La CAQ fait réagir le milieu universitaire

Le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, est peu sympathique à l’idée de créer des classes d’université. « Il y aurait des universités qui auraient droit à une espèce de statut de classe mondiale. Les autres universités, ce serait quoi ? De seconde classe ? »
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, est peu sympathique à l’idée de créer des classes d’université. « Il y aurait des universités qui auraient droit à une espèce de statut de classe mondiale. Les autres universités, ce serait quoi ? De seconde classe ? »

Cette formule, qu’il dit tirer de l’Université de Montréal, a retenu l’attention de nombreux acteurs du milieu de l’éducation. À commencer par Guy Breton, le recteur de l’UdeM lui-même, qui, à la lecture des journaux, a demandé à ce que soit vérifiée l’assertion. Vérification faite : il y a bel et bien eu 14 professeurs qui ont quitté cet établissement l’an dernier, mais impossible de dire si c’était pour aller ailleurs au Québec, au Canada ou dans un autre pays. « Oui, on peut dire qu’on en perd environ un par mois, le chiffre n’est pas faux. Mais c’est sur 2600 profs », a nuancé Mathieu Filion, conseiller aux relations médias de l’UdeM. « Ce n’est pas quelque chose qui nous inquiète réellement. »


Selon une étude de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) sur les caractéristiques des professeurs des universités québécoises, au cours des dix dernières années (de 1999-2000 à 2009-2010), le nombre de professeurs réguliers quittant leur emploi (pour une autre université où qu’elle soit) dans l’ensemble des universités québécoises a fluctué somme toute légèrement. L’année 1999-2000 a connu le plus grand nombre de départs (626) tandis que l’année 2003-2004 est celle qui en a connu le moins (486) sur un total de 8000 à 9000 professeurs.


Michel Poitevin, professeur et directeur du Département de sciences économiques de l’UdeM, le « marché » des professeurs est mondial et il faut tenir compte de cette réalité. Il juge d’ailleurs préoccupants les problèmes de recrutement et de rétention des professeurs. Rien que dans son département, de 30 profs il y a environ dix ans, ce nombre est maintenant passé à 20 profs, dont deux seraient actuellement courtisés par d’autres universités. « Il y a eu des retraites et des embauches, mais beaucoup de gens sont partis parce qu’ils ont eu des offres de l’extérieur. C’est une perte nette de 25 % », a-t-il analysé.


Pour lui, l’exode s’explique principalement par l’écart salarial entre ce qu’offrent les universités québécoises et les autres, ailleurs dans le monde. « On le voit par les candidats qui postulent pour les postes. Une personne à qui on offre un poste semblable d’un endroit à l’autre va avoir 20 % de moins au Québec que s’il va à Toronto ou aux États-Unis », estime-t-il, en précisant que ce n’est pas le cas dans toutes les disciplines.


L’un de ses collègues du Département de sciences économiques s’est fait offrir 2,5 fois son salaire pour aller dans une université d’une ville américaine moyenne. « On veut des grandes universités de recherche, mais on paye moins que les autres… […] La qualité, ça se paie », a dit M. Poitevin, également chercheur au CIREQ et au CIRANO.

 

Réactions à la modulation


Les propos de M. Poitevin font écho à ce qu’a également suggéré la CAQ lundi dans son attirail de propositions, soit de permettre à certaines universités d’envergure mondiale, très investies dans la recherche comme l’UdeM, McGill et l’Université Laval, d’exiger des droits de scolarité plus élevés. La proposition a toutefois fortement déplu au réseau des Universités du Québec (UQ), qui la qualifie de « réductrice », tout en condamnant le système universitaire à deux vitesses que cela créerait. « Il est faux de prétendre que les établissements de l’Université du Québec ont moins besoin de ressources financières que les autres. La réputation internationale dans un domaine est déterminante pour chacun des établissements », a-t-elle rappelé.


Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne, est peu sympathique à l’idée de créer des classes d’université. « [M. Legault] semble vouloir créer un statut plus favorable pour les grandes universités. Il définit des petites universités. Il y aurait des universités qui auraient droit à une espèce de statut de classe mondiale. Les autres universités, ce serait quoi ? De seconde classe ? Je demande qu’il nous explique », a-t-il déclaré, sans écarter le concept de modulation en tant que tel.

 

Avec La Presse canadienne

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Qu’est-ce que le gel des droits de scolarité?

Après avoir écarté la gratuité au chapitre des droits de scolarité, le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, estime maintenant qu’il faut définir le concept de gel de ces droits.

De passage à l’École de technologie supérieure de Montréal mardi, pour une annonce, le ministre a indiqué que l’option du gel des droits de scolarité est toujours sur la table en vue du Sommet sur l’enseignement supérieur, mais il n’a pas voulu dire si la totalité des sommes versées par les étudiants demeurerait alors inchangée.

« Le gel fait partie des options à discuter, à exprimer, il faut voir qu’est-ce qu’on entend exactement par gel. Il y a des groupes qui veulent exprimer tout ça. Je leur demande [de venir nous l’expliquer] », a indiqué le ministre.

M. Duchesne a également invité les tenants de cette option, en l’occurrence les Fédérations étudiantes collégiale (FECQ) et universitaire (FEUQ) du Québec, à exposer du même coup les conséquences d’un tel modèle.

Parmi les autres options, celle de l’indexation semble intéresser le ministre au plus haut point, mais là encore, il s’agit d’une option à choix multiples, selon le ministre.

« Lorsqu’on parle d’indexation, il y a plusieurs modèles : selon le revenu familial, selon le revenu disponible, selon l’investissement que le gouvernement peut mettre dans les budgets de fonctionnement. »

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