Aucun consensus sur les droits de scolarité


	Pierre Duchesne a indiqué que son ministère se pencherait sur divers scénarios d’indexation et travaillerait à chiffrer le coût de la gratuité d’ici la prochaine rencontre sur le financement et la gouvernance.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot
Pierre Duchesne a indiqué que son ministère se pencherait sur divers scénarios d’indexation et travaillerait à chiffrer le coût de la gratuité d’ici la prochaine rencontre sur le financement et la gouvernance.

La question de l’accessibilité financière a dominé les échanges,vendredi, à la deuxième rencontre en vue du Sommet sur l’éducation. Sans surprise, les droits de scolarité ont été la pomme de discorde des participants, mais le scénario d’une hausse radicale semble avoir été exclu définitivement.

S’il y a eu plusieurs plaidoyers, surtout syndicaux et étudiants, pour un gel ou la gratuité, les scénarios de hausse et d’indexation n’ont été évoqués que par très peu d’intervenants.
 
Le ministre sur l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, a reconnu lui-même qu’il y avait consensus pour rejeter un scénario de hausse radicale. « Tous les intervenants, à ce que j’ai noté, considèrent qu’une hausse rapide, radicale, trop importante sème une espèce de tension dans la société et favorise une crise sociale et aussi une baisse d’inscriptions », a dit le ministre. « Le modèle de l’ancien régime, d’augmenter les droits de scolarité de 82 % en 7 ans, est rejeté. »
 
M. Duchesne a par ailleurs indiqué que son ministère se pencherait sur divers scénarios d’indexation et travaillerait à chiffrer le coût de la gratuité d’ici la prochaine rencontre sur le financement et la gouvernance.
 
Pour Luce Samoisette, présidente du conseil d’administration de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), le scénario d’une indexation couplée du réinvestissement de 696 millions proposé par le ministre ne serait pas assez. « Ça donne, à terme [pour l’année 2018-2019], 396 millions, ce n’est pas suffisant. »
 
Quant aux étudiants, ils ont milité ferme pour leurs positions respectives, soit le gel pour les deux fédérations collégiale et universitaire (FECQ et FEUQ) et la gratuité pour l’Association pour une solidarité syndicale étudiante. Les positions ont paru à ce point irréconciliables que le président du Conseil du patronat a indiqué au ministre qu’il n’aurait d’autre choix que de procéder à un « arbitrage ». « Si vous pensez arriver à un compromis… on n’en est pas là », a dit Yves-Thomas Dorval. « La réalité est qu’il y aura toujours un écart de perceptions, qu’elles soient idéologiques ou culturelles. »
 
Quelques convergences

Autre point qui semble rallier le plus grand nombre : la bonification du programme d’aide financière aux études. Pour la rectrice de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Johanne Jean, le programme est « à revoir ». « Un étudiant sur le marché du travail qui décide de revenir aux études à temps complet n’a pas d’aide financière parce qu’il a travaillé. Mais il a peut-être 2-3 enfants, est [peut-être] soutien de famille. Nous, on essaie de lui trouver des outils, des bourses, mais je pense qu’il faut revoir le programme d’aide financière », a dit Mme Jean.

S’il continue de prôner le scénario de hausse que voulait instaurer son parti lorsqu’il était au pouvoir, le porte-parole libéral en matière d’éducation supérieure, Gerry Sklavounos, croit aussi qu’une hausse ne doit pas venir seule. « Ce qui est important pour la hausse, et tout le monde le dit, c’est qu’il y ait une bonification d’aide financière », a-t-il dit, lors d’un point de presse.

Il y a également eu convergence sur la nécessité de continuer à soutenir l’éducation supérieure en région, surtout en contexte de baisse démographique, à encourager la formation continue et à agir dès le primaire, pour empêcher le décrochage. Les parties ne s’entendent toutefois pas sur l’impact réel des droits de scolarité sur l’accessibilité, et certains ont fait valoir que l’endettement était un mal nécessaire. La prochaine rencontre, qui portera sur le financement et la gouvernance, aura lieu à Sherbrooke les 18 et 19 janvier prochains.

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L’argent sera au rendez-vous

La réserve de 696 millions sur sept ans n’est pas conditionnelle à une entente, a indiqué vendredi le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, contrairement à ce qu’il avait laissé entendre la veille. « Je ne dis pas que si on ne s’entend pas il n’y aura pas d’argent, a-t-il précisé. Les montants sont prévus et ils seront déployés. » Scénarios d’indexation, crédits d’impôt… les diverses parties devront s’entendre au Sommet sur comment seront dépensées ces montants. Le but est que des décisions soient prises, a averti M. Duchesne. La présidente du conseil d’administration de la CREPUQ, Luce Samoisette, y a vu une reconnaissance du sous-financement. Elle se dit toutefois toujours préoccupée par les coupes de 124 millions et celles à venir dans la prochaine année, qui se traduiront nécessairement par des déficits. « On va travailler avec le ministre pour voir comment on va assouplir toutes les règles [des plans de redressement] », a-t-il indiqué. Le recteur de l’Université Laval, Denis Brière, a dit préférer renoncer aux réinvestissements promis de 696 millions en échange d’une annulation des compressions, mais le ministre est ferme sur son intention de respecter la loi sur le retour à l’équilibre. Pour l’Association pour une solidarité syndicale étudiante, ce montant correspond étrangement au coût de la gratuité auquel concluent plusieurs études, soit 668 millions.

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