Un Noël pas toujours joyeux

Dans certains cas, les enfants, par leurs bricolages et diverses activités scolaires, apporteront avec eux un peu d’ambiance des Fêtes à la maison.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dans certains cas, les enfants, par leurs bricolages et diverses activités scolaires, apporteront avec eux un peu d’ambiance des Fêtes à la maison.

Lorsque Chantal Grenier a rappelé à ses élèves qu’il ne restait que deux jours avant les vacances de Noël mercredi matin, une fillette s’est ruée sur elle, les larmes aux yeux à l’idée que l’école prenne fin pour deux semaines. «Il y en a plusieurs qui vont s’ennuyer», a souligné l’enseignante de premier cycle à l’école Saint-Anselme, dans le quartier Centre-Sud de Montréal. « On sent la tristesse chez certains enfants quand on fait le décompte de Noël. On ne connaît pas toujours leur histoire, mais on devine que, si l’attachement est si grand à l’école, c’est peut-être qu’il y a des moments plus lourds dans leurs vies. »

Joyeux Noël ? Plus la semaine avance, plus c’est difficile pour les enfants, reconnaît la directrice de l’établissement, Marie Massüe. « Il y en a qui font des crises parce qu’ils savent qu’ils ne seront pas heureux dans le temps des Fêtes. On sent leur stress, comme une effervescence. » Pour elle, pas de doute que certains enfants seront seuls à Noël. « Il y en a sûrement qui seront seuls le 24 ou le 25, constate-t-elle. On le sait parce qu’il y a des enfants qui vont revenir en janvier et on va apprendre qu’il va y avoir eu de la chicane dans leur famille, avec les oncles et les tantes… Les parents vont avoir pris un coup. »


L’idée qu’on a des gamins fébriles en attendant que la cloche sonne pour aller jouer dans la neige et se régaler de bons plats et de cadeaux en prend pour son rhume. Finies les belles images « à la Guerre des tuques ». Alain Pilon, responsable de l’organisme 80 Ruelle de l’Avenir, qui oeuvre en milieux défavorisés, en sait quelque chose de ce « grand vide » du temps des Fêtes.


À un point que la Ruelle avait même songé à organiser des camps de Noël, sembables à ceux qui se tiennent l’été, pour aider les enfants à passer à travers cette période difficile. « Un parent qui travaille et dont l’enfant est en vacances pour deux semaines… Il va faire quoi ? », demande tout haut le conseiller pédagogique.


Culpabilité et frustration


Sans argent, Noël prend un autre sens : celui de la culpabilité et de la frustration pour les parents, mais pour les enfants aussi. « Dans nos écoles, on a beaucoup de mères de famille monoparentale qui ont un petit salaire de rien. Quand arrive la période des Fêtes, où tout le monde reçoit des cadeaux et que la télé et la publicité nous amènent dans le rêve, forcément les enfants se comparent aux autres. Et c’est surtout sur l’estime de soi que ça joue », note M. Pilon.


Certaines chaumières le long de l’axe de la rue Ontario n’auront pas de décorations ni de sapin de Noël. Dans certains cas, les enfants, par leurs bricolages et diverses activités, apporteront un peu d’ambiance des Fêtes à la maison. Marie Massüe n’hésite pourtant pas à l’affirmer : certains enfants n’auront pas, ou très peu, de cadeaux à Noël. Vraiment ? Des oubliés du père Noël ? « Les familles plus défavorisées sont en général très nombreuses. Les enfants n’ont pas d’équipements, pas de patins », fait-elle observer. D’autres ne mangent qu’à l’école, grâce aux repas fournis par divers organismes.


La pauvreté s’est-elle aggravée ces dernières années ? « C’est différent. Aujourd’hui, les enfants vont avoir des ordinateurs, des jeux vidéo, mais ils vont manquer de nourriture. Les valeurs ne sont plus les mêmes », souligne la directrice, Marie Massüe. Il faut dire que le quartier Centre-Sud compte un nombre important d’écoles ayant la plus haute cote de défavorisation (10), dont l’école Champlain, considérée comme ayant le bassin d’élèves le plus pauvre au Canada. Également cotée 10, l’école Saint-Anselme, une toute petite école de moins de 200 élèves, se distingue aussi par son expertise auprès d’enfants TED (troubles envahissants du développement) et une forte immigration plutôt récente. « Il y a des éléments difficiles, comme des troubles de comportement, et les milieux familiaux qui vont avec eux. Mais une fois que c’est contrôlé, on réussit vraiment à leur faire aimer l’école », s’enorgueillit la directrice, qui salue l’engagement de son personnel.

 

Pauvreté


Pour Mme Massüe, la pauvreté n’est pas que matérielle, elle est aussi « intellectuelle », culturelle et sociale. « Dans un quartier défavorisé, les déplacements sont limités. C’est très rare ceux qui vont dépasser la rue Iberville ou Ontario. Les gens se limitent au quartier, ils ne vont pas à la montagne. Les enfants ne sortent pas et restent en dedans avec leurs jeux vidéo », constate-t-elle. « Le communautaire et l’école sont là durant les jours de classe, mais quand arrivent les Fêtes, c’est au tour des parents. Il y a le centre Jean-Claude-Malépart s’ils veulent faire du sport, mais ce ne sont pas des activités organisées. Je sais qu’il y a des enfants qui vont traîner dans la rue, les plus vieux vont faire des mauvais coups », ajoute-t-elle sans illusion.


Lueur d’espoir s’il en est une, Chantal Grenier remarque que, dans certaines familles plus écorchées, les grands-parents s’impliquent et s’occupent avec soin de leurs petits-enfants. « Je vois ça de plus en plus, souligne-t-elle. Je sais que j’en ai au moins trois dans ma classe de treize pour qui ça va avoir été plus ordinaire. Ils vont raconter des choses simples », avance-t-elle. Malgré tout, rien n’empêchera ces enfants, lorsqu’elle fera un retour sur les vacances en janvier, de s’inventer des histoires de Noël qui n’ont jamais existé.

4 commentaires
  • maxime belley - Inscrit 22 décembre 2012 16 h 39

    Le communautaire et l’école sont là durant les jours de classe

    Exactement, aujourd'hui la plupart des parents comptent sur le système pour s'occuper de leurs enfants tout ce qui compte c'est les chèques qu'ils vont recevoir. En plus d'être improductif ces mesures encourages les classes oisives a rester dans leur eau. Je travaille dans un CPE , la direction à décider d'offrir les déjeuners à ceux qui étaient mal prix, astheure les 3/4 des parents viennent dropper leurs enfants le ventre vide à peine sorti du lit.

  • Richard Taschereau - Abonné 22 décembre 2012 16 h 40

    difficile

    je trouve cela bien triste et j'aimerais aider si on savait comment on peut parrainer une famille dans l'anonymat et la discrétion, je serais bien volontaire. Que ce soit pour les cadeaux, les décorations, la nourriture, les vêtements. Ma fille a tout ce dont elle a besoin et je sais qu'elle serait heureuse de partager avec ceux qui n'ont pas sa chance. merci de nous sensibiliser si bien.
    Richard taschereau

  • Claude Champagne - Inscrit 22 décembre 2012 16 h 41

    triste noël

    Comme à tous les Noël je suis triste, pas tous les gens ils sont heureux surtout les enfants. À tous les Noël je pense énormément à vous tous et je vous souhaite un ange pour Noël au moins une fois dans votre vie, pour un sourire au lieu d'un pleur. Profondément touché par votre tristesse, je vous souhaite de l'amour et la joie avec votre maman et papa. Claude Champagne

  • Denis Hébert - Inscrit 22 décembre 2012 17 h 28

    Juste en face...

    De nombreux défis attendent les enfants qui fréquentent cette école ainsi que celles du Centre-Sud en général. La condoïsation annoncée du quartier a déjà fait perdre des subventions ou divers programmes d'aide destinés aux écoles pauvres (ex: l'École Jean-Baptiste Meilleur). En effet, le calcul pour déterminer si une école est pauvre ou pas se fait selon le revenu moyen de l'ensemble des résidents du secteur desservi par l'école et non selon celui des ménages des enfants fréquentant l'école en question.

    Or juste en face de l'école St-Anselme, il y a un projet de condo qui a été déposé récemment à l'Arrondissement Ville-Marie. Ce projet prévoit la construction de 118 unités de condo composées uniquement de 3 et demi ou de 4 et demi. Donc RIEN pour les familles!!! On peut facilement imaginer que ces futurs résidents seront soit de jeunes célibataires, de jeunes couples sans enfants ou de jeunes retraités qui voudront profiter de la proximité du Centre-Ville et de ses attraits. Au détriment des résidents actuels.

    Mon commentaire n'est pas contre ces futurs résidents, mais plutôt contre la Ville de Montréal et l'Arrondissement Ville-Marie; ces derniers nous cassent les oreilles en criant et en pleurnichant qu'ils veulent retenir, voire faire revenir les familles en ville et dans les quartiers centraux... Alors qu'ils font tout le contraire en permettant ce type de projet de condo composé, dois-je le rappeler, uniquement de 3 et demi ou de 4 et demi...

    Sans compter que le problème de logement dans le quartier est à un tout autre niveau, 50% des ménages paient plus de 30% pour se loger, dont 25% paient plus de 50%...