Financement de l’enseignement supérieur - Les cégeps crient à l’injustice

Les cégeps, à l’instar des universités, ont sollicité un entretien avec le ministre Pierre Duchesne pour discuter de l’épineuse question de leur financement.
Photo: La Presse canadienne (photo) Graham Hughes Les cégeps, à l’instar des universités, ont sollicité un entretien avec le ministre Pierre Duchesne pour discuter de l’épineuse question de leur financement.

Au tour des collèges de rugir. La confirmation d’une hausse réduite de leur budget par rapport à celui des universités, pour l’année 2013-1014, est la goutte qui fait déborder le vase. À l’approche d’un sommet crucial, les cégeps refusent de jouer un rôle de second plan dans la famille de l’enseignement supérieur et demandent au ministre Pierre Duchesne de « refaire ses devoirs ».

« Ce n’est pas vrai que l’appartenance au réseau de l’enseignement supérieur va vouloir dire pour nous de faire les frais d’un réinvestissement dans les universités », tonnait lundi le président de la Fédération des cégeps, Jean Beauchesne. Peu avant la période des vacances, il a reçu la confirmation appréhendée : si les universités verront leur budget 2014 et 2015 augmenter, celui des collèges doit être rehaussé de manière minimale. Cela ne couvrira même pas les hausses de salaire dictées par les conventions collectives. Le réseau crie à l’injustice. « Dans ce contexte-là, quel est notre intérêt à faire partie de l’enseignement supérieur, je vous le demande ? Nous voulons que le ministre refasse ses devoirs. Ce calcul-là n’est pas acceptable », dit M. Beauchesne.


C’est à Trois-Rivières, le 13 décembre dernier, lors de la deuxième rencontre thématique en prévision du Sommet sur l’enseignement supérieur, que le ministre Pierre Duchesne avait laissé tomber la nouvelle lors de son allocution d’ouverture. Son mot d’entrée visait notamment à expliquer le contexte budgétaire difficile justifiant les compressions imposées aux universités (124,3 millions) et collèges (21,5 millions) pour l’exercice en cours. Histoire de rassurer l’auditoire, il avait alors dit : « Un budget n’est qu’un exercice annuel. Dès 2014, il est déjà prévu que les sommes consacrées aux universités augmenteront de 3,3 %, et de 5,4 % en 2015. »


Ce sont ces données, confirmées plus tard par le ministère, qui ont fait bondir les collèges. Ils les comparent à la hausse de 1,28 % qu’on leur consent pour 2013-2014 et estiment qu’ils font les frais d’un combat mené par les universités pour éviter le sous-financement. « Nous n’acceptons pas du tout, mais pas du tout, de passer ainsi à la trappe », ajoute M. Beauchesne, qui a sollicité un entretien avec le ministre Duchesne avant la tenue de la troisième rencontre thématique, qui doit avoir lieu à Sherbrooke les 17 et 18 janvier prochains.


Si trois ou quatre cégeps, sur les 48 que compte le réseau public, sont en ce moment en situation déficitaire, ce nombre risque d’augmenter, craint M. Beauchesne. Car les mauvaises nouvelles s’accumulent depuis l’arrivée au pouvoir des troupes de Pauline Marois : un budget réajusté, pour tenir compte d’une « impasse budgétaire de 1,6 milliard de dollars en 2012-2013 », comme le rappelait le ministre à la mi-décembre. Mais aussi la nouvelle d’une compensation réduite destinée aux collèges pour les coûts engendrés par le conflit étudiant. En lieu et place des 33,1 millions espérés, les 14 cégeps concernés ne recevront que 15,2 millions, soit moitié moins.


« Tout cela va avoir des effets », explique le président de la Fédération des cégeps, qui doit tenir un c.a. extraordinaire au cours de la semaine sur cette question. « Nous avons besoin de stabilité financière pour offrir une qualité de service aux étudiants. En lieu et place, c’est devenu une mode de sabrer en cours d’année, ce qui nous empêche de planifier sainement. »

 

Plaidoyer pour un nouveau débat


Malgré les augmentations qu’on leur fait miroiter pour les deux prochains exercices financiers, les universités plaident elles aussi pour la stabilité financière. Dans une lettre publiée aujourd’hui en page Idées et intitulée « Universités : gérer dans l’incertitude », la présidente du conseil d’administration de la CREPUQ, Luce Samoisette, et son p.-d.g., Daniel Zizian, déplorent l’impossible défi que représente la gestion d’un navire amiral aussi imposant qu’une université lorsqu’on impose des compressions en cours d’exercice.


Québec a exigé un effort additionnel de 124,3 millions $ d’ici au 30 avril prochain. « Ces compressions sont dramatiques, écrivent les auteurs. [Elles] sapent le moral de la communauté universitaire et créent un environnement financier instable. »


En entrevue, la rectrice de l’Université de Sherbrooke, Luce Samoisette, en rajoute. « Cette demande place les universités dans un contexte à ce point difficile qu’elles ajouteront un poids à leur déficit cumulé », explique la fiscaliste. Celles qui présentent des budgets déficitaires voient une portion de leur subvention retenue le temps que le gouvernement entérine le plan de redressement exigé. « Pendant ce temps, on doit aller sur la marge de crédit et payer des intérêts, ce qui ajoute au fardeau. »


La Conférence des recteurs et principaux d’université du Québec a elle aussi sollicité un entretien avec le ministre Pierre Duchesne au cours duquel ses représentants espèrent pouvoir illustrer de manière très concrète les impacts qu’auront ces ponctions sur la vie universitaire. « Chez nous, on a demandé à nos facultés de faire l’exercice de couper encore. On pense pouvoir y arriver à hauteur de 25 ou 30 % de la somme demandée [11 à 12 millions], mais le reste ira dans notre déficit cumulé », dit Mme Samoisette.


Ces débats d’ordre financier risquent de faire dévier de l’essentiel, croit l’administration de l’Université de Sherbrooke. « À partir du conflit étudiant, on a glissé dans un débat autour du fait que les universités étaient mal gérées », déplore Alain Webster, vice-recteur au développement durable et aux relations gouvernementales. « Mais on doit maintenant revenir à la question de départ : que veut-on faire de nos universités ? Veut-on qu’elles se développent ? Qu’elles soient à la page ? Si oui, comment faire de nos universités une priorité ? C’est de cela qu’il faut parler. »

23 commentaires
  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 8 janvier 2013 08 h 46

    Conseil

    Les universités devraient fermer et faire la grève. C'est très payant.

    • Louka Paradis - Inscrit 8 janvier 2013 13 h 01

      Je suis impressionnée par la profondeur de votre solution.
      Louka Paradis, Gatineau

  • Jonathan Grenier - Inscrit 8 janvier 2013 09 h 14

    Abolir les cégeps... pourquoi pas?

    La question à se poser: doit-on, au Québec, continuer de s’entêter à préserver cet institution qu’on ne trouve nul part ailleurs dans le monde? Le gouvernement doit-il continuer de subventionner ce niveau de scolarité supérieur illusoire? Pourquoi ne pas réformer notre système d’éducation – une fois pour toute – sous l’optique de le rendre plus efficace?

    Combien de jeunes ont-ils l’appréhension de passer du secondaire au cégep en espérant enfin pouvoir entrer dans un monde d’études supérieures, mais une fois arrivés au but, se rendent comptent de la période de prolongation des cinq dernières années de leur secondaire? En tant que société, nous souhaitons être collectivement et individuellement éduquée, c’est une richesse. Soit, le décrochage est une lutte d’hier, d’aujourd’hui et de demain, mais qu’en est-il de la désillusion et de la démotivation que procure le niveau collégial?

    Prenons les techniques offertes au cégep, déplaçons-les dans des centres professionnels, ajoutons une 6e année de secondaire en lui donnant un nom bien spécifique pour flater les oreilles des gens et lui donner un aspect de pont vers l’université et envoyons les jeunes le plus vite possible directement dans le concret, à l’université!

    Je ne suis pas politicien, je n’ai aucune spécialité, je ne suis pas diplômé mais j’ai l’expérience d’un décrocheur collégial maintenant assis sur les bancs d’école des – vraies – études supérieures, à l’université, là où on sent un avancement, minime soit-il.

    • Yvan Dutil - Inscrit 8 janvier 2013 10 h 47

      C'est une proposition qui ne tient pas la route quand on tient compte de contraintes physique associées. Le cégeps ce n'est pas qu'une structure adminstrative. C'est du monde, des bâtiments, des équipements, des programmes d'enseignement adaptés. Par exemple, où va-t-on trouver l'espace dans les écoles secondaires et les universités.

    • Louka Paradis - Inscrit 8 janvier 2013 13 h 08

      Ce n'est pas parce que «tout le monde le fait» qu'on doit suivre comme des moutons. Gardons les spécificités qui nous conviennent : les élèves de 5e secondaire ne sont pas prêts à fréquenter l'université, ni sur le plan des connaissances, ni sur le plan de la maturité. Les décrocheurs qui reviennent aux études ont acquis une maturité qu'ils n'avaient pas : ma longue expérience d'enseignement aux adultes me l'a clairement démontré. Par contre, je suis entièrement d'accord pour plus de solides centres d'études professionnelles qui préparent nos jeunes à la concurrence mondiale. Il faut bonifier au lieu de tout démolir notre système et de gaspiller des milliers de dollars dans le bouleversement des structures.
      Louka Paradis, Gatineau

    • Djosef Bouteu - Inscrit 8 janvier 2013 23 h 31

      Je vois bien peu de rationnel et beaucoup d'affirmations gratuites et de «faisons comme ailleurs, solution magique sans regard critique» dans cette proposition d'abolir les Cégeps.

      En passant, les Cégeps sont de véritables établissement d'enseignement supérieur. Peut-être votre dédain pour ce palier d'enseignement a-t-il joué dans votre choix de décrocher de vos études supérieures. Félicitation d'avoir «racroché».

  • André Michaud - Inscrit 8 janvier 2013 10 h 01

    Cul de sac de l'électoralisme

    Il est facile de prévoir l'échec du futur sommet.

    Pour avoir les votes étudiants on a éliminé les hausses en coupant dans les budgets des institutions . La stratégie électoraliste a fonctionné, mais maintenant le PQ devra faire face à son choix !!

    • Louka Paradis - Inscrit 8 janvier 2013 13 h 15

      Il faut tourner la page sur les élections du 4 septembre. C'est le temps d'élever le débat à un autre niveau. La frustration empêche d'avoir une vision à long terme : c'est l'arbre qui cache la forêt. Les finances publiques sont dans un état catastrophique grâce au gouvernement de Monsieur-les-deux-mains-sur-le-volant ; il devait regarder ailleurs, car il a pris le champ et ce sont tous les Québécois qui doivent payer les dommages... Une dette majorée de plusieurs dizaines de milliards de $ !
      Louka Paradis, Gatineau

    • Simon White - Inscrit 8 janvier 2013 20 h 33

      Non, je ne suis pas d'accord avec vous Monsieur Paradis ... Pas du tout. Il ne faut jamais oublier le passé ... Pas l'élection du 4 Septembre dernier, ni les promesses électorales des Péquites ni les bévues des Libéraux.

      Je rejoins Monsieur Michaud au sujet de l'échec du futur sommet sur l'éducation. Nous devons accepter qu'il n'y a simplement plus d'argent dans le système et quelqu'un tôt au tard en payera la facture. J'imagine que la prochaine solution offerte par nos gouvernements sera de couper dans les programmes sociaux tel que les rentes?

  • Simon Martineau - Inscrit 8 janvier 2013 10 h 32

    Québécois pénalisés

    Les québécois qui vont au cegep y passent 3 ans. Souvent, arrêtent leurs études à ce niveau. Trouvent des emplois de techniciens. Les immigrants qui viennent ici ont passés directement à l'université en finissant le secondaire et ont des jobs de cadres ou professionnels. Je trouve celà assez ordinaire. Un certificat universitaire d'un an te donne un emploi mieu rémunéré souvent, qu'un diplôme du CEGEP. À moins de vouloir un travail de technicien, le cegep est une perte de temps et surtout d'argent. J'ai un diplome universitaire et j'ai skippé le cegep. En arrêtant l'école 2 ans, on peut passer directement à l'université. C'est mal fait ce système.

    • Jocelyne Choquette - Inscrit 8 janvier 2013 12 h 42

      Votre réponse est biaisée car les cégeps servent de renforcement pour les études dans les sciences pures, la comptabilité et la finance. Qui passe directement du travail à l'université éprouve beaucoup de difficultés dans les cours les plus exigeants. Ce sont mes propres étudaints qui m'ont confié leurs problèmes d'intégration dans le milieu universitaire qui est un lieu de compétivité et de rentabilité. Le côté humain est complètement négligé !

    • Marc Collin - Inscrit 8 janvier 2013 14 h 59

      bon nombre de technique te permettent d'accéder beaucoup plus facilement à un meilleur salaire que des études universitaires

    • Djosef Bouteu - Inscrit 8 janvier 2013 23 h 40

      Les programmes techniques, qui débouchent généralement sur le marché du travail, durent trois ans.

      Les DEC préuniversitaires durent deux ans, pas trois.

      Quant aux immigrants supposément privilégiés, j'en doute, ayant beaucoup entendu parler dans les médias à quel point la reconnaissance des diplômes n'avait rien de garanti ou de rapide.

      Vous avez perdu votre temps au Cégep? Pas moi. J'étais très occupé à étudier et à m'éduquer en tant que citoyen.

  • Roger Stéphane Blaise - Inscrit 8 janvier 2013 10 h 32

    Dommage Collégial

    Le cercle vicieux du Printemps érable sert bien au gouvernement qui, à partir du fait que les universités étaient mal gérées, en profite pour sabrer dans leur financement, les forçant inévitablement à réduire la qualité des services d'enseignement ou d’augmenter les cotisations à la source.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 8 janvier 2013 23 h 45

      Et si les universités coupaient dans les voyages au Brésil des recteurs, dans la publicité et dans l'ouverture d'îlots voyageurs au lieu de couper dans la qualité de l'enseignement?

      Et si les universités étaient administrées comme les institutions publiques de savoir qu'elles sont au lieu d'être gérées comme des entreprises privées?