves ne provenant pas de milieux aisés ont aujourd’hui accès à l’école privée. Certaines écoles, de plus en plus nombreuses, offrent des programmes d’aide financière aux parents dans le besoin.


« Contrairement à ce que les gens peuvent penser, nos élèves ne viennent pas uniquement de milieux aisés, au contraire. Il y a des élèves qui ont besoin de notre programme d’aide financière parce que leurs parents n’ont pas les moyens de payer les droits de scolarité. Ça fait partie des services que nous offrons parce que nous croyons que certains élèves méritent la chance de fréquenter notre école », confie M. Petit.


La fédération souligne toutefois que si de plus en plus d’écoles offrent ce genre de programmes, peu d’entre eux sont connus du public.


 

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