Donner un sens aux célébrations

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	L’école Saint-Anselme se distingue par une forte immigration plutôt récente.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
L’école Saint-Anselme se distingue par une forte immigration plutôt récente.

«Viiiive le vent, viiiive le vent, viiive le vent d’hiveeeer ! », fausse volontairement la comédienne Marie-Chantal Renaud, devant des élèves de l’école Saint-Anselme qui se tordent de rire. Le personnage de Magalie, qu’elle interprète, est l’héroïne d’un conte de Noël sur l’amour et le partage, qu’elle raconte, avec d’autres comédiens, dans plusieurs écoles en milieux défavorisés dans le temps des Fêtes. À voir les différents traits et couleurs des visages du jeune public, on devine que bien des enfants n’ont pas l’habitude de Noël et de ses traditions.

Dans le quartier Centre-Sud, traditionnellement blanc et francophone, l’immigration récente a engendré de nouveaux défis. À l’école Saint-Anselme, où 30 % des élèves ont des origines multiethniques, la fête de Noël ne revêt pas le même sens. On n’imagine pas que causer sapin de Noël, cadeaux et messe de minuit peut déstabiliser. « Les enfants qui ont d’autres religions ne fêtent pas à ce temps-ci de l’année », souligne comme une évidence Marie Massüe, la directrice de l’école.

 

Hiver québécois


L’ampleur de leur déroute à leur arrivée est parfois insoupçonnée. Au-delà des contacts humains, il leur faut apprivoiser l’hiver québécois, son silence, son absence d’odeurs. « J’ai rencontré une dame qui m’a dit être surprise du silence de la neige. Elle pensait que les flocons faisaient beaucoup de bruit en tombant », raconte Alain Pilon, conseiller pédagogique à la Commission scolaire de Montréal (CSDM) et responsable de 80, ruelle de l’Avenir, qui oeuvre en milieu défavorisé dans la métropole. Dans certaines écoles, il y a même des vestiaires remplis de vêtements d’hiver pour les enfants qui ne sont pas habillés assez chaudement.


Le conte est une belle façon d’éveiller les enfants immigrants aux traditions d’ici, croit Normand Lafleur, coordonnateur à la Ruelle, qui est partenaire de cette activité. « Parler de Noël à partir d’un livre, ça enrichit la culture personnelle de ces enfants-là. » Même si les référents ne sont pas les mêmes, les valeurs se ressemblent d’une histoire à l’autre, note-t-il.


Chantal Grenier a pu le constater dans sa classe de première et deuxième année, de l’école Saint-Anselme, où trois enfants sont musulmans. « On a fait des cartes de Noël pour les parents et on est très ouverts avec le fait que des élèves ne fêtent pas Noël. Mais il y a un congé, une nouvelle année, alors on les amène à écrire des souhaits aux gens qu’ils aiment et des voeux de bonne année », explique-t-elle.

 

Intégration


Au final, la fête de Noël finit toujours par être soulignée d’une façon ou d’une autre, constate Normand Lafleur, qui travaille aussi à l’intégration des familles immigrantes. « Les familles de toutes les cultures, particulièrement celles qui viennent d’arriver, nous disent qu’inévitablement, elles font quelque chose à Noël. Une famille marocaine chez qui je suis allé manger m’a dit qu’elle donnait même des cadeaux à ses enfants. Ils essaient, à leur façon, de donner un sens à ça, dit-il. C’est exactement ce que la société québécoise fait, au fond. On a évacué la dimension religieuse, on a créé des contes de père Noël et de lutins et, à travers ça, on essaie d’en tirer un autre sens. »


Il faut parfois faire preuve d’un peu de souplesse dans une société qui accueille de plus en plus de nouveaux arrivants, reconnaissent les conteurs-comédiens de la Ruelle. D’ailleurs, la petite histoire de Magalie est le fruit d’un accommodement raisonnable, confie Marie-Chantal Renaud, admettant avoir changé le Minuit, chrétiens pour… Vive le vent.