Écoles aternatives - Apprendre à apprendre

Pour respecter leurs valeurs, certains parents délaissent les écoles primaires traditionnelles pour d'autres formules. Les réponses à leurs attentes sont multiples et particulières. L'école Rudolf-Steiner est une réponse. L'école alternative Nouvelle-Querbes en est une autre. Centrés sur l'enfant, ces établissements appuient leurs pédagogies sur le rythme particulier de l'écolier. Les matières se fondent dans une perspective globale de développement de l'être en harmonie avec son environnement.

École Rudolf-Steiner, école alternative Nouvelle-Querbes, ces deux établissements scolaires sont riches d'une histoire qui renferme déjà de nombreuses années de vie et tous deux appuient leur existence sur une pédagogie particulière et largement éprouvée. Ce sont les particularités attachées à chacune de ces écoles qui motivent les familles à y inscrire leurs enfants. Parents et écoles soutiennent l'enfant vers le développement de son autonomie, un enfant perçu comme un être en devenir par l'école Steiner et comme un être libre et responsable par l'école Querbes. Cette prise de position nécessite un investissement profond tant des enseignants que des parents.

L'école Rudolf-Steiner

Depuis près de 25 ans, la pédagogie Waldorf, qui doit son nom à la première école initiée par Rudolf Steiner en 1919, est accessible à Montréal. «La base de cette pédagogie, explique Andrée Bougie, enseignante, repose sur une connaissance approfondie de la nature humaine. Elle tient compte des différentes étapes qui caractérisent le développement de l'enfant.» Ainsi, par exemple, lors de ses sept premières années de vie, l'enfant se développe principalement par imitation. Aussi importe-t-il de ne lui présenter que des apprentissages qu'il soit à même d'imiter afin de respecter son développement psychique. «Le rôle du professeur ne sera pas d'instruire, dans le sens de mettre dans l'enfant un certain lot de connaissances, mais d'éduquer, de faire sortir, de rendre visible ce qui est encore latent, caché, en puissance». L'importance accordée à la relation entre le professeur et l'enfant prend toute sa latitude dans cette perspective. C'est pourquoi chaque titulaire de classe assume l'enseignement principal d'un cycle complet. Les écoliers de 7 à 14 ans suivront leur scolarité avec le même enseignant, appuyé par des collègues spécialistes, soit pendant huit années. «Cela permet un approfondissement des liens. L'enfant évolue dans un milieu où il est connu, où ses forces, ses faiblesses et ses fragilités sont identifiées.»

Le matin, pour débuter la journée, le professeur salue chaque enfant individuellement avant de s'adresser à la classe. De même avant d'instaurer le sujet principal, un temps de jeu — constitué par exemple de rondes pour les plus jeunes et d'exercices pour leurs aînés — est de rigueur. Cette activité est considérée comme la partie rythmique de la leçon et permet aux enfants de relier l'action d'apprentissage à des contenus vécus. Les matières principales sont organisées par périodes de trois à quatre semaines. Ainsi, l'enseignement se concentrera périodiquement sur une matière principale comme le français ou le calcul, en plus des autres matières: «Un sujet suivi avec enthousiasme par l'enfant réapparaît sous forme de facultés acquises dans l'intervalle, lors de la reprise de ce même sujet.» Outre cette appréhension et distribution particulière des contenus, la pédagogie Waldorf se distingue également par l'importance accordée au travail artistique. Cependant, cette approche n'est pas pour autant orientée vers la fabrication d'artistes. L'art est le moyen de toucher les sentiments, de mettre l'enfant en contact avec son moi profond.

L'école alternative Nouvelle-Querbes

Le projet éducatif de l'école Nouvelle-Querbes est entièrement centré sur l'enfant appréhendé dans l'ensemble de son environnement et sur ses projets. À l'école ou à la maison, l'enfant est considéré en situation d'apprentissage. Un tel angle exige une grande cohérence des deux milieux. Ghislaine Cloutier, directrice de l'école, précise: «Les parents et le professeur collaborent et se concertent pour soutenir l'enfant dans son cheminement. L'implication des parents est indispensable.» Le principe de coéducation engendre un véritable partenariat et partage des responsabilités.

Ainsi, en plus de leur présence lors des rencontres professorales, les parents sont également invités à participer à la gestion de l'établissement, à assumer des présentations en salle de classe ou des ateliers. Il est à noter que la distribution des élèves dans les différentes classes s'effectue selon le principe du regroupement multi-âges. «Nous croyons qu'il est essentiel de mettre en valeur la différence pour apprendre. Cela permet d'une part d'exprimer au quotidien ses compétences individuelles et, d'autre part, de diminuer les phénomènes de compétition pour faire place à la solidarité et la connivence.» Source de questionnement, la différence engendre un travail intellectuel plus important tout en développant le sens critique. Les rapports entre les enfants sont régis par le partage et la collaboration. L'acceptation des différences ménage également une ouverture sur le monde et le dialogue.

Du point de vue pédagogique, tous les enfants n'étant pas au même niveau, des sous-groupes sont organisés pour un enseignement différencié. La pédagogie par projet, basée sur le principe qu'un enfant apprend mieux quand les apprentissages sont significatifs pour lui, a été adoptée par l'école dès ses débuts. Si le fait semble aujourd'hui plus banal, il faut toutefois préciser qu'il est question ici de projets individuels.

Ainsi, si une classe accueille 25 enfants, 25 projets peuvent être menés de front. «Chaque projet part presque exclusivement des intérêts de chaque enfant et possède par conséquent un potentiel de motivation élevé. Les projets sont multidimensionnels. Ils touchent tant aux apprentissages formels qu'aux apprentissages quotidiens de la vie.» Si des sujets classiques sont choisis, tel l'ours polaire, il en est également d'autres plus surprenants, telle la préparation d'un spaghetti pour l'ensemble de la classe, ou l'invitation d'un groupe de danse traditionnel dans le cadre d'un projet sur l'Indonésie. Outre le travail de recherche, d'écriture, de calcul, d'art plastique, les enfants apprennent à développer des aptitudes sociales, d'organisation, de communication. En prenant appui sur leur curiosité, ils actualisent leur potentiel, explorent et exploitent leurs habiletés.

Les écoles Rudolf-Steiner et Nouvelle-Querbes se distinguent par bien des aspects des écoles primaires traditionnelles, et ce, malgré l'instauration de la réforme scolaire. Elles proposent deux autres directions. Au-delà des compétences transversales, chaque geste de la pédagogie Waldorf est posé pour et avec l'enfant, afin de construire le lien, celui qui unit l'homme et son environnement. Quant à la pédagogie de projet de l'école alternative Nouvelle-Querbes, elle n'est en aucun cas au service de l'apprentissage des matières, mais bien au service du désir de découverte de l'enfant et de sa soif d'apprendre. Le respect de l'espace de liberté intérieure des enfants laisse place à plus de créativité et à l'expérimentation.