Universités: Duchesne prêt à revoir le mode de financement

Selon Pierre Duchesne, le sommet est «le bon moment» pour discuter de cette question. «On ne le fait pas derrière des portes closes, avec des calculs secrets, on le fait en public, en plénière, avec présence du public. (...)»
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Selon Pierre Duchesne, le sommet est «le bon moment» pour discuter de cette question. «On ne le fait pas derrière des portes closes, avec des calculs secrets, on le fait en public, en plénière, avec présence du public. (...)»

Sherbrooke — Le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, se dit ouvert à revoir la formule de financement des universités et à éliminer le « financement par tête de pipe », remis en question par plusieurs groupes ces dernières semaines.

En point de presse jeudi, à quelques heures de l’ouverture officielle de la troisième rencontre portant sur la gouvernance et le financement, le ministre a trouvé « intéressant » de se pencher sur la question du mode de financement des universités. Il reconnaît l’utilité de rouvrir ce débat, considéré par plusieurs comme un véritable panier de crabes, et estime que ce serait « peut-être aussi une façon d’essayer de régler un problème… s’il y a un problème ».


Au Québec, les 18 universités du réseau doivent se partager une enveloppe octroyée par le ministère de l’Enseignement supérieur, qui répartit les sommes selon une grille d’analyse précise. Cette formule a été modifiée au tournant des années 2000 pour se baser désormais sur le poids relatif des effectifs étudiants, des disciplines et des cycles d’études.


« Actuellement, on finance à 100 % selon le nombre d’étudiants, par tête de pipe. Il y en a qui commencent à dire que ça amène des effets pervers, que c’est une course à la clientèle, une surmultiplication de programmes ou de déploiements de délocalisations, et oui, peut-être qu’il faut songer à remettre ça en question », a affirmé le ministre Pierre Duchesne.


Selon lui, le sommet est « le bon moment » pour discuter de cette question. « On ne le fait pas derrière des portes closes, avec des calculs secrets, on le fait en public, en plénière, avec présence du public. Moi, en tout cas, je suis ouvert à ce qu’on puisse discuter de cela. »


Sur l’idée de mandater le Vérificateur général pour superviser l’administration des universités, le ministre ne « voit pas, à quelques semaines du sommet », la pertinence d’aller dans ce sens.


Depuis des semaines, le ministre Duchesne marche sur des oeufs sur la question du sous-financement, n’osant pas trancher sur cette épineuse question. « Il y a eu tellement de tension que le moindre propos est interprété comme une façon de fermer une possible entente. Alors, comme ministre de l’Enseignement supérieur, quand je dis que je veux voir plus en détail la question du sous-financement […], on nous dit : vous niez le sous-financement ! »


Questionné de manière plus précise sur le sujet, il se contente de répondre que « tout le monde est conscient que […] les besoins financiers des universités sont constants et en augmentation »


Il est tout aussi vague lorsque vient le temps de parler des compressions de 124 millions de dollars demandées aux universités pour l’année financière en cours et des coupes à venir au cours des années à venir.


« Il faudra voir, il faudra définir, pour se rendre jusqu’en 2014, où est-ce qu’on va avec ça. Est-ce que [le montant des compressions] est récurrent ? Est-ce qu’il est en entier ? En partie ? Il faut voir. La tenue du forum et l’entente au sujet de certaines mesures - par exemple, la contribution des étudiants, si on décide qu’il y en a une avec les droits de scolarité - vont nous permettre d’ajouter ou de soustraire le montant. »


Le ministre précise néanmoins qu’il faudra 16 mois pour atteindre le déficit zéro, et qu’une fois celui-ci atteint, une nouvelle logique s’appliquera. « Ce sommet, ce n’est pas un exercice budgétaire, c’est un moment où on définit une vision sur plusieurs années. C’est pour ça qu’on peut se permettre […] de dire qu’il y aura un réinvestissement. »

 

Transferts de fonds


Le ministre s’est également prononcé, en marge des travaux, sur la question des transferts de fonds orchestrés par les universités et remis en question par un certain nombre d’acteurs, dont la Fédération québécoise des professeurs d’université qui vient de publier une étude sur le sujet.


« Je vous rappelle qu’il n’y a rien d’illégal là-dedans. […] Ce qu’il faut peut-être, cependant, pour répondre au questionnement du public et de certains partenaires, c’est de mettre un peu plus de transparence pour s’assurer que ce ne soit pas perçu comme des manoeuvres. »


Michel Patry, directeur des HEC et membre de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), estime qu’il s’agit d’une pratique « usuelle et nécessaire ».


Et, bien qu’il y ait des surplus dans certains fonds, cela ne signifie pas que la situation générale est sous contrôle. « Si je vous disais qu’il vous manque 20 000 $ pour boucler votre budget annuel - c’est votre fonds de fonctionnement - et que ce n’est pas grave, que vous avez un surplus parce que vous avez une maison. Ça vous inquiéterait quand même un peu », illustre-t-il.


Selon la CREPUQ, les transferts de fonds sont très bien balisés, par des règles ministérielles et des audits externes. « Nous, la reddition de comptes, on en fait énormément, on en fait même trop d’une certaine façon. On pourrait en faire moins et on pourrait en faire une plus stratégique. […] C’est un autre mythe que les universités opèrent en vase clos. On est dans une cage de verre. »


Pauline Marois n’était pas présente à Sherbrooke pour cette rencontre préparatoire en vue du sommet sur l’éducation qui se tiendra à Montréal les 25 et 26 février prochain. Mais elle a néanmoins profité d’une annonce au Musée des Beaux-arts de Montréal pour envoyer un message aux étudiants de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE), qui menacent de boycotter l’événement.


« J’espère que tout le monde fasse partie de la solution, y compris l’ASSE. Je souhaite que tous les partenaires soient là, étudiants, enseignants, directeurs d’université et recteurs. Je crois que le débat doit être ouvert et c’est ce que j’ai dit cette semaine aux recteurs. Nous avons eu une excellente rencontre avec les recteurs. »


 

Avec Isabelle Paré

26 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 17 janvier 2013 23 h 25

    Fausse analogie

    « Si je vous disais qu’il vous manque 20 000 $ pour boucler votre budget annuel - c’est votre fonds de fonctionnement - et que ce n’est pas grave, que vous avez un surplus parce que vous avez une maison. Ça vous inquiéterait quand même un peu »

    Ce n'est absolument pas ce que les étudiants, l'IRIS et la FQPPU (les profs) disent! Ils disent que vous avez acheté une maison à 300 000 $ alors que votre budget ne vous permettait que d'en acheter une à 200 000 $ et que vous avez utilisé votre budget de fonctionnement pour combler la différence!

    • Claude Lachance - Inscrite 18 janvier 2013 08 h 18

      Le recteur des HEC est-il prêt a diminuer son salaire très au dessus de notre pouvoir de payer ?

  • André Lefebvre - Inscrit 17 janvier 2013 23 h 31

    Je ne comprend pas.

    Si les recteurs disent qu'ils sont sous finacés, pourquoi ne serait-il pas norml que le VG aille vérifier si c'est le cas?

    • Bernard Terreault - Abonné 18 janvier 2013 08 h 14

      Les universités ne sont pas soumises au VG parce que ce sont, juridiquement parlant, des organismes privés, et non p.as gouvernementaux, même si elle reçoivent le gros de leur financement du gouvernement! On semble aimer ça dans ce pays les statuts ambigus. Ailleurs dans le monde, les universités sont généralement ou bien 100% publiques (per ex. University of California ou Technische Universiteit-München), ou bien totalement privées (Harvard, les nombreuses petites universités japonaises).

  • Carole Dionne - Inscrite 18 janvier 2013 01 h 09

    Les deux parties en cause ont raison, je crois.

    D'une part, c'est vrai ce que les recteurs disent: les universités du Québec sont sous-financées par rapport aux autres du Canada. Mais les étudiants ont également raison: l'argent qui doit être dévolu à l'enseignement est dirigée vers l'immobilier, lequel immobilier permet d'accueillir plus d'étudiants. Si l'université a plus d'étudiants, elle reçoit plus du gouvernemnt

    Donc, changeons le mode de fiancement. L'argent qui est distribuée pour la recherche et l'enseignement doit demeurer à cet item. Par contre, les universités devront accueillir moins d'étudiants, puisqu'elles ne pourront plus transférer des sommes pour les immeubles.

    • Albert Descôteaux - Inscrit 18 janvier 2013 09 h 04

      Le financement de la recherche universitaire est indépendent du financement de base des universités par le gouvernement du Québec. Le gros des subventions de recherche est obtenu par les professeurs, qui déposent des demandes de subvention auprès d'organismes subventionnaires soit fédéraux (Instituts de recherche en santé du Canada, Conseil de recherche en sciences naturelles et génie du Canada, Conseil de recherche en sciences humaines du Canada) ou provinciaux (Fonds de recherche québécois-Santé, Fonds de recherche québécois-Nature et Technologies, Fonds de recherche québécois-Société et Culture), ou encore de fondations privées. Ces demandes de subventions sont évaluées par des experts et les meilleurs sont financés. Il y a aussi dans une moins grande mesure des contrats avec l'industrie.

      Donc, effectivement l'argent distribué pour la recherche ne sert qu'à la recherche, il est interdit de l'utiliser à d'autres fins. D'ailleurs, je ne vois pas comment un administrateur universitaire pourrait détourner des fonds de recherche obtenus par les professeurs, pour construire un nouvel édifice par exemple.

      Pour l'enseignement, plusieurs facteurs entrent dans le calcul utilisé pour déterminer les sommes que recevront les universités.

    • Richard Laroche - Inscrit 18 janvier 2013 09 h 50

      Ils devraient développer d'avantage de cours par internet.

      Pourquoi payer un prof à répéter le même cours années après années quand il suffit de l'enregistrer une seule fois et de le diffuser sur le web? Les profs pourraient alternativement consacrer des heures à l'aide individuelle via skype ou d'autres modes de communication.

      Pourquoi bâtir un pavillon à 1 millions de dollars et refiler la facture aux étudiants? On pourrait alternativement ne rien bâtir et demander aux étudiants de se payer une bonne connexion internet pour moins de frais.

  • Pierre Demers - Inscrit 18 janvier 2013 02 h 34

    Autrement que dans la langue officielle? La loi 99.

    Autrement que dans la langue officielle? La loi 99.
    M. le Ministre Duchesne: La finance est une chose importante, mais pas la seule. La pratique du français langue officielle unique du Québec en est une autre, comme le déclare la loi 99 du 21 novembre 2000 sur les droits et privilèges du peuple du Québec, intouchée par les tribunaux, maintenue par le Parti Libéral a pendant toutes les années qu'il fut au pouvoir. Est-ce l'intention du Gouvernement du Parti Québécois de continuer de financer des établissements qui pratiquent dans une langue autre que le français, l'enseignement supérieur, les recherches scientifiques et la publication de ces recherches?
    La présente rencontre à Sherbrooke vous offre une belle occasion pour répondre à cette question.
    Pierre Demers physicien LISULF 18I2013

    • François Ricard - Inscrit 18 janvier 2013 07 h 20

      Depuis des années, au moins 27% et même plus du financement vont aux universités anglophones. Pourtant les anglophones ne représentent que 8 % de la population.
      Pourquoi un tel privilège?

    • Marc Collin - Inscrit 18 janvier 2013 09 h 14

      il me semble aussi avoir vu passer une nouvelle que bon nombre des étudiants anglophones repartaient aussitôt leur études terminés... ce qui coûtent une fortune aux contribuables

    • Josée Malette - Inscrit 18 janvier 2013 09 h 51

      Comme les versements sont calculés par le nombre d'étudiants, où est le problème? La majorité de ceux qui repartent sont des étudiants étrangers. Ils paient le plein prix de leurs études. Il y a toujours un petit nombre, peu importe l'université, qui décide d'aller vivre ailleurs. Ça dépend de la formation et des opportunités.

    • Sylvain Auclair - Abonné 18 janvier 2013 10 h 55

      Madame Malette,
      Il y a aussi de nombreux étudiants canadiens, qui paient bien moins que les étrangers.

  • Jean Brunet - Inscrit 18 janvier 2013 08 h 10

    Opinion

    Quelque soit la formule, les enveloppes devront simuler la répartition actuelle, soyons réaliste... Un coup parti pourquoi pas le favoritisme ou l'alégeance politique... Les transferts de fonds sont défendus contrairement à ce que dit le ministre (i.e. Note aux états financiers) mais aucun Watchmen alors.... Il y en a trop comme Tremblay ils ne voit (veulent) pas voir au MEQ, au niveau politique, souvenons nous du ministre de l'éducation Fournier?